Certifié Justin Trudeau

Sans grande surprise, les délégués au congrès du Parti libéral du Canada ont exprimé de façon presque unanime (97 %) leur désir de voir le gouvernement fédéral imposer des normes nationales dans les centres de soins de longue durée.

Après ses déclarations répétées et la volonté manifestée dans le discours du trône de l’automne dernier, Justin Trudeau n’avait sans doute pas besoin de cette caution, mais il ne fait maintenant aucun doute que cela fera partie de la prochaine plate-forme électorale du PLC.

Même si François Legault a mis une sourdine à ses récriminations contre Ottawa le temps d’en finir avec la pandémie, cette nouvelle intrusion dans un champ de compétence provinciale provoquera à coup sûr un autre affrontement dans l’éventualité, qui ressemble de plus en plus à une probabilité, où les libéraux retrouveraient une majorité à la Chambre des communes.

Dans cette bataille à venir, il est cependant loin d’être acquis que le gouvernement Legault aura l’appui de l’opinion publique. Au regard d’une obligation aussi fondamentale que la protection des aînés, les querelles de champs de compétence risquent de paraître bien futiles, et le Québec a malheureusement fait la démonstration d’une indicible incurie au cours de la dernière année.

Peu importe qui, des anciens gouvernements ou du nouveau, doit être blâmé pour la catastrophe survenue dans les CHSLD, le choc a été tel que la majorité des Québécois seront sans doute disposés à accueillir de façon positive toute proposition susceptible d’améliorer la situation, peu importe d’où elle viendra.


 
 

Depuis son adoption, en 1984, les gouvernements québécois se sont plaints périodiquement des limitations imposées par la Loi canadienne sur la santé, mais la population est bien aise qu’Ottawa utilise son pouvoir de dépenser pour forcer les provinces à garantir l’accès à un système de santé public, universel et gratuit.

Que ce soit par une extension de la Loi canadienne sur la santé ou par un autre moyen, la question est de savoir dans quelle mesure l’imposition de normes applicables aux centres de soins de longue durée d’un bout à l’autre du pays changera réellement les choses.

Durant la première vague, on a perdu le contrôle non seulement dans les CHSLD privés, qu’ils soient conventionnés ou non, mais également dans les CHSLD publics. Si le gouvernement du Québec a été incapable de surveiller ses propres établissements, comment penser qu’on pourra faire mieux à partir de la lointaine capitale fédérale ?

Deux précautions valent mieux qu’une, dira-t-on. Là où les inspecteurs québécois n’ont vu que du feu depuis des années, leurs collègues fédéraux auraient peut-être été plus futés et auraient découvert la sordide réalité qui se cachait sous des apparences trompeuses. En réalité, rien n’est moins sûr. L’addition des évaluations ne constitue pas une garantie.


 
 

Il existe depuis plus de 60 ans un organisme à but non lucratif indépendant appelé Agrément Canada (AC). Basé à Ottawa, AC compte plus de 1000 employés, des bureaux à Montréal et à Toronto, ainsi qu’à Bruxelles.

Parmi les nombreux services offerts par AC, il y a le Programme d’agrément (comprendre accréditation) Qmentum, qui repose sur « plus de 100 normes propres aux régions ». Un des avantages de ce programme qu’AC fait miroiter à ceux qui y participent est de les aider « à répondre aux règlements des ministères et aux exigences liées aux permis, et à les dépasser ».

Le Groupe Vigi Santé, qui possède 15 CHSLD au Québec, a été « agréé avec mention d’honneur » par AC. « Vigi Santé Ltée dépasse les exigences du Programme d’agrément Qmentum et fait preuve d’excellence en matière d’amélioration de la qualité », peut-on lire dans le rapport 2018 d’AC.

Cette « excellence » n’a pas empêché le groupe Vigi d’avoir une des pires performances au Québec durant la pandémie. Dans ses 11 établissements qui ont été touchés, 643 personnes âgées ont été infectées et 244 sont décédées. Selon les calculs effectués par La Presse, le taux de décès global dans ces 11 centres, soit 20,6 %, est supérieur à la moyenne de tous les centres privés conventionnés. Dans le centre Vigi Dollard-des-Ormeaux, 45 % des bénéficiaires sont décédés. Dans le tristement célèbre centre Herron, le chiffre était de 28 %.

Pour décrire l’état des lieux quand le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal est intervenu au centre Vigi Mont-Royal, en avril 2020, sa p.-d.g. adjointe, Francine Dupuis, a déclaré : « C’était à pleurer. » Le même constat a été fait dans bien d’autres CHSLD durant la pandémie.

On savait pourtant depuis longtemps qu’ils étaient vétustes et manquaient de tout. Si on a continué à y entasser des personnes âgées, c’est tout simplement qu’on ne savait pas où les mettre. Si Justin Trudeau veut réellement aider, il devrait commencer par transférer les milliards qui permettraient de construire des locaux adéquats et d’engager le personnel nécessaire. On peut toujours certifier des taudis, mais cela reste des taudis.

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