Le courage de gouverner

La Constitution canadienne ne contient pas de disposition prévoyant que, si un des deux ordres de gouvernement n’a pas le courage d’exercer un pouvoir qui lui est dévolu, celui-ci peut être exercé par l’autre ordre et être assorti d’une juste compensation financière.

Il est vrai que les choses sont déjà suffisamment compliquées dans le merveilleux monde des relations fédérales-provinciales canadiennes. Et s’il fallait demander aux tribunaux de déterminer ce qui constitue un acte de lâcheté en politique, il faudrait multiplier le nombre de juges presque à l’infini.

Une situation rare se produit actuellement. N’ayant pas le courage d’interdire la possession d’armes de poing, pour des considérations de nature purement électorale, le gouvernement Trudeau semble maintenant disposé à céder volontairement ce pouvoir aux provinces plutôt qu’aux municipalités, qui n’en veulent pas, et le Québec ne demande pas mieux que de l’assumer. L’Assemblée nationale a adopté une motion unanime à cet effet en février dernier.

Cela contraste avec ce qui s’était produit il y a quelques années, quand le gouvernement Couillard avait dû s’adresser aux tribunaux pour empêcher le gouvernement Harper de détruire les données québécoises du registre des armes à feu créé par le gouvernement Chrétien.

Voilà cependant que le groupe PolySeSouvient exhorte le gouvernement Legault à refuser de prendre cette responsabilité. Selon lui, Ottawa doit plutôt modifier le projet de loi C-21, qui végète au feuilleton de la Chambre des communes, pour que les armes de poing soient interdites sur l’ensemble du territoire canadien.

Dans une lettre dont La Presse a obtenu copie, les proches des victimes de la tuerie de Polytechnique implorent le gouvernement Legault de ne pas récupérer cette « coquille vide irrécupérable », dans laquelle ils voient une « trahison totale » des promesses faites par Justin Trudeau.


 
 

Les transferts de pouvoirs aux provinces sont si rares que la tentation de sauter sur l’occasion est irrésistible pour un gouvernement qui se veut autonomiste, même si l’expérience démontre que le contrôle des armes à feu est loin d’être une sinécure. Simplement pour enregistrer les armes d’épaule, il a fallu mettre des gants blancs.

M. Legault a sans doute ses défauts, mais on ne peut certainement pas lui reprocher d’avoir manqué de courage depuis le début de son mandat. S’il accepte d’assumer cette responsabilité, il fera de son mieux.

Nul n’est cependant tenu à l’impossible. Il est évident que l’interdiction des armes de poing sur le territoire québécois ne serait réellement efficace que si les provinces voisines, sinon la totalité des provinces canadiennes, les interdisent aussi, mais il ne faut pas rêver en couleur.

Dans le cas de la taxe sur le carbone, la Cour suprême a ordonné aux provinces récalcitrantes de se soumettre à la volonté du gouvernement fédéral, mais elle ne peut pas les forcer à adopter elles-mêmes une mesure qu’Ottawa refuse de prendre dans un champ de compétence qui est le sien.


 
 

Le dépit de PolySeSouvient devant la dérobade de Justin Trudeau, qui a été déclaré persona non grata aux futures commémorations de la tuerie du 6 décembre 1989, est compréhensible. Il faut cependant composer avec la réalité du Canada. Il est sans doute enrageant d’offrir une porte de sortie à M. Trudeau, mais une interdiction limitée au territoire québécois vaut encore mieux que la « coquille vide » d’Ottawa.

Lors de la présentation du projet de loi C-21, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, avait évoqué avec appréhension la confusion que créerait une situation où chaque ville aurait ses propres exigences pour l’octroi d’un permis de possession d’une arme de poing, sa propre réglementation, ses exceptions, etc. La mairesse Plante ne voulait rien savoir d’un tel pouvoir.

Si la perspective d’occuper un domaine de compétence fédérale a tout pour plaire à M. Legault, il préférerait sans doute que le gouvernement fédéral soit à la hauteur de ses responsabilités, mais Justin Trudeau ne changera pas de personnalité. Il n’a jamais compris la différence entre gouverner et être au pouvoir. Il fera toujours de la politique avec un p minuscule et il ne faut pas davantage compter sur un éventuel gouvernement conservateur pour interdire les armes de poing. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’une question de courage, mais d’idéologie.

De toute façon, même si une solution purement québécoise demeurera forcément incomplète, le gouvernement Legault a l’obligation morale de faire tout ce qui est en son pouvoir pour minimiser les conséquences de l’incurie fédérale.

32 commentaires
  • Serge Trudel - Inscrit 8 avril 2021 01 h 51

    Les Trudeau, une dynastie toxique pour le Canada

    Félicitations à M. David qui, encore une fois, met en plein dans le mille! Il n'a visiblement pas peur d'appeler les choses par leurs noms et d'appeler un chat un chat. Dans le cas de Justin Trudeau, c'est plutôt un minet dégriffé et édenté ayant à peine la force de miauler; pensons par exemple à l'inaction totale et absolue du premier ministre canadien lors du barrage des chemins de fer par les Autochtones l'an dernier.

    C'était Trudeau père qui avait introduit le premier et de façon systémique par la suite les premiers déficits fédéraux. Et son rejeton s'est empressé de creuser encore davantage ce gouffre financier à la faveur de la Covid-19. Bien sûr, il fallait apporter une certaine mesure d'aide monétaire aux gens durant ce temps de crise majeure, mais pas à un tel niveau qui va handicaper sérieusement les générations futures. Justin Trudeau a projeté à pleines mains des centaines de milliards de dollars dans un but à court terme purement électoraliste afin de se faire bien voir et avec l'objectif bien évident de se faire réélire peu de temps après par les masses repues.

    Ce qui est le plus décourageant dans tout cela, c'est qu'il n'y a guère d'alternative à Trudeau fils. Aucun autre chef fédéral ne possède l'envergure pour gouverner le Canada. O'Toole est un véritable bouffon, Singh est une inconnue socialiste et Blanchet évidemment demeure confiné au Québec en termes de vote. Bref, il n'y a pas de quoi s'enthousiasmer pour la suite des choses!

    Et après cela, on s'étonnera que les gens sont devenus cyniques lorsqu'il est question de politique... On le serait à moins!

    • Nadia Alexan - Abonnée 8 avril 2021 11 h 11

      Depuis le début des temps, le progrès se passe par la lutte citoyenne.
      Il faut faire pression sur le gouvernement Trudeau qui a trahi ses promesses et qui n'a pas le courage de gouverner pour le bien commun.
      Il faut qu'il abandonne sa politique machiavélique, électoraliste, et de faire ce qui est favorable pour tous les citoyens/citoyennes. L'interdiction de la possession d’armes de poing est une question de santé publique.

    • Clermont Domingue - Abonné 8 avril 2021 12 h 56

      PAS ÉTONNANT que les gens soient devenus cyniques dites-vous? Que feriez-vous de mieux? Fallait-il laisser les gens sans ressources et condamner les entreprises à la faillite? Pourquoi faites-vous passer l'argent avant les gens? L'expérience ne vous a-t-elle pas appris qu'il vaut mieux emprunter à .25% (un quart de un pour cent) qu'à 19%. La Banque du Canada crée des milliards de dollars et les remet au gouvernement qui lui les distribue aux personnes et aux entreprises par ses programmes. Quel mal y a-t-il à ça?

      J'attends le budget Freeland. J'aimerais que le gouvernement fédéral réduise à 0% le taux à payer à la Banque du Canada puisqu'il s'agit de dollars créés, mais je trouverais acceptable un petit taux qui resterait toujours inférieur au taux d'inflation.

      A voir les appuis que vous recevez, je constate que la finance et l'économie mystifient pas mal de monde.

  • Pierre Hétu - Inscrit 8 avril 2021 07 h 14

    Encore la mauvaise cible

    Les armes de poing non-enregistrées sont déjà interdites partout au Canada, et cela n'empêche aucunement que des criminels s'en servent principalement. Alors il est illusoire de penser qu'une interdiction des armes de poing légales sera utile pour diminuer la violence...

    • Jean-François Trottier - Abonné 8 avril 2021 08 h 27

      M Hétu, une arme de poing légale arrête de l'être quand elle est volée, et ça arrive. Ou quand elle est vendue sans vérification pour s'en débarrasser quand un parent meurt, et ça arrive.
      Ou quand elle passe la frontière, et ca arrive.
      Comme on ne peut attendre les USA pour légiférer sur l'ensemble du territoire, aussi bien commencer. Nos voisins du sud finiront par en venir au gros bon sens, même si ça prend encore une génération de morts dans la rue.
      Beaucoup de criminels ont un permis. Otez-leur ce permis, déjà ils devront être plus prudents avec leurs autres armes, les illégales.

      Sérieux, à quoi ça sert une arme de poing? Si c'est pour tirer sur une cible, ben louez-la quand vous allez au local de tir et lâchez-moi avec l'amour de ce succédané de pénis "qui m'appartient à moi tu-seul".
      Si c'est pour se défendre, euh... ne venez pas me faire croire que, même armé, vous serez capabe de vous défendre devant un criminel entré chez vous par effraction, habitué au maniement de l'arme et qui n'a pas peur de tuer, lui. Vous ne réussirez qu'à provoquer une boucherie, par pure bêtise. Laissez le "fermier qui a le droit de protéger sa terre contre les méchants" où il va : dans le mythe fondateur d'une Amérique née dans le sang et les massacres où les armes ont surtout servi à tuer et terrorriser des innocents.

      Votre intervention me fait penser : le vol est interdit partout au Canada, et pourtant il y en a encore. On devrait le permettre, non? On a la "preuve" qu'elle ne sert à rien, hé!

    • Jacques Légaré - Abonné 8 avril 2021 12 h 15

      Pierre, donne des grenades, des mortiers et des M-16 à tous les citoyens, et tu trouverais sensé de leur faire confiance ?

      J'ai déjà possédé une arme (carabine 22 pour m'amuser à tirer sur des boîtes de conserve...

      Je l'ai donné à mon jeune frère...qui se suicida avec !!!

      Alors, Pierre, nous ne devons pas juger des armes selon les bons citoyens que nous sommes et que nous proclamons avec forte vanité mais bien pour nos compatriotes plus fragiles, plus problématiques ou plus criminels.

      Nous devons renoncer aux armes pour soi et pour autrui. Cela s'appelle une mesure de salut public, une exigence de précaution, une réflexion au-delà de la jouissance personnelle et du je-me-moi d'abord,

      Bref, un sacrifice intelligent.

  • Yvon Pesant - Abonné 8 avril 2021 07 h 20

    Cause toujours

    Pour Justin Trudeau, il en va des armes à feu comme il en va pour l'environnement et bien d'autres choses encore.

    Parle, parle; jase, jase. Et grand merci au temps qui passe. Le temps, c'est de l'argent; beaucoup d'argent pour les amis du PLC.

    • Denis Carrier - Abonné 8 avril 2021 09 h 33

      Oui, une belle illustration entre la dictature et la forme que peut prendre la démocratie. En dictature, on vous dit «ferme ta geule». En démocratie libérale: «cause toujours mon lapin». Dans les deux cas, on vous a ignoré.

  • Clermont Domingue - Abonné 8 avril 2021 07 h 27

    Le pouvoir!

    Le pouvoir étant la capacité de faire, on peut regretter que Justin ne l'exerce pas en matière d'armes de poing, mais où fixer la limite du contrôle gouvernemental sur le citoyen?

    Qu'il faille interdire les armes de guerre, c'est une évidence, mais peut-on enregistrer les couteaux de cuisine et défendre les bats de baseball? Les lois et règlements ne pourront jamais empêcher un tueur d'agir ni dispenser le citoyen de sa responsabilité individuelle.

    • Vincent Collard - Abonné 8 avril 2021 10 h 50

      Essayez donc de tuer 14 femmes en deux minutes avec un couteau de cuisine ou un bat de baseball, et on s'en reparle. Non mais.

    • Luc Messier - Abonné 8 avril 2021 11 h 29

      Il est donc important que chaque individu ait une conscience forte et éclairée.

      Le jour où les dirigeants, les gouvernements, les magistrats, etc., œuvreront avec rigueur dans le raisonnement pour que chaque humain soit fort économiquement et surtout consciemment, et pour remplacées les nations par une humanité cohérente et concertée, on pourra commencer à trouver du sens à l’humanité.

      Que chacun ait une meilleure compréhension de la vie et sa réalité remédiera aux puissants sentiments d’impuissance et de non-responsabilité de chacun, et à l’individualisme.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 8 avril 2021 07 h 56

    L'art de faire semblant...

    Justin Trudeau est un maître dans l'art de faire semblant: faire semblant de comprendre, faire semblant d'écouter, bref, faire semblant de faire de la politique. Il est la preuve que les connaissances et l'expérience ne font, finalement, pas beaucoup de poids dans la balance. Avec un nom comme le sien, faire semblant c'est gagnant!!

    • Luc Messier - Abonné 8 avril 2021 11 h 33

      Justin Trudeau dit souvent, « on va continuer à… »
      Il va continuer de faire semblant: faire semblant de comprendre, faire semblant d'écouter, bref, faire semblant de faire de la politique.