Novice face à la spéculation

La dure semaine que viennent de connaître les cryptomonnaies nous rappelle cet autre épisode récent d’épiphénomène spéculatif ayant notamment et momentanément propulsé le cours de l’action de GameStop dans la stratosphère. Les deux cas ont en commun l’émergence d’une nouvelle génération d’investisseurs pour qui la perte du capital ne fait pas partie du risque.

Le cas de GameStop frappe encore l’imaginaire, la spéculation poussant soudainement une action végétant sous les 20 $US à près de 350 $US le 27 janvier. Elle est tombée sous les 45 $US le 23 février, pour remonter à 264,50 $US le 12 mars et se négocier aujourd’hui sous les 170 $US.

La puissante agence de réglementation britannique des valeurs mobilières menaçait la semaine dernière de sévir contre YouTube, TikTok et autres réseaux sociaux, les rappelant à l’influence qu’ils peuvent exercer auprès de jeunes investisseurs novices pour la grande majorité. La Financial Conduct Authority (FCA) retient que ceux qui ont moins de trois ans d’expérience des marchés ont deux fois plus de chances de s’appuyer sur de tels sites pour rechercher des produits financiers ou pour obtenir des conseils financiers. « Si ces plateformes choisissent de mettre en avant ou de tirer profit de publicités pour des investissements risqués, et dans certains cas frauduleux, elles devraient aussi se conformer aux réglementations sur la promotion des produits financiers », peut-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse.

La FCA évoquait l’influence que peuvent avoir les publicités en ligne non réglementées et les tactiques de vente sous pression. Elle pointait aussi notamment en direction des marchés des cryptoactifs et des changes, plutôt prisés.

Uniquement pour les cryptomonnaies, l’Autorité des marchés financiers rappelait vendredi que la création de jetons est facilement accessible d’un point de vue technologique. « Cette situation favorise ainsi la prolifération sur le Web de nombreux jetons dont les promoteurs laissent parfois miroiter des rendements faramineux issus d’un projet d’investissement. Ces jetons sont souvent disponibles à partir de plateformes décentralisées et opérant automatiquement sans intervention humaine […] En raison de l’immensité du Web et de l’utilisation des réseaux sociaux, notamment des applications de messageries instantanées qui permettent la mise en place de groupes privés d’échanges et de discussion, il est souvent impossible pour les régulateurs de pouvoir intervenir de façon préventive. »

Perception du risque

Dans un rapport publié en mars, la FCA s’inquiétait d’assister à l’arrivée d’une nouvelle génération d’investisseurs engagés dans des investissements à haut risque s’en remettant aux « nouveaux médias » pour les conseils et les nouvelles d’actualité. Une tendance que vient faciliter l’accessibilité offerte par la prolifération des plateformes et applications exigeant peu ou pas de frais de transaction. Une tendance placée sous la distorsion des influenceurs et sites de clavardage non réglementés, au sein d’un environnement plus large propice à la manipulation, voire à des intentions malveillantes.

L’une des grandes distorsions observées dans cette famille d’investisseurs dits autonomes vient de la notion de risque, qui serait grandement dilué. Ainsi, une perte importante aurait un impact fondamental sur le style de vie présent et futur pour 59 % d’entre eux ayant moins de trois ans d’expérience mais qui sont pourtant plus enclins à détenir des produits d’investissement à haut risque ou volatils, comparativement à 38 % revendiquant plus de trois ans d’expérience. Cela dit, 45 % de ces investisseurs autonomes ne voient pas la perte de leur capital comme étant un facteur de risque à l’investissement. De plus, 78 % affirment que certains types d’investissement, secteurs ou certaines compagnies sont des paris sécuritaires. Mais ils sont autant à se fier à leur instinct, au pifomètre ou à la règle du pouce pour déterminer quand acheter et quand vendre.

Le rapport de la FCA recense trois archétypes d’investisseur autonome. Celui qui reconnaît un manque de connaissance et qui retient l’approche autodidacte, mais dont le comportement emprunte à l’émotion. Il y a l’investisseur se disant plus expérimenté et disposant des connaissances de base, mais guidé par les motivations sociales. Et le joueur du type « gambler », attiré par les perspectives de gains importants et rapides, également dominé par les émotions dans son approche en ce qui a trait à l’investissement.

Et tous se disent, à des degrés divers, confiants dans leur habileté à détecter l’escroquerie et les montages frauduleux.

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