La vieille école

Le ministre des Finances, Eric Girard, ne pouvait assurément pas être aussi triomphaliste dans son discours sur le budget qu’il l’avait été l’an dernier, quand son évidente satisfaction à la veille d’une crise sanitaire sans précédent a semblé presque indécente rétrospectivement.

Si le gouvernement Legault peut difficilement se vanter de son bilan sanitaire, M. Girard était visiblement heureux de souligner que l’économie québécoise a mieux résisté à la pandémie que celle du reste du Canada, en particulier l’Ontario, et qu’en dépit d’un déficit de 15 milliards en 2020-2021 et de 12,3 milliards en 2021-2022, « la situation financière du Québec est vraiment sous contrôle ».

Ses prévisions de croissance sont inférieures à celle des prévisionnistes du secteur privé, de sorte que les revenus de l’État pourraient être supérieurs à ce qu’il a prévu et le déficit zéro atteint plus rapidement. Il n’a même pas jugé nécessaire de suspendre les versements au Fonds des générations.

À Ottawa, on en a certainement pris bonne note. En comparaison du déficit pharaonique dont son homologue fédérale, Chrystia Freeland, fera état dans son propre budget, le 19 avril prochain, celui du Québec semblera relativement modeste et les 6 milliards additionnels qu’il réclame pour financer les services de santé auront presque l’air d’un caprice.

Le déséquilibre fiscal a beau être une réalité, démontrée encore une fois par un volumineux document annexé au budget, Justin Trudeau aura beau jeu d’en renvoyer la correction aux calendes grecques. Après tout, même sans l’argent d’Ottawa, M. Girard assure qu’une fois la pandémie passée, il retrouvera le chemin de la croissance et de la prospérité.

  

Sans grande surprise, le ministre des Finances a confirmé que la loi qui impose le retour à l’équilibre budgétaire dans un délai de cinq ans sera suspendue. Il s’est bien défendu d’avoir eu la prochaine élection à l’esprit en prenant cette décision, mais cette perspective n’en imposait pas moins de proscrire tout ce qui aurait pu laisser entrevoir une nouvelle période d’austérité.

Depuis quelque temps, il est assez savoureux d’entendre les porte-parole du PLQ dire que l’équilibre budgétaire n’est pas une fin en soi et que « ce n’est pas le moment d’être pingre ». Il est vrai que sa cheffe, Dominique Anglade, semble avoir complètement oublié qu’elle faisait partie du gouvernement Couillard.

Leurs craintes pour l’après-élection n’en demeurent pas moins fondées. Tout le monde reconnaît qu’après la catastrophe de la dernière année, il était impérieux d’investir massivement dans les réseaux de la santé et de l’éducation, mais d’autres secteurs pourraient bien en faire les frais… plus tard.

  

L’an dernier, le budget présenté par M. Girard avait pris des airs de social-démocratie, témoignant d’une préoccupation pour les plus vulnérables que beaucoup n’attendaient pas de la CAQ.

Cette fois-ci, tous les partis d’opposition ont qualifié son budget de conservateur, voire de rétrograde. Avec raison. Non seulement ses prévisions de croissance paraissent conservatrices, mais les mesures de relance qu’il a annoncées sont on ne peut plus classiques. Certes, il y a des limites à réinventer la roue, mais l’innovation n’est pas interdite.

La « vieille école » à laquelle on a reproché au ministre d’appartenir est d’avis qu’il faut créer de la richesse avant d’être en mesure de la redistribuer, mais certains n’ont pas le temps d’attendre. S’il est vrai que la « situation financière du Québec est vraiment sous contrôle », comme il l’assure, il aurait certainement été possible de faire davantage, qu’il s’agisse des services de garde, du logement social ou des organismes qui viennent en aide aux femmes violentées.

À la « vieille école », on enseigne aussi qu’il vaut mieux conserver ses largesses pour l’année électorale. On peut déjà prévoir que M. Girard sera plus généreux dans son prochain budget.

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12 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 26 mars 2021 05 h 13

    Rien de surprenant dans ce budget inspiré de la vieille école selon M. David de l'avis de plusieurs analystes.

    L'an prochain, le temps des dépenses version caquiste sera au programme avec des demandes d'ajustement du financement en santé et services sociaux, une refonte de la loi 101 comme cible post-électorale, l'abandon du projet GNL-Saguenay et son remplacement par des investissements pour rehausser l'économie de cette région et de nombreux projets en transport urbain à Québec et Montréal sans oublier des investissements dans les services de nature sociale.

    En fait tout ou à eu près pour rendre la vie plus viable dans le carré de sable qu'est la province selon la pholosophie voulant qu'embellie les murs de la prison peut rendre les prisonniers plus heureux, limiter leurs pressions, encore plus leur désir de liberté après avoir remisé tout renforcement de la démocratie et piéger la volonté du peuple québécois de se prendre en mains.

    Le chef de la CAQ crea ce parti pour ces fins et, surtout, assurer aux entrepreneurs du terroir de se complaire dans ce carré de sable par des politiques qui les avantagent et ne les invitent pas à hausser leur contribution au financement des responsabilités de la province.

    En 2022, la CAQ réalisera ses objectifs. Ils n'ont rien de secret. Ils sont connus. Son art est de les révéler comme des innovations alors qu'ils ne sont qu'une réplique de vieux disques après l'écrasement des Patriotes, des soubresauts de dignité et la valorisation d'un espace de survie pour les habitants, dont les peuples autochtones, les ressortissants des Français, les nouveaux arrivants et des conquérants protégés par Londres et, depuis, par Ottawa.

    La CAQ est un pas arriere non pour avancer, plutôt pour reculer et realiser les vues du Canada et du PM Trudeau-pere. Rien d'autres.

    • Pierre G. Blanchard - Abonné 26 mars 2021 08 h 44

      Rares sont les réels oracles qui se bousculent au tourniquet des commentateurs matinaux. Certains prêchent dans le désert et d'autres sont plus habiles à irrriguer un désert d'idées d'une mer de mots. Vous semblez vouloir y échapper en ajoutant avec témérité des prédictions qui non seulement pourraient s'avérer fausses, mais à l'encontre de vos propos. Tout indique une victoire écrasante à venir de la CAQ et du PLC.

    • Cyril Dionne - Abonné 26 mars 2021 11 h 07

      Cher M. Blanchard,

      Bon, certains n’ont pas encore reçu le tweet, le courriel, le texto et j’en passe. Le Canada anglais multiculturaliste ne vous aime pas. Évidemment, c’est plus facile de profiter du combat des autres pour continuer de vivre en français au Québec. On ne les verrait jamais au pays des orangistes et des Amir Attaran. Comme Franco-Ontarien, disons que je connais plusieurs raisons qui expliquent le pourquoi de leur réticence de vouloir aller vivre ailleurs qu’au Québec tout en se disant un « Canadian » et Québécois en même temps, oxymore oblige. Oui misère.

      Ceci dit, oui, ce sera probablement une victoire écrasante pour la CAQ et le PLC. La CAQ tout comme pour le PLC, a mobilisé l’estrade politique et les médias avec une série de conférences de presse non nécessaires et tout aussi ridicules. Que voulez-vous? C’était des annonces publicitaires gratuites mises à la disposition de la CAQ et du PLC aux heures de pointe alors que la plupart des gens étaient à la maison.

      Oui, les finances du Québec ont mieux résisté aux méandres de la pandémie, mais il n’en demeure pas moins que celle-ci est la province la plus endettée du Canada. Il y en avait même qui supportait l'idée des donner des milliards à Bombardier à une époque pas si lointaine. Chrystia Freeland, elle de son côté, devra faire preuve de désinformation parce que la dette gargantuesque accumulée sous le régime de Justin Trudeau est l’épée de Damoclès qui pend au-dessus de nos têtes et fera en sorte que la Chine pourra nous acheter à moindre prix, inflation et hausse des taux d'intérêts obligent. En passant, l’endettement du Canada a commencé avec le père de Justin, P.E.T et son rejeton le suit dans ses pas. Toujours plus facile d’être généreux avec l’argent des autres n'est-ce pas Justin?

      Ah! La bonne vieille école électorale de la CAQ et du PLC. Maurice Duplessis leur fait un beau sourire tout comme pour Sir John A.

    • Claude Bariteau - Abonné 26 mars 2021 11 h 53

      C'est vous M. Blanchard qui êtes prédictif quant à la réélection de la CAQ. Mon commentaire laisse plutôt entrevoir que cette réélection annonce en concordance avec des périodes historiques qui ont marqué le Québec, dont celle sous l'influence du rapatriement de la constitution en1982 décrié par le gouvernement Lévesque et l'Assemblée nationale parce qu'il moulait le futur du Québec.

      Avant et après le référendum de 1995, le gouvernement Chrétien a activé ce moule avec Jean Charest après avoir invité des groupes ethno-culturels, dont celui de Canadiens français, à s'exprimer dans le Canada post-national de Pierre-Elliott Trudeau opposé à l'indépendance du Québec parce qu'elle sapait le pouvoir des élus du Québec au parlement canadien.

    • Pierre G. Blanchard - Abonné 26 mars 2021 17 h 05

      C'était un test pour voir qui des habitués plutôt quérulents du courrier des lecteurs se sentitraient visés. D'autres avenues sont ouvertes aux lecteurs et permettent une expression posée d'idées et d'opinions. Vous y êtes tous invités bien sûr, à moins que vous soyez en panne d'idées originales. Le courrier des lecteurs est un accès facile et ouvert à tous vents et contravenants. Sans compter ceux animés par la controverse ou une mission politique ou idéologique peu fréquentée. Une chose est certaine, le courrier des lecteurs se prête mal au radotage historique et à la hargne d'indépendantistes ou de socialistes frustrés, surtout quand leurs textes dépassent en longueur celui du chroniqueur ou de l'éditorialiste sans pour autant contribuer aux idées le plus souvent émises. La direction du journal Le Devoir a raison de s'interroger sur la valeur, si ce n'est la pertinence du courrier des lecteurs, à en juger par le showbiz et la foire d'empoigne qui animent celui du JdeM.

  • Germain Dallaire - Abonné 26 mars 2021 07 h 21

    Petit budget conservateur avec un petit c

    Vous voulez rire? 5,8% d'augmentation en santé alors qu'on évalue la seule augmentation normale des coûts de sysème à 4% année après année. C'est comme s'il n'y avait pas eu de pandémie et que l'état pitoyable du réseau de la santé ne nous avait pas sauté en pleine façe. C'est un budget de provincialiste qui joue dans la cour qu'on lui a dessiné et qui s'en vante en plus. Comme vous le dites M. David, certainement que le fédéral a pris bonne note. Legault est piégé par sa profession de foi fédéraliste. Sa solution en santé, il l'a: le recours massif au privé. Pour le reste, ça ne dépend pas de lui. Il n'a pas d'argent sauf pour ses petits amis entrepreneurs avec ses prêts pardonnables. Alors que la pandémie a montré que le Québec a besoin d'un virage radical vers un renforcement du secteur public, M. Legault choisit la résignation et en semble très heureux. Il eut été incongru de parler d'austérité alors que la pandémie n'est pas terminée et que personne n'en parle dans le monde. Il ne faut cependant pas s'y tromper, ce budget est austéritaire avec un petit a.

  • Claude Létourneau - Abonné 26 mars 2021 07 h 57

    Créer de la richesse, c'est d'enrichir les riches.

    Toujours le même paradigme, l'économie avant tout. Créer des riches c'est de permettre, entre autre, "d'investir dans l'immobilier" comme acheter un plex pas trop cher, faire de la rénoviction et revendre chacun des appartement plus cher que n'a été acheté le plex au complet...

    "La vieille école" a fait ses preuves depuis des décennies. Créer de la richesse c'est avant tout de creuser l'écart et de créer encore plus de pauvreté...

  • Bernard LEIFFET - Abonné 26 mars 2021 08 h 02

    La CAQ : un autogire dont le moteur est arrêté jusqu'à la prochaine élection québécoise!

    Ce n'est pas en faisant seulement de la sustentation calculée que François Legault deviendra un des PM les plus remarquables dans l'Histoire du Québec! Évidemment, cmmme affairiste, construire un stade de baseball portant plus tard son nom est tout à fait plausible et y engager des millions de dollars qui seraient plus utiles dans les logements sociaux et des programmes pour aider les plus vulnérables!
    Le temps presse pour sauver l'Environnement et notre Patrimoine! Il n'est pas nécessaire d'avoir une grande piste pour prendre l'air et innover dans de nombreux domaines!
    Tout en essayant de colmater les brèches fusant des oppositions et des organismes sociaux, avez-vous remarqué la joie des patrons de grosses et moyennes entreprises dont celle de GNL qui déjà savourent les avantages qu'ils en tireront après les prochaines élections!
    Noyés dans leur nationaliste tout aussi nébuleux que tout le reste, les caquistes reposent sur des lauriers qu'ils pensent mériter! Qu'ont-ils fait jusqu'ici sinon parader et faire, comme les petits amis de Justin Trudeau, des promesses à tout vent!
    Le pire, c'est que LA CAQ N'A ENCORE RIEN FAIT de probant! Le Québec, tout comme la langue et la culture françaises, s'enfonce dans des limbes dans lesquels nous amène François Legault! Après l'ère des magouilles, des médecins et des hommes d'affaire, à moins d'être aveugle et sourd, nous avons besoin d'air frais, d'hommes et de femmes plus inspirants pour mettre le Québec en avant-plan et non, comme le fait la CAQ, faire du sur place!
    Le « Maître chez nous » devra revenir sur toutes les lèvres des franco-québécois au détriment du » Je me souviens » dont plusieurs en ont déjà oublié les origines. Quand va-on enfin tourner la page de Lord Durham, pour le chasser lui aussi aux oubliettes et prendre le large? Il ne reste plus qu'une issue pour s'en sortir, faire l'indépendance!

    • Hermel Cyr - Abonné 26 mars 2021 09 h 30

      Bien vu M. Leiffet. Quand les Québécois se réveilleront de ce nationalisme anesthésiant, ils se rendront compte sur le tard qu’ils se seront encore fait avoir.
      Et comme le dit bien M. Bariteau plus haut, il ne s’agit pas d’ « embellir les murs de la prison ». Il faut trouver le moyen de les faire tomber !

    • Claude Bariteau - Abonné 26 mars 2021 09 h 35

      La seule issue ne peut être que l'indépendance et celle-ci se réaliser quand ses promoteurse définiront en futurs citoyens et futures citoyennes du Québec plutôt que des membres de groupes ethnoculturels.

      Créer un État indépendant, c'est instituer un pouvoir politique avec une autodétermination interne et externe reconnue par des États indépendants et des instances internationales. Ça ne peut se réaliser démocratiquement qu'en faisant de cette création l'affaire des futurs citoyens et des futures citoyennes.

      Ceci implique de concevoir l'État du Québec en ces termes et de mettre en place un système politique qui assure que les futurs citoyens et les futures citoyennes sont les garants de cet État.

    • Bernard LEIFFET - Abonné 26 mars 2021 13 h 22

      Un certain monsieur Blanchard s'érigeant en défenseur de la CAQ et du PLC clame haut et fort que les commentateurs qui pensent que la CAQ n'a pas sa place, car pour eux elle n'a rien fait d'éclatant depuis qu'elle est au pouvoir! Alors, cher monsieur, sortez vos arguments que l'on puisse avoir la jouissance de les exploiter suivant des éléments solides et non pas faire comme Justin Trudeau et François Legault, c'est-à-dire parler des deux des deux côtés de la bouche en même temps pour faire des promesses irréalistes, sans fondements! Pour terminer, savez-vous ce qu'est la démocratie dans un peuple, comme celui du Québec? C'est le peuple qui décide et non pas les élu(e)s portés temporairement au pouvoir, avec un 35 % tout au plus! Idem pour le PLC! Peut-être devrait-on établir qu'un commentaire comporte des arguments solides plutôt que des attaques partisanes sans plus!

  • Roger Gobeil - Inscrit 26 mars 2021 10 h 40

    Rétrospectivement !

    Ah... si nous pouvions tout juger rétrospectivement, que de choses ne trouverions-nous pas presque indécentes! Quelle satisfaction évidente vous éprouveriez monsieur David! Je devine déjà votre chronique sur le prochain budget de 2022.