L’investissement responsable a la cote

On parlait d’éveil, soit que 2020 a été une année pivot pour la matérialisation de l’intérêt des investisseurs dits de détail envers l’investissement responsable. La pandémie a permis à la fois de consolider l’attrait pour les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et de confirmer leur capacité à générer du rendement. Viendra le temps où faire fi de l’intégration de ces critères ESG dans la décision d’investissement sera synonyme de risque.

En ce qui a trait aux critères ESG influant sur leurs décisions, les investisseurs institutionnels se montraient particulièrement sensibles au risque ou historique de mauvaises pratiques de gouvernance, au risque lié aux facteurs ESG dans la chaîne d’approvisionnement, au risque ou historique de mauvaises pratiques en matière de droits de la personne et au risque lié aux changements climatiques, selon les données tirées d’un sondage 2018 de la firme EY.

Chez les petits investisseurs, une acceptation palpable des facteurs ESG dans le choix de leurs titres se vérifiait de manière plus tangible dans les statistiques de 2020. Cet éveil s’est poursuivi au premier trimestre de 2021. Selon la sélection appliquée par Morningstar, les ventes nettes de fonds communs d’investissement répondant aux critères ESG retenus ont totalisé 5,3 milliards après trois mois cette année, et 17 nouveaux fonds communs et fonds négociés en Bourse entrant dans ce segment ont vu le jour.

Cela dit, cette famille de fonds demeure très petite dans l’univers des fonds communs d’investissement, avec un poids selon l’actif net de seulement 1 %, soit 18 milliards, dans une mer de 1850 milliards au 31 mars 2021. Mais il s’agit d’une hausse de 51 % par rapport au trimestre précédent et de 160 % comparativement au premier trimestre de 2020, retient Morningstar. Et les fonds ESG comptaient pour 12 % des ventes nettes de l’ensemble des fonds communs d’investissement au premier trimestre.

 

Il ressort également de la lecture trimestrielle une performance sur 12 mois égale ou supérieure à celle de leurs pairs composant l’univers de Morningstar. Sur la période dite de recouvrement des marchés, les fonds répondant aux critères ESG ont obtenu de meilleurs résultats que leurs pairs pour près de la moitié d’entre eux. Même au cours du premier semestre de 2020 abritant le krach éclair provoqué par la pandémie, les leaders ESG ont affiché un rendement négatif plus faible.

Cette corrélation neutre ou positive entre les facteurs ESG et le rendement a été maintes fois démontrée dans plus de 2000 études empiriques. Dans sa note de mars 2021 portant sur l’investissement responsable, Desjardins Gestion internationale d’actifs ajoute que des études font aussi état d’une corrélation fortement négative entre le rendement des entreprises selon des critères ESG et la volatilité de leurs titres boursiers, l’investissement responsable étant associé à un risque moindre.

Entre autres, une étude publiée par MSCI à partir de données portant sur plus de 1600 titres entre 2007 et 2017 « a révélé que les sociétés qui adoptent de bonnes pratiques ESG ont tendance à afficher une rentabilité supérieure et à déclarer un rendement en dividendes plus élevé, tout en présentant des risques résiduels plus faibles, en plus d’une volatilité systémique moindre et une valorisation supérieure », lit-on.

Petit clin d’œil fossile

En parallèle, le Groupe d’investissement responsable publiait cette semaine les conclusions de la 12e édition du rapport sur le financement des combustibles fossiles venant des ONG Rainforest Action Network, BankTrack, Indigenous Environmental Network, Oil Change International, Reclaim Finance et Sierra Club. Il indique qu’au cours des cinq années suivant l’Accord de Paris, les 60 plus grandes banques du monde ont fourni pas moins de 3800 milliards de dollars américains à l’industrie des combustibles fossiles, dont 750 milliards en 2020. Ce financement a diminué l’an dernier pour la première fois en cinq ans, un recul que les ONG attribuent davantage aux effets de la pandémie. Il demeure toutefois supérieur à celui consenti en 2016, en 2017 et en 2018.



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