Salaire minimum en mode rattrapage

Le Québec vit encore en mode rattrapage avec son salaire minimum passant à 13,50 $ l’heure au Québec.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a officialisé l’annonce d’une hausse du taux général du salaire minimum à 13,50 $ l’heure, soit une augmentation de 0,40 $ ou de 3,1 % par rapport à mai 2020. Pour les salariés rémunérés au pourboire, il passe à 10,80 $ l’heure, une hausse de 0,35 $.

Le Québec se classe ainsi au quatrième rang parmi les provinces au Canada et demeure encore loin d’une cible projetée dans l’idéal à 15 $ l’heure qu’ont retenu, au niveau fédéral, Ottawa et Washington. Au sud de la frontière, la progression sera graduelle avec 2025 pour horizon mais, faut-il rappeler, le salaire minimum à l’échelle fédérale, présentement à 7,25 $US, est inchangé depuis 2009.

À comparer, on se console… Au Québec, la hausse de 3,1 % s’ajoute à l’augmentation annuelle moyenne de 5 % depuis 2017, ce qui témoigne ainsi d’un mouvement de rattrapage bien enclenché après les taux de croissance annuelle sous les 2 %, couvrant à peine l’inflation, mesurés avant 2017.

Au niveau canadien, la Chaire de recherche en fiscalité et finances publiques propose périodiquement une comparaison sur la base du revenu disponible des travailleurs au salaire minimum, une fois soustrait l’impôt payé et pris en compte les crédits et prestations reçues. Et ce, sans omettre le coût de la vie, plus bas ici, venant moduler la référence à la mesure du panier de consommation (MPC). « La situation des ménages québécois travaillant au salaire minimum continue de s’améliorer en 2021 et la comparaison avec les autres provinces et avec certains pays de l’OCDE est, dans bien des cas, à l’avantage du Québec », concluent les auteurs de l’étude.

Dans son analyse sur le revenu de base publiée à la mi-avril, le Directeur parlementaire du budget mettait également en exergue le fait que c’est au Québec où l’on observe l’une des incidences les plus faibles du revenu de base sur le revenu disponible au bas de l’échelle des quartiles. Ces écarts d’une province à l’autre rappellent « que de nombreuses personnes à faible revenu qui habitent au Québec se situent près de la limite supérieure du seuil de pauvreté ».

Ce constat étant, « malgré tout, pour certains ménages, le revenu disponible obtenu ne permet pas ou permet tout juste de combler les besoins de base. » Et ultimement, l’exercice sert encore une fois à montrer l’importance de tenir compte de la situation plus globale, notamment du système d’impôts et de prestations et du coût de la vie, souligne la Chaire de recherche en fiscalité.
Car si la poussée des dernières années se traduit par un accroissement réel du pouvoir d’achat des travailleurs au salaire minimum, on se réfère alors souvent à un panier de consommation se collant aux besoins essentiels. On parle d’un seuil de faible revenu, ce qu’on ne peut considérer comme étant un minimum requis pour sortir de la pauvreté, a déjà indiqué la Chaire de recherche.

Et nous sommes encore loin du concept plus élargi de revenu viable défendu par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques. L’IRIS greffe à la MPC la notion de salaire décent, pour arrimer le tout aux besoins plus réels des ménages calculés selon le coût de la vie et les réalités régionales. « À Montréal, il est de 28 783 $, soit près de 1,3 fois le seuil MPC applicable, et il suppose un salaire horaire d’au moins 18 $ à temps plein », illustre-t-on.

Il est important aussi de rappeler que les travailleurs dont le salaire horaire se situe entre 12 et 19,99 $ composent le tiers de l’ensemble des employés.

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