Le mal qui ronge QS

Il est parfaitement normal qu’au sein d’un parti politique, il existe différents courants de pensée qui tentent de faire prévaloir leurs points de vue. C’est l’essence même de la démocratie et le signe d’un parti en santé.

Bien entendu, cela peut être dérangeant. Au Québec, le plus récent exemple a été le club formé par les Syndicats et progressistes pour un Québec libre, fondé en 2004, qui a fait la pluie et le beau temps au PQ, échappant totalement au contrôle de la direction du parti, jusqu’à ce que Pauline Marois finisse par l’abolir en 2010.

Un autre de ces clubs, le Collectif antiraciste décolonial, cause présentement de sérieux problèmes à Québec solidaire. Sur sa page Facebook, le Collectif a approuvé les propos tenus par le professeur de droit à l’Université d’Ottawa Amir Attaran, selon qui le Québec serait un « Alabama du Nord », dirigé par un gouvernement de « suprémacistes blancs », qui pratiquerait un « lynchage médical » de ses minorités.

Les porte-parole de QS ont eu beau condamner les propos de M. Attaran, le simple fait que ceux-ci soient appuyés par un groupe dont l’existence est officiellement reconnue au sein du parti ne peut que nuire considérablement à son image.

Mardi, en point de presse, Gabriel Nadeau-Dubois était manifestement mal à l’aise, mais il n’a pas osé blâmer le Collectif. « Québec solidaire est un parti démocratique, on est un parti de 20 000 membres, on ne se mettra pas à censurer des publications Facebook de militants, a-t-il affirmé. On est dans une société où les gens ont la liberté d’expression. Cette liberté-là, elle vaut également à l’intérieur d’un parti politique. »

    

Dans tous les partis, le militantisme s’accompagne souvent de raccourcis et d’excès de langage. On y diabolise volontiers l’adversaire. Lors du congrès de QS qui a rejeté l’alliance avec le PQ en 2017, la virulence de certains opposants était sidérante.

Des militants solidaires s’inquiètent de la radicalisation de certains éléments au sein de leur parti. Dans un texte publié la semaine dernière dans L’Aut’ Journal, un membre fondateur de l’Union des forces progressistes, d’Option citoyenne et de QS, Renaud Blais, déplorait la dérive qu’il observe.

« Quelques personnes très impliquées, très expérimentées, s’investissent passionnément à traîner QS vers une gauche extrémiste. L’apparition récente d’un petit groupe d’“antiracistes” enragés et doctrinaires est pour moi un des symptômes des plus éloquents de cette tendance vers les extrêmes », écrivait-il.

« Ces personnes utilisent toutes les stratégies possibles pour “inséminer” dans le programme du parti des lignes exposant leur idéologie extrême (contre le patriarcat, pour l’antiracisme, l’anticapitalisme et les considérations intersectionnelles, etc.). Je ne parle même pas de leur grenouillage pour retrouver ces lignes lors de l’élaboration de la plate-forme précédant une élection. »

   

QS est présentement à la croisée des chemins. Il a causé une surprise à l’élection de 2018 en évinçant le PQ de l’île de Montréal et en réussissant une percée en région. Depuis deux ans, ses intentions de vote ne cessent toutefois de diminuer d’un sondage à l’autre. Au train où vont les choses, il pourrait bien être refoulé dans ses quelques châteaux forts du centre-est de Montréal à l’élection de 2022.

Les porte-parole officiels du parti s’efforcent de projeter une image plus modérée et d’arrondir certains angles du programme, mais ils continuent à se heurter aux éléments plus radicaux de la base. Cela est apparu clairement lors du débat sur la laïcité, quand ils ont vainement tenté de rallier le parti au compromis proposé par le rapport Bouchard-Taylor sur le port de signes religieux. Ils ont été brutalement rappelés à l’ordre.

Il y a certainement sur l’échiquier politique une place pour une gauche moderne et plus modérée qu’incarne bien Gabriel Nadeau-Dubois. À l’Assemblée nationale, les interventions de l’ancien leader étudiant sont bien senties, tout en tentant de respecter le rythme et le niveau de transformation qu’une partie significative de l’électorat pourrait accepter.

Même minoritaire, la présence d’éléments extrémistes comme le Collectif antiraciste décolonial au sein du parti suffit toutefois à le rendre indésirable. Même ceux qui reconnaissent l’existence d’un racisme systémique ont été choqués par les élucubrations injurieuses du professeur Attaran. Il ne saurait être question de faire confiance à un parti qui tolère dans ses rangs des gens qui les partagent.

Sans être nécessairement d’accord avec les solutions proposées par QS, bien des Québécois apprécient ses efforts pour bâtir une société plus humaine et plus juste, mais ils n’accepteront jamais qu’on puisse les diffamer aussi impunément.

110 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 1 avril 2021 00 h 33

    Le dernier sondage Mainstreet Research qui date du 9 février 2021 donne tout de même 12% à QS en ce qui a trait aux intentions de vote. C'est beaucoup moins que les 16% qu'il a obtenu lors des élections de 2018, mais ce n'est pas la fin du monde. Cela étant dit, ce Collectif antiraciste décolonial solidaire me semble passablement embarassant pour cette formation politique. Souhaite-t-il faire couler le parti?

    • Claude Bariteau - Abonné 1 avril 2021 08 h 53

      Disons qu'il s'agit d'un mal de plus, car il y en a d'autres qui sont connus, tous des entraves à un appui en hausse de QS au Québec.

      QS fit son entrée politique alors que le PQ, après 1995, fait de l'indépendance un hochet, tangue à droite sous Bouchard, Landry et Marois, s'affiche identitaire et ouvre la marche à un repli ethnoculturel aux antipodes de l'approche des Lévesque et Parizeau après le largage de la Révolution tranquille par le PLQ sous la pression du PM Trudeau en guerre contre la marche menant à la création de l'État indépendant du Québec.

      Pour différentes raisons, QS s’est attaqué aux approches économiques des partis québécois et a ciblé surtout celle du PQ post-1995 après les virages de Bouchard face à l’indépendance. Ce virage, copié sur celui de l’ADQ, fut repris par le tandem Legault-Sirois créateur de la CAQ qui fit de l’économie son dada et de la politique une affaire pragmatique en se disant ni indépendantiste ni fédéraliste, en fait, quelque part dans un vide nébuleux pour réaliser un repli ethnoculturel manière Duplessis et promouvoir des politiques favorables à la privatisation et à la création d’entreprises subventionnées par l’État québécois.

      Depuis la prise du pouvoir par la CAQ, QS maintient son alignement critique envers le PQ, ajoutant ses critiques à l’approche de déconstruction du Québec par le tandem Trudeau-Chrétien pour assurer la réforme du Canada après le Vive le Québec libre et l’élection du PQ en 1976, qu’il concrétisa en 1982 après avoir évacué le Québec comme membre décisionnel de ce pays indépendant en 1931.

      QS a toujours eu un appui de groupes promoteurs d’une approche économique socialiste très critique à l’égard du capitalisme canadien mais favorable aux choix individuels valorisés dans la constitution de 1982. Aussi peut-il difficilement rejeter les propos du Collectif antiraciste décolonial et ce d’autant plus qu’à l’Assemblée nationale ses députés se sont opposés à la loi 21.

    • François Poitras - Abonné 1 avril 2021 10 h 30

      Depuis sa fondation, QS est un monstre à 2 têtes. Face èà la population, des élus au discours gentillet réclamant une plus grande justice sociale. Derrière l’image souriante, des frustrés idéologiques se réclamant d’un marxisme aussi rageur que désuet.

      Le rejet de l’alliance négociée par les élus de QS et ceux PQ dans l’ignoble foire du congrès de 2017 révèle le mensonge fondateur et structurel du parti. Ceux qui appuient QS pratiquent l'aveuglement volontaire ou cautionnent l'agenda réel.

      Enfin, le racialisme et le décolonialisme ne sont que des rationalisations primaires de pulsions discriminatoires et haineuses.

    • Nadia Alexan - Abonnée 1 avril 2021 11 h 02

      Malheureusement, ce parti a été pris en otage par des éléments extrémistes qui essayent de détourner sa mission universelle de justice sociale.

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 avril 2021 12 h 25

      @Nadia Alexan,

      "Malheureusement, ce parti a été pris en otage par des éléments extrémistes qui essayent de détourner sa mission universelle de justice sociale." - Nadia Alexan

      - Et qu'est-ce qu'il y a d'extrémiste et de détourné de la justice sociale dans le programme de Québec solidaire?

      Une forte augmentation des prestations d'aide sociale?

      Un revenu minimum garanti?

      Un salaire minimum à 15$ de l'heure?

      La gratuité scolaire du CPE à l'université?

      Un régime de pension universel de l'État?

      La réduction des tarifs de transport en commun de 50%?

      La nationalisation du transport inter-régional?

      Une assurance dentaire pour tout le monde?

      La construction de 12,000 logements sociaux par année?

      L’augmentation du nombre de paliers d'impôts pour une fiscalité plus équitable?

      L'impôt-pandémie pour les riches et les grandes entreprises?

      Des CLSC ouverts 24 heures par jour 7 jours sur 7?

      La création de Pharma-Québec?

      L'augmentation des redevances sur les ressources naturelles?

      La lutte aux changements climatiques?

      EXTRAIT DU PROGRAMME DE QS :

      https://cdn.quebecsolidaire.net/QS-Plateforme-E%CC%81lectorale.pdf

    • Nadia Alexan - Abonnée 1 avril 2021 13 h 17

      À monsieur Montmarquette: «Québec solidaire a été fondé sur le socle d’une déclaration de principes devant baliser ses orientations et son action. Or, aujourd’hui, le parti a abandonné deux des principes les plus importants énoncés dans ce document : la laïcité et l’égalité entre les femmes et les hommes». Jacques B. Gélinas.
      https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/552990/pourquoi-je-quitte-quebec-solidaire

    • Jean-François Trottier - Abonné 1 avril 2021 14 h 40

      M. Montmarqutte,
      Palez des vraies réalisations d'un gouvernement marxiste dans l'histoire, excluant les deux pays-quêteux que sont la Corée du Nord et Cuba.
      Le vide absolu.

      Votre "beau programme" va faire patate. Impossible autrement.

      Et j'ai déjà démontré que QS est crypto-fédéraliste.

      Ça fait pas mal de mensonges "objectifs" à avaler.
      QS est nocif, point final.

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 avril 2021 14 h 50

      "Le parti a abandonné deux des principes les plus importants.." - Nadia Alexan

      Vous ne répondez en rien à la question:

      - Qu'est-ce qu'il y a d'extrémiste et de détourné de la justice sociale dans le programme de Québec solidaire?

      EXTRAIT DU PROGRAMME DE QS :

      https://cdn.quebecsolidaire.net/QS-Plateforme-E%CC%81lectorale.pdf

    • Céline Delorme - Abonnée 1 avril 2021 16 h 12

      Réponse à M Montmarquette et en apppui à M Boulanger et Mme Alexan: "- Qu'est-ce qu'il y a d'extrémiste et de détourné de la justice sociale dans Québec solidaire?"
      Je répondrai par la citation de Amin Malouf éminent intellectuel de Gauche et d'origine libanaise. (Le naufrage des civilisations). "Le comportement de certaines forces de gauche est inquiétant,(...) plutôt que de lever l'étendard de l'humanisme et de l'universalisme, elles préfèrent aujourd'hui prôner des comportements à caractère identitaire, en porte-parole des diverses minorités ethniques, communautaires ou catégorielles: comme si, renonçant à bâtir un projet pour la société tout entière, elles espéraient redevenir majoritaires en coalisant les ressentiments. (..) Lorsqu'on fonde sa stratégie sur de tels clivages, on contribue inévitablement au morcellement et la désintégration (de la société)."Fin de citation.
      Malheureusement, Québec Solidaire suit cette doxa d'une certaine Gauche, en pronant l'adhésion aux causes de toutes les minorités morcellées, (sexuelles, raciales, identitaire, etc) chacune revendiquant la palme d'être la victime la plus à plaindre. Cependant il n'y a aucun signe de projet pour la société tout entière, pour ceux qui ne sont pas dans la liste officielle des minorités victimes? Cette attitude est malheureusement une porte ouverte pour l'extrême droite qui se nourrit des "pauvres ordinaires" abandonnés par la Gauche.

  • Mario Jodoin - Abonné 1 avril 2021 00 h 50

    Les avantages et désavantages de la démocratie

    On disait la même chose du PQ il y a quelques décennies, que c'était un parti de chicanes internes. Maintenant que le chef décide de la plupart des positions du parti (c'est surtout lors de son élection qu'il y a des débats), il y a moins de controverses. Les prises de position du PLQ et de la CAQ sont encore plus centralisées. Rappelons-nous quand un des membres du PLQ n'avait même pas trouvé une personne dans un congrès pour appuyer sa proposition de mettre sur pied une commission d'enquête sur la construction. Pourtant, quand le chef a décidé d"en créer une sous la pression publique, personne dans ce parti ne s'y est opposé. Quant à la CAQ, c'est pratiquement le parti d'une seule personne. Est-ce mieux? Est-ce là notre idéal de démocratie?

    Quand un parti ouvre la porte aux débats, et c'est ce que tous les partis devraient faire dans une démocratie saine, il est normal que ça dérape parfois. Je trouve cela plus sain. Il est dommage que la normalité semble maintenant de taire ses désaccords au sein d'un parti.

    • Bernard Plante - Abonné 1 avril 2021 09 h 23

      M. Jodoin, lorsque les désaccords, comme vous les appelez, mènent à se regarder le nombril (les égos antiracistes du moi je veux) plutôt que de promouvoir de réelles avancées collectives, on se retrouve face à un mur. QS frappe ce mur.

    • Marc Therrien - Abonné 1 avril 2021 17 h 48

      Ce qu’on peut apprécier de la dynamique des extrêmes, c’est qu’elle nous aide à veiller à ce que la sagesse de la voie du milieu ne devienne pas elle-même un extrémisme du juste milieu nourri par une pensée consensuelle devenue inconsciente du prix payé par tous les reniements qu’elle impose.

      Marc Therrien

  • Hugues Tremblay Manigouche - Inscrit 1 avril 2021 06 h 27

    La croisée des chemins?

    Re. "QS est présentement à la croisée des chemins (...)"
    La 'croisée' est derrière eux, ils ont pris la route la plus à gauche qui soit, de cette gauche racialiste qui serait caricaturale si elle n'était pas aussi dangereuse. Insulter de façon continue son électorat, le présenter comme une bande de demeurés folklorique n'est guère une bonne stratégie de séduction. On est loin du temps de Mme David et M Khadir, qui tiraient le parti vers le haut et ont réussi à l'amener où il est aujourd'hui. La chute sera aussi brutale que prévisible,

    • Pierre Cardinal - Abonné 1 avril 2021 08 h 37

      Effectivement qu'il est important de débattre au sein d'un parti mais les wokes (de QS) sont reconnus pour leur extrémisme qui ne laisse place à aucune pensée critique.

    • Patrick Boulanger - Abonné 1 avril 2021 08 h 48

      Attention! C'est sans Mme David et M. Khadir que le parti, en 2018, a fait son meilleur résultat en terme de votes et de députés. Par ailleurs, je vous signale que le collectif en question ne représente pas le parti à lui seul. C'est une composante qui tente de faire avancer ses idées au sein de la formation politique.

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 avril 2021 10 h 54

      @Hugues Tremblay Manigouche ,

      "La 'croisée' est derrière eux, ils ont pris la route la plus à gauche qui soit, de cette gauche racialiste" - HTM

      C'est du n'importe quoi.

      Quels sont les déclarations "officielles" de Québec solidaire et les éléments de programme qui font de ce parti une "gauche racialiste", alors que la forte majorité des interventions de Québec solidaire portent sur l'écologie, l'économie, la protection des femmes, la critique de la gestion de la crise sanitaire etc ?

      Quant à a au "temps de Mme David et M Khadir, qui tiraient le parti vers le haut", non seulement c'est Françoise David qui a été la première à défendre la position sur le port du voile des musulmane, mais Québec solidaire a doublé ses votes et triplé sa députation après leur retrait de la politique.

  • Roger Gobeil - Inscrit 1 avril 2021 07 h 35

    Véritable honte !

    QS est une honte. Il vient d'accuser Legault de meurtre et il ne s'excuse même pas. Dire qu'un nouveau mode de scrutin proportionnel risque de faire augmenter leur représentation. Pauvre Québec!

    • Patrick Dolmaire - Abonné 1 avril 2021 08 h 28

      Est-ce que ça pourrait être pire que la situation actuelle? La CAQ dirige (quand ça fait ses affaires?) le Québec avec 37 % des électeurs votants soit 25 % des électeurs inscrits. Je comprends que le système est actuellemnent ainsi, mais ce nest pas très représentatif et ça peut être très dommageable lorsque des décisions sont prises pour satisfaire son électorat minoritaire au détriment du reste de la société. Toute ressemblance avec des situations existantes ou ayant existé ne serait purement fortuite.

  • Pierre Belzile - Abonné 1 avril 2021 07 h 40

    Non merci

    Vivre dans le Venezuela du Nord? Je passe mon tour.

    • Mario Jodoin - Abonné 1 avril 2021 09 h 52

      Après la victoire du PQ en 1976, «les choses ne seront toutefois pas faciles pour le PQ. Les Québécois seront alors vus comme les Cubains du Nord, rappelle Jacques Parizeau dans une entrevue à La Presse.»

      Alors que les opposants du PQ comparaient dans les années 1970 le projet de société du PQ avec celui de Cuba, maintenant on compare le projet de société de QS avec celui du Venezuela. L'histoire se répète!

    • Christian Roy - Abonné 1 avril 2021 12 h 46

      Les analogies pleurent par les temps qui courent. Pas surprenant que le Québec ait des problèmes d'identité (!): Alabama pour les uns, Cuba ou Vénézuéla pour les autres...

      Comme dirait le poète: Il a neigé à Port-au-Prince, il pleut encore à Chamonix... le monde est en chamaille... mamie j'ai le coeur à l'envers...

      Solution: Fais du feu dans la cheminée, confinons-nous. Ça va bien aller ! Pour QS également car heureusement, en démocratie, il est légitime d'exprimer publiquement la même chose.

      Vive QS. Vive le Québec qui aura pour valeur cardinale la solidarité par-delà nos différences !