Contraste de l’an 1 de la pandémie

Un an après le début officiel de la pandémie, l’exercice budgétaire du ministre des Finances Eric Girard est venu illustrer les souffrances de l’économie dite réelle que masque cette flambée des cours des éléments d’actif, Bourse en tête. Tout un contraste entre Wall Street et « Main Street » !

Au lendemain du dépôt du budget, l’agence de notation DBRS mettait l’accent sur la route à suivre pour le gouvernement du Québec afin de retrouver ses équilibres budgétaires. La cible de 2027-2028, y compris les contributions au Fonds des générations, est un parcours plus long que prévu. Certes, sur la base des comptes publics, cela veut dire un retour à une position de quasi-équilibre en 2024-2025, mais non sans nécessiter quelques mesures budgétaires additionnelles. Toutefois, sur l’ensemble, les déficits projetés sont gérables et le ratio dette/PIB à 53,5 % en 2020-2021, pour baisser graduellement ensuite vers les 51 % en 2025-2026, demeurera tout de même sous son sommet de 58,4 % atteint en 2014-2015, retient DBRS.

Mais pour arriver au déficit zéro, la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke soulignait vendredi qu’il y a un important écart à résorber de 1,3 milliard s’ajoutant chaque année à partir de 2023-2024 pour atteindre 6,5 milliards en 2027-2028. Dans un contexte où, notamment, « l’économie québécoise se situera sous sa tendance de long terme ». Et qu’après 2022, « la création annuelle d’emploi est fortement ralentie par la transition démographique. Ces niveaux de création d’emploi n’ont jamais été aussi bas dans la dernière décennie ». Des choix devront être faits.

Une lente traversée du désert, donc, alors qu’à l’autre bout du spectre, sur Wall Street le mini-krach causé par la pandémie a eu un an cette semaine. Du creux ayant suivi le plongeon de 34 % du S&P 500 en février-mars, l’indice baromètre de la Bourse de New York a bondi de 76 % selon un décompte publié par le département économique de la Banque TD. Il s’agit du plus fort gain sur 52 semaines observé depuis la Grande Dépression.

La poussée de fièvre, alimentée par l’abondance de liquidités injectées dans le système par les banques centrales, a également touché l’immobilier, avec une hausse moyenne des prix de 20 % au Canada depuis le creux de mars 2020, d’environ 15 % aux États-Unis. Le bitcoin a même été emporté dans le sillon, la valeur de la cryptomonnaie avançant de 770 % dans l’intervalle.

Le TSX n’est pas en reste

L’indice torontois S & P/TSX n’est pas en reste, avec un bond de 68 % depuis le creux soutenu par la poussée de 216 % des cours pétroliers selon le Western Texas Intermediate. Et ce ne serait pas terminé, croit-on. La croissance anticipée des bénéfices des entreprises viendra cette année prendre le relais de l’expansion du ratio cours-bénéfice observée en 2020 sous le coup de la faiblesse des taux d’intérêt.

Dans une note analytique du personnel de la Banque du Canada publiée vendredi, on souligne que déjà en septembre, alors que les intentions d’investissement commençaient à déborder des GAFAM pour s’étendre et englober les titres de plus petites capitalisations, les cours s’alignaient, en moyenne, sur la prévision des bénéfices des entreprises prévalant alors. Ce qui n’a pas empêché le TSX d’engranger un gain additionnel de 15 % à la mi-mars. Une poussée déconnectée de la réalité ? Non, dit la note. L’élection de Joe Biden à la présidence américaine et l’arrivée des vaccins combinée aux imposants plans de soutien et de relance ont contribué à hausser les prévisions de bénéfices.

Et que dire de toute cette épargne accumulée durant la crise sanitaire?. Les économistes de la Banque Nationale ont retenu que les Canadiens avaient cumulé plus de 210 milliards de revenus non dépensés en 2020 s’empilant dans les comptes de dépôt, soit une moyenne de 15 % du revenu disponible. Au passif, l’essentiel de l’accroissement de l’endettement est venu des quelque 110 milliards de dollars d’hypothèques contractées l’an dernier.

Un anniversaire tout en contraste, disait-on.

3 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 27 mars 2021 01 h 41

    Zéro

    L'atteinte de l'équilibre budgétaire semble être une hantise pour plusieurs économistes et chroniqueurs. Pourquoi?

    • Michel Cournoyer - Abonné 27 mars 2021 10 h 05

      Le problème avec l'endettement public c'est que, la plupart du temps, l'on passe le point d'inflexion avant de s'en apercevoir, car c’est à contrecœur que les gouvernements passent en mode austérité.

    • Clermont Domingue - Abonné 27 mars 2021 12 h 56

      Dites-moi, monsieur Cournoyer,quand on a passé le point d'inflexion,qu'est-ce qui arrive après?