La pandémie atténue l’ardeur entrepreneuriale

La pandémie est venue interpeller l’esprit entrepreneurial des Québécois à chaque segment de la chaîne. Une relève de sortie de crise se dessine toutefois, les intentions et les démarches en vue de créer ou de reprendre une entreprise étant en hausse dans la strate d’âge des 18-34 ans.

Cette récession atypique ayant pour socle la restriction de l’offre est venue freiner l’élan des Québécois, indique l’Indice entrepreneurial québécois publié mardi. On y lit que les taux d’intentions et de démarches sont tombés à leur niveau le plus bas depuis 2013. Prudence, stress psychologique et incertitude demeurent palpables en ce premier anniversaire de la pandémie. Dans le cas des démarcheurs, « un sur trois [remet en question] la viabilité de son projet du fait des conditions et des incertitudes » imposées par la crise sanitaire.

Dans cette édition 2020 de l’Indice, on observe étrangement que le secteur de la construction recule à toutes les étapes de la chaîne entrepreneuriale, englobant les taux d’intentions, de démarches et de propriétaires. En revanche, sans surprise, c’est également le cas des secteurs particulièrement malmenés par la crise sanitaire, notamment celui des arts et des spectacles. Tout aussi secoué, celui du commerce de détail subit, certes, un recul des intentions et de démarches par rapport à 2019, « mais le taux de propriété se maintient et un virage numérique semble être en cours ». Ainsi, 28,7 % des propriétaires dans cette industrie « ont adopté une nouvelle approche commerciale en passant soit par des pratiques de commerce électronique, un système de livraison, ou un développement des affaires accéléré. C’est un taux relativement élevé par rapport à l’ensemble des secteurs (19,3 %) ».

L’incertitude demeure toutefois bien ressentie. Si, dans l’ensemble, 82,7 % des propriétaires estiment que leur entreprise n’est pas à risque de fermeture, ils sont 46,6 % à reconnaître une réelle fragilité de leur activité. Et seulement 35,8 % à manifester de l’optimisme quant à l’évolution de l’économie québécoise en 2021.

Une certaine relève semble toutefois se profiler, avec des intentions et des démarches en vue de créer ou de reprendre une entreprise en hausse dans la strate d’âge des 18-34 ans, seul groupe à afficher une augmentation à ce chapitre. « Les incertitudes de la crise pandémique ont réduit l’attrait de l’entrepreneuriat comme premier choix de carrière (particulièrement chez les groupes plus âgés), mais il demeure toujours le “métier optimal” pour près d’un tiers des répondants, un taux fort respectable », conclut le rapport.

Et les femmes continuent tout de même de se démarquer. La baisse du taux d’intentions, de démarches et de propriétaires est deux fois moins prononcée chez elles que chez les hommes. Elles sont aussi plus nombreuses (24,6 % contre 17,3 % pour les hommes) à avoir repéré des occasions d’affaires durant la pandémie. Et nette avance parmi les nouveaux entrepreneurs, soit 17,3 % contre 10 % pour les hommes en 2020, comparativement à 10 % et 9 % respectivement en 2019. Cette observation s’inscrit dans une tendance lourde, l’essor de l’entrepreneuriat féminin ayant crû à un rythme 3,1 fois plus élevé que l’entrepreneuriat masculin au cours des 40 années ayant précédé la pandémie.

État de santé précaire

Mais toujours cette tiédeur généralisée, qui n’est pas sans refléter l’état de santé des PME un an après le début de la pandémie. Selon les données de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) publiées la semaine dernière, 62 % des PME canadiennes sont complètement ouvertes, 44 % ont retrouvé tout leur personnel et seulement 31 % réalisent à nouveau leurs ventes habituelles.

Retraites retardées, surendettement et épuisement professionnel… Problèmes de santé psychologique et plus d’heures travaillées sont le lot d’environ la moitié des répondants. De plus, 42 % des dirigeants de PME disent avoir retardé leurs plans de retraite, alors que 5 % se retireront plus tôt que prévu. Mais si bon nombre d’entre eux comptent sur la vente de leur entreprise pour financer leur retraite, 55 % déclarent que la valeur de celle-ci a diminué en raison de la crise.

Le surendettement menace. « À ce jour, les propriétaires de PME ont accumulé des dettes qui s’élèvent en moyenne à plus de 170 000 $. Les trois quarts (76 %) d’entre eux estiment qu’il leur faudra plus d’un an pour rembourser leurs dettes et 11 % craignent de ne jamais pouvoir effectuer le moindre remboursement. »

Aussi, une PME sur six (soit 181 000) risque de fermer définitivement ses portes. « Quand on ajoute à cela les 58 000 entreprises qui n’étaient plus en activité en 2020, ce sont 20 % des PME canadiennes qui pourraient disparaître d’ici la fin de la pandémie », ajoute la FCEI. L’association indique, d’ailleurs, qu’elle compte 15 000 membres de moins.

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