Le prêtre de la télé

Communicateur généreux et rassurant — le dimanche, au Jour du Seigneur de Radio-Canada, il faisait du bien aux fidèles téléspectateurs, a-t-on dit —, l'abbé Roland Leclerc, décédé en décembre 2003, n'a cependant jamais été un bon intervieweur. Trop complaisantes à l'égard de ses invités, ses questions, en général, permettaient rarement d'aller au fond des choses et n'ébranlaient pas, même pour le mieux, ses interlocuteurs.

Mal foutu sur le plan typographique, Rencontres Parole et Vie, un recueil d'entretiens d'abord présentés au Canal Vox au cours de la saison 2001-2002, donne une idée de la manière Leclerc, la plupart du temps peu convaincante. L'homme, c'est évident, était sincère et charmant, mais il ne fallait pas compter sur lui pour faire cracher le morceau à ses invités, dont certains, c'est le moins qu'on puisse dire, n'avaient pas grand-chose à dire.

Le résultat, dans certains cas, est franchement désolant. Le général Roméo Dallaire, par exemple, à qui on fait déclarer que «la guerre froide est arrivée en 1989-1990», semble perdu et s'exprime avec une rare confusion, de même que Rodger Brûlotte qui, même en appelant Aristote (!) à la rescousse, ne parvient pas à cerner son propre propos. Il faut dire que l'abbé, très peu habile à relancer une entrevue qui s'égare, n'aide pas.

Le seul intérêt d'un ouvrage de ce genre, parce qu'il y en a tout de même un, c'est de permettre à des personnalités de différents milieux (Guy Corneau, Nancy Dumais, Monique Simard, Réjean Thomas, Suzanne Lapointe, Victor Goldbloom, Chantal Petitclerc et d'autres) de s'exprimer publiquement sur des questions plus intimes (le sens de la vie, les valeurs) qu'elles abordent rarement en d'autres contextes. Ça ne va, toutefois, en ces pages, jamais bien loin.

De bons moments

Parmi les quelques rares bons moments de ce recueil, on retiendra les propos de Jean-Claude Poitras au sujet de son «combat acharné» pour démocratiser la mode et la beauté, qu'il relie à la «noblesse de l'âme», ceux de l'excellent romancier Éric-Emmanuel Schmitt, au sujet de sa nuit mystique et de son rapport à Dieu, et ceux de Gregory Baum sur le pluralisme religieux. En fait, les seuls qui s'en sortent bien sont ceux qui n'ont pas besoin d'intervieweur pour aller à l'essentiel.

En sous-titre, l'éditeur présente cet ouvrage comme l'«héritage humain et spirituel» de Roland Leclerc. Je suis sûr, et les témoignages recueillis au moment de sa mort le confirment, que le prêtre a donné le meilleur de lui-même ailleurs.

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Rencontres Parole et Vie — Un héritage humain et spirituel

Roland Leclerc

Logiques, Montréal, 2004, 184 pages

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