L’inflation dans la mire

Après les craintes d’un dérapage incontrôlé ayant hanté les marchés financiers en mars, le scénario d’un choc inflationniste circonstanciel s’est imposé… pour l’instant. La rapidité de résorption de l’excédent de capacités pourrait brouiller les cartes.

Statistique Canada a indiqué mercredi que l’Indice des prix à la consommation a augmenté de 2,2 % d’une année à l’autre en mars, doublant la progression de 1,1 % enregistrée en février. Pour s’empresser d’ajouter qu’une partie importante de cette augmentation était attribuable à la baisse marquée des prix observée un an plus tôt. Ce qui est appelé l’« effet de glissement annuel », amplifié par la pandémie, s’appuie sur une forte baisse des prix de février à avril 2020, la référence venant ainsi fausser la lecture de l’inflation.

L’agence fédérale donne l’exemple des prix de l’essence, 35,3 % plus élevés en mars qu’au cours du mois correspondant de 2020. Les prix ont diminué au cours des premières semaines de la pandémie pour atteindre leur plus bas niveau en quatre ans. Environ un cinquième de l’accélération de l’indice des prix de l’essence résulte de cet effet de glissement annuel.

N’empêche, la Banque du Canada a souligné dans son rapport sur la politique monétaire de mercredi que l’indice des prix des produits de base non énergétiques a progressé de 11 % depuis son rapport de janvier. Si cette poussée repose en partie sur un regain de la demande par rapport à des stocks serrés, voire dégarnis, le raffermissement de la croissance mondiale est venu alimenter la hausse des cours pétroliers et l’augmentation de 7 % du prix des métaux communs. Il y a crainte chez les analystes que ces pressions haussières sur les coûts des entreprises ne soient refilées aux consommateurs.

Le choc inflationniste est réel et se poursuivra au cours des prochains mois, gonflé par l’effet de glissement annuel influencé par des variations de prix inhabituelles induites par la pandémie. Mais va-t-il s’inscrire dans la durée ? La Banque du Canada n’y croit pas. Du moins, ce n’est pas son scénario dominant. « Au cours des prochains mois, l’inflation devrait monter temporairement autour de la limite supérieure de la fourchette de maîtrise de l’inflation, qui va de 1 % à 3 % », une hausse s’expliquant en grande partie par l’effet de glissement annuel, écrit-elle.

C’est que la banque centrale appuie sa lecture sur l’existence d’une « marge de capacités excédentaires considérable » subsistant dans l’économie. De plus, la reprise est inégale, laissant sur la touche des pans complets de l’économie. Sur le marché de l’emploi « les ressources inutilisées sur le marché du travail seront absorbées plus lentement que d’ordinaire ». En tenant compte du facteur démographique, elle évalue qu’environ 475 000 postes devraient être créés pour que le taux d’emploi revienne au niveau prépandémie.

L’essentiel repose donc sur la rapidité avec laquelle l’économie canadienne résorbera ses excédents de capacité. Pas avant 2023, disait la Banque du Canada dans son rapport précédent. Mercredi, elle évoquait la deuxième moitié de 2022, la cible d’inflation de 2 % devant alors être atteinte de manière durable.

De grandes inconnues persistent toutefois autour de ce retour à l’équilibre. On pense à l’impact de la croissance mondiale sur les prix et au retour de l’immigration. Également à toute cette épargne accumulée lors de la pandémie, qui devrait faire rebondir la consommation au deuxième semestre. Ou encore à ces politiques monétaires, fiscales et budgétaires demeurant ultra-accommodantes.

2 commentaires
  • Bernard Plante - Abonné 22 avril 2021 11 h 03

    Inégalités 101

    "Il y a crainte chez les analystes que ces pressions haussières sur les coûts des entreprises ne soient refilées aux consommateurs."

    Pas besoin d'être un grand analyste pour savoir que les entreprises refilent toujours leurs hausses de coûts aux consommateurs. Surtout après que la majorité de ces mêmes consommateurs aient accumulé plus d'épargne que jamais en raison de la pandémie. Et encore une fois ce seront les plus pauvres qui subiront le plus durement le choc inflationniste.

    Comment arrêter l'incessante et systémique croissance des inégalités? Là est la question à laquelle le système capitaliste ne fournira jamais de réponse de lui-même.

  • Françoise Labelle - Abonnée 22 avril 2021 12 h 38

    Zone de turbulence

    Plusieurs, qui ont épargné de force, vont se précipiter à mesure que les commerces ouvriront. Même Vélo-Québec annonçait une pénurie de vélos, bloqués en China (Plus qu'un. Dépêchez-vous!). Ma «conseillère financière» me disait que les banques ne prévoyaient pas de hausse des taux pour les deux prochaines années.