Inflation et insolvabilité, ces inconnues

L’inflation et l’insolvabilité restent parmi les grandes inconnues économiques de la pandémie. Les plus récentes données viennent brouiller les cartes.

La poussée de l’inflation aux États-Unis en avril a surpris. L’indice des prix à la consommation (IPC) a bondi de 0,8 % le mois dernier s’ajoutant au saut de 0,6 % en mars, loin de la prévision d’une augmentation mensuelle de 0,2 %. En excluant les composantes volatiles que sont les prix des aliments et de l’énergie, l’IPC de base affiche une poussée de 0,9 % le mois dernier, triplant celle de mars (0,3 %). La variation annuelle passe donc de 2,6 % en mars à 4,2 % en avril, de 1,6 % à 3 % hors aliments et énergie.

La Bourse n’a pas apprécié. Le Dow Jones s’est replié de 2 % à 33 587,66 points, encaissant sa plus forte baisse sur une séance depuis janvier. Le Nasdaq a perdu 2,7 %, à 13 031,68, et l’indice représentatif S&P 500 a abandonné 2,1 % à 4063,04, son repli le plus marqué depuis février.

À l’effet de base, qui reflète la chute des prix l’an dernier sous le coup de l’éclatement de la pandémie, s’ajoute une hausse généralisée des prix que peuvent venir expliquer une faiblesse des inventaires, des ratés dans les chaînes d’approvisionnement, la pénurie de semi-conducteurs et l’expression d’une forte demande refoulée. Ainsi à l’instar de la Réserve fédérale (Fed), la majorité des analystes croient encore à une poussée de fièvre inflationniste temporaire et transitoire par nature. Ils sont toutefois plus nombreux à craindre une tendance pouvant s’inscrire dans la durée qui forcera la banque centrale à ajuster sa politique monétaire plus tôt que tard. « Même si la Fed répète à l’envi qu’elle est prête à laisser l’inflation grimper, estimant que ce bond est temporaire, le marché a fait savoir aujourd’hui qu’il ne croyait pas à ce message » , soulignait un analyste dans un texte de l’Agence France-Presse.

Saut de l’insolvabilité

Une autre grande inconnue vient des données sur l’insolvabilité. Les statistiques du Bureau du surintendant des faillites publiées mercredi montrent que le nombre total de dossiers déposés en mars était en baisse de 15,5 % par rapport à mars 2020. Pour la période de 12 mois qui a pris fin le 31 mars 2021, la diminution se chiffre à 36,8 % par rapport à la période correspondante de 2020.

On peut y voir l’empreinte des programmes de soutien gouvernemental et de reports de paiements des créanciers venus masquer une certaine réalité. Du moins, de février à mars, le nombre total de dossiers d’insolvabilité a augmenté de 22,7 %, avec des faillites en augmentation de 24,9 % et des propositions concordataires, de 21,6 %.

La hausse atteint les 22,8 % chez les consommateurs, les 18,9 % chez les entreprises pour qui les prochains mois s’annoncent difficiles. Il est ressorti d’une enquête de Statistique Canada sur la situation des entreprises, menée de la mi-janvier à la mi-février, que 51,3 % d’entre elles ne savaient pas pendant combien de temps elles pourraient poursuivre leurs activités à leur niveau actuel de revenus et de dépenses avant d’envisager la fermeture ou la faillite, tandis que 10,3 % indiquaient que leurs activités pourraient se poursuivre pendant moins de 12 mois.

Dans une note analytique du personnel de la Banque du Canada publiée mardi, il est rappelé que plus de 60 % des entreprises ont subi une perte de revenu en 2020 par rapport à l’année précédente, d’au moins 30 % pour près du tiers d’entre elles. Certes, l’environnement de faibles taux d’intérêt a pu servir d’adoucisseur. Se sont greffés les programmes d’aide gouvernementale et l’intervention directe de la Banque du Canada sous forme de mécanismes d’octroi de liquidité et de programmes d’achat d’actifs. De ce fait, les taux d’intérêt appliqués par les établissements financiers aux prêts nouveaux et existants sont à des creux depuis le printemps 2020 alors que les rendements des obligations de sociétés se sont situés en deçà des niveaux observés avant la crise sanitaire, souligne la note.

Il en a résulté une hausse notoire de l’encaisse des entreprises. Fin 2020, elle dépassait les niveaux prépandémie de quelque 28 % ou de 150 milliards de dollars. Or, là encore, sous ce qui semble être une embellie se cache une accumulation de réserves inégale. En réalité environ la moitié des entreprises inscrites en Bourse ont dû puiser dans leur encaisse. Et dans l’ensemble, « la majeure partie de l’augmentation globale de l’encaisse n’est attribuable qu’à 10 % des entreprises », lit-on.

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1 commentaire
  • Clermont Domingue - Abonné 13 mai 2021 07 h 07

    ¨Ça change pour le mieux.

    Il suffit d'aller faire l'épicerie pour savoir que nous sommes en période d'inflation Où pire, allez négocier l'achat d'une maison.

    Heureusement,les banques centrales refusent les signaux des marchés. Voyez-vous, les marchés sont des créatures sans tête ni coeur. Ils sont le fait des pulsions et des désirs des hommes.Ils sont de plus en plus déconnectés de l'économie réelle.Longtemps, les marchés ont influencé les décisions des banques centrales et des gouvernements, mais ça change.

    Les banques centrales sont des institutions bénéfiques si elles travaillent de concert avec les gouvernements. Elles ne doivent pas dicter sa conduite aux gouvernements. Elles doivent les soutenir dans leurs décisions. Ce sont les gouvernements qui sont responsables du bien commun