Technologie: Le Web de l'avenir, être ou ne pas être sémantique

Prenons Google, le moteur de recherche que tous connaissent et que l'on pourrait décrire comme le premier utilisateur aveugle du Web. Celui-ci parcourt aveuglément (c'est le cas de le dire) les moindres coins cachés du Web à la recherche d'informations à indexer et intégrer à sa base de données. Malgré toutes les améliorations apportées à ses algorithmes, Google fait preuve de bien peu d'intelligence à restituer l'information que nous lui demandons.

Quelques mots clés qui peuvent porter à confusion, et hop ! au finish, des résultats souvent aléatoires qui souvent n'ont rien à voir avec le but de la recherche. De même, demandez-lui de faire une recherche en utilisant une phrase pourtant en apparence fort simple: «Google, trouve-moi de l'information pertinente sur les meilleurs BBQ utilisant le charbon de bois naturel et complète le tout en me donnant les meilleurs prix que tu pourras glaner sur les boutiques en ligne».

Un cauchemar

Pour nous, humains, cette phrase en apparence toute simple est un cauchemar pour Google. Il ne sait tout simplement pas le faire, à moins d'employer des trucs complexes qui n'ont rien à voir avec «l'intelligence.» Comment alors introduire cette intelligence? Comment faire pour que Google puisse comprendre le sens de cette demande?

Le défi que Tim Berners-Lee entend résoudre en tentant d'introduire des éléments de sémantique est de permettre à tous ces ordinateurs et à tous ces programmes qui tournent sur la Toile de dialoguer ensemble afin de répondre adéquatement à une telle demande.

Dans ce dessein, les machines devront donc être capables de dialoguer ensemble et surtout, de se comprendre. De plus, elles devront s'accorder sur la description de tel ou tel article. Bref, elles devront savoir que notre demande porte sur un barbecue, donc une surface de cuisson utilisant le charbon de bois, et non pas de la sauce BBQ ou la technique de cuisson.

Imaginons donc le dialogue suivant entre les machines, après une requête sur un Google à la sauce sémantique: «Cher serveur de la compagnie XYZ, je constate que tu vends des équipements de jardin, donc des barbecues. Cela tombe bien car je viens de recevoir une demande pour trouver des barbecues utilisant le charbon de bois comme mode de combustion. Accessoirement, tant qu'à dialoguer ensemble, pourrais-tu me donner tes meilleurs prix?»

Structure et organisation

Joyeux défi que ce futur Web sémantique, non? Comment le réaliser? Pour Karl Dubost, du consortium W3C, les concepteurs de sites Web devront permettre aux machines d'accéder aux données en structurant et en organisant les diverses informations qui composent une page Web afin de permettre à cet idiot du village qu'est l'ordinateur de bien comprendre et surtout savoir de quelle nature sont ces dites informations.

Par exemple, vous tombez sur une page où se trouve une image représentant La Joconde. Juste en la regardant, vous savez que c'est La Joconde, car vous l'avez sûrement vu quelque part. Vous savez peut-être aussi que cette toile est exposée au musée du Louvre, à Paris. Vous savez sûrement aussi que Paris se trouve en France sur le continent européen. Nul doute que vous connaissez l'auteur de cette toile, Léonardo Da Vinci. Qui sait, toute l'histoire de cette toile ne vous est peut-être pas inconnue. Bref, en visionnant cette simple image, plein d'informations défilent dans votre cerveau.

Mais pour l'ordinateur qui vous présente cette page, cette image de la Joconde n'est rien de plus qu'un quelconque fichier appelé «Joconde. jpg». Son historique, son créateur, le lieu où elle est exposée, l'ordinateur n'en sait fichtrement rien.

Évidemment, si soudainement, le concepteur de la page Web où se trouve l'image de la Joconde introduit des métadonnées relatives à cette illustration afin que l'ordinateur puisse révéler aux internautes toute la richesse d'informations qui entoure ce simple fichier, alors la face du Web que nous connaissons aujourd'hui s'en trouve grandement changée.

Langage universel

Que de défis technologiques et humains sont à relever afin de mettre au monde ce Web du savoir. Nous devrons mettre au point un langage universel afin de décrire les données et les rendre interopérables. Comme le précise avec beaucoup de justesse Karl Dubost, l'humain sait très bien faire des relations avec les objets, nous le faisons tous inconsciemment, mais la machine elle, ne possède pas cette intelligence.

L'humain devra aider l'ordinateur à «comprendre et interpréter». Ainsi, à terme, si ce projet ambitieux de faire évoluer le Web finit par se réaliser, les machines pourront accéder à une variété d'informations diverses et multiples, des informations souvent contradictoires, que la machine devra discriminer afin d'ultimement présenter à l'internaute une synthèse compréhensible pour le cerveau humain.

Peu d'outils

Malheureusement, les outils permettant de réaliser des applications concrètes de Web sémantique sont fort rares. De plus, avouons-le, contrairement aux outils de conception HTML qui sont quasiment à la portée de tous aujourd'hui, ceux qui serviront à mettre en place le Web sémantique sont surtout conçus pour des spécialistes.

Pourtant, il existe déjà des applications de Web sémantique que certains d'entre vous utilisez peut-être. Par exemple, le site du Devoir vous permet de vous abonner à un fil de nouvelles RSS. Web sémantique. Aussi, certains réseaux sociaux intègrent des mécanismes de description de leurs membres connus sous l'acronyme FOAF ou encore Friend of a Friend. Web sémantique que cela.

Bref, vous aurez compris que la réalisation de ce Web de demain passe nécessairement par l'humain. Et les premiers qui auront à réaliser ce Web, une fois les problèmes techniques surmontés et les normes mises en place, seront entre autres ces spécialistes de l'information que sont les bibliothécaires. Éventuellement, tout comme les outils de conception de pages Web d'aujourd'hui sont rendus à la portée de tous, un jour, les applications permettant d'introduire de l'intelligence dans nos données seront accessibles au commun des mortels. Le jour où ce «killer-app» sera disponible, la face du Web que nous connaissons aujourd'hui changera à tout jamais.

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L'auteur de ces lignes tient à remercier particulièrement Karl Dubost et l'équipe du W3 Québec pour leur aide précieuse à la compréhension des concepts du Web sémantique et à la réalisation de cet article.

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