Quota féminin

La marche vers la mixité des conseils d’administration est réelle, mais se fait à pas lents. C’est à se demander si les quotas ne devraient pas prendre le relais d’une approche de divulgation qui, comme au Canada, emprunte à la formule « se conformer ou s’expliquer ».

La suggestion a trouvé un nouveau défenseur en la personne de Christine Lagarde. Lors d’une audition à l’Assemblée nationale française le 19 mars, la présidente de la Banque centrale européenne a déclaré qu’en l’absence d’une telle mesure, il faudrait « 140 ans » avant d’arriver à la parité. « J’ai complètement changé mon approche des quotas. Quand j’ai commencé ma carrière à la fin des années 1970, j’étais convaincue que les femmes progresseraient et que, sur la base de leurs simples mérites et de leur valeur, elles trouveraient leur place, et toute leur place. Il ne m’a pas fallu longtemps pour m’apercevoir, quand je regardais autour de moi, dans un grand cabinet d’avocats international, qu’il y avait 5 % de femmes associées dans la firme, et un calcul rapide laissait penser que ça prendrait 140 ans avant qu’on arrive à la parité », peut-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse.

Mme Lagarde se dit aujourd’hui « résolument favorable à des quotas » tout en reconnaissant la pertinence d’une démarche graduelle commençant par des incitations pour ensuite évoluer « vers des choses plus contraignantes ».

20 % des sièges occupés

Au Canada, les plus récentes données sur la représentation féminine au sein des conseils d’administration et de la haute direction des entreprises ont été dévoilées le 10 mars par les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM). Ce sixième rapport annuel repose sur un échantillon de 610 entreprises inscrites en Bourse. On y lit notamment que les postes d’administrateurs occupés par les femmes sont passés de 11 % en 2015 à 20 % en 2020. En outre, 79 % des émetteurs comptaient au moins une femme à leur conseil d’administration, contre 49 % cinq ans plus tôt. Et 54 % des émetteurs avaient adopté une politique relative à la représentation féminine au sein de leur conseil, contre 15 % en 2015.

Dans une analyse détaillée du rapport, Louise Champoux-Paillé, administratrice de sociétés certifiée, salue l’évolution observée tout en rappelant que la zone de « parité » souhaitée au sein des conseils est minimalement de 40 % de représentation de l’un et l’autre des sexes. Et elle déplore le fait que 21 % des sociétés ne comptaient aucune femme à leur conseil, et ce, après six ans de divulgation et de sensibilisation. De plus, 35 % des émetteurs n’en dénombraient aucune à la haute direction. Au sommet de l’échelle, seulement 6 % des fonctions de président du conseil et 5 % de celles de chef de direction étaient exercées par des femmes.

Des écarts sont observés selon la taille de l’entreprise, le pourcentage de sièges d’administrateurs occupés par des femmes allant en augmentant selon le poids de la capitalisation. La proportion peut passer du simple au double selon que la capitalisation est inférieure à 1 milliard (15 %) ou supérieure à 10 milliards (31 %), avec l’atteinte de la parité dans quelques rares cas. Dans cette situation, le tableau est modifié par la présence d’entreprises œuvrant au sein d’industries qui, telles les banques et les télécommunications, tombent sous la réglementation fédérale. Dans un commentaire portant sur le thème publié lundi, l’agence de notation DBRS Morningstar n’a pas été sans rappeler l’adoption, en 1986, de la Loi sur l’équité en matière d’emploi dans les lieux de travail relevant de la compétence fédérale.

Résistance et stagnation

Il y a encore de la résistance, et une stagnation est à craindre. Dans son analyse Mme Champoux-Paillé souligne que l’expérience à titre de p.-d.g. demeure un critère important dans la sélection d’un administrateur. Quand on revient au rapport des ACVM on constate que, si 54 % des émetteurs ont adopté une politique en matière de représentation féminine au conseil, seulement 26 % se sont donné des cibles. Pire, à peine 4 % des émetteurs se sont dotés de cibles à la haute direction.

DBRS a toutefois tenu à mettre en exergue que la mixité ou, globalement, la diversité tend désormais à s’intégrer dans les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) dans le segment gouvernance et à devenir une composante dans l’évaluation des entreprises.

11 commentaires
  • Pierre Boucher - Inscrit 30 mars 2021 05 h 09

    Confidences

    Combien sont des Plante, Payette, Blondil, Fumagalli, etc?
    Dans ma carrière, des femmes cadres m'ont avoué préférer travailler avec des hommes. Travailler avecc des femmes, trop toxique.

    • Daphnee Geoffrion - Inscrite 30 mars 2021 08 h 16


      Vous avez absolument raison, mais les femmes ont le droit, comme les hommes, d'être de mauvaise patronne.

    • Rachel Collard - Abonnée 30 mars 2021 09 h 52

      J'ai dirigé plusieurs équipes d'hommes dans ma vie. À chaque fois, des petites cliques de monsieurs fâchés ''de se faire bosser par une p'tite madame'' se formaient. Les femmes sont peut-être ''toxiques'', selon vous, mais ne te mettent jamais la main aux fesses, ne fait jamais référence à toi comme une somme de morceaux un à un commentés pour leur apparence, et quand elles sont en colère, ne menacent pas ton intégrité physique.

  • Clermont Domingue - Abonné 30 mars 2021 07 h 46

    Et l'homme au foyer?

    Le rôle d'administrateur est-il plus important que celui d'éducatrice? Pourquoi n'y a-t-il pas de quota à atteindre pour les pères au foyer?

    • Clermont Domingue - Abonné 30 mars 2021 09 h 41

      Est-ce la meilleure façon de valoriser les femmes que de leur donner des rôles d'hommes.

    • Rachel Collard - Abonnée 30 mars 2021 09 h 47

      Oui, c'est bien connu, les femmes au foyer deviennent vite riches et puissantes! Il ne faudrait absoluement pas que les hommes aient accès à cet assensseur social!

    • Daphnee Geoffrion - Inscrite 30 mars 2021 11 h 31

      Aussi un quota masulin dans le monde de l'enseignement inférieur, primaire et secondaire.

    • Clermont Domingue - Abonné 30 mars 2021 20 h 05

      Mesdames Geoffrion et Collard, je comprends que vous priorisez les valeurs argent et pouvoir. C'est votre choix, mais je crois qu'il y a mieux,

  • Bernard Terreault - Abonné 30 mars 2021 08 h 35

    Distinction

    Dans les conseils d'administration qui ont un rôle de conseil assez général il me sembe que des quotas de femmes, de langue, d'ethnicité ou quoi encore, ont du sens car ils élargissent les points de vue. Dans des postes précis, c'est un non-sens. Si on a besoin d'un(e) ingénieur(e) en électricité, un(e) architecte ne fera pas l'affaire, et un(e) pédiâtre ne remplacera pas un(e) avocat(e).

  • Yves Corbeil - Inscrit 30 mars 2021 10 h 25

    Au diable la compétence

    Dans nos contrées modernes à l'avenir il y en aura pour satisfaire tous les goûts, des verts, des rouges, des bleus, des mauves, des noirs, des jaunes mais surtout pas trop de blanc, ni trop masculin ou féminin juste «borderline» entre les deux. Alors vous avez compris le message, mixez-vous au plus sacrant comme ça on entendra plus parler de pur et dur puis nous pourrons revenir au gros bon sens du plus qualifier pour la job. Et si on mélange la langue dans ça, ah j'aime mieux pas y penser, yas-tu un professeur de chiac dans place car j'ai l'impression que ça va ch bientôt.

  • Jacqueline Rioux - Abonnée 30 mars 2021 11 h 07

    Et pourtant

    Et pourtant, les femmes seraient très performantes en affaires. Ce n'est pas moi qui le dis, mais une étude mentionnée dans la revue Les affaires du 26 octobre 2019 et qui commence comme suit :

    « Un nouveau rapport de S&P Global Market Intelligence révèle que les entreprises publiques dirigées par des femmes sont plus profitables et produisent une meilleure performance du titre de l'entreprise, que celles dirigées par des hommes. »

    https://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/general/quand-les-femmes-dirigent-les-entreprises-gagnent/613633