Chassez le naturel…

Depuis un an, les Québécois ont découvert un François Legault différent de celui qu’ils connaissaient. Le « père de famille », à la fois compatissant et directif, qui s’est adressé à eux presque quotidiennement, a fait oublier l’ancien entrepreneur obsédé par la performance économique et les « emplois payants ».

Chassez le naturel, il revient au galop, dit le proverbe. Le François Legault d’avant la crise sanitaire est réapparu cette semaine à l’occasion de deux annonces de nouveaux investissements dans la grande région de Montréal dont il était visiblement fier. Il a profité de l’occasion pour réitérer qu’il a créé la CAQ précisément pour faire en sorte que le Québec en arrive à créer autant de richesse que l’Ontario.

Tout le monde a hâte de tourner la page sur la pandémie et de voir l’économie redécoller, mais le danger est que la belle solidarité de la dernière année en fasse les frais. Le virus ne faisant pas de distinction, tous ont dû subir les privations imposées par les mesures sanitaires, mais la création de la richesse semble encore une fois nécessiter l’octroi d’un traitement de faveur aux gens d’affaires.

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui était tout sourire aux côtés de M. Legault jeudi, continue de battre tous les records en matière de violation du code d’éthique auquel sont soumis les députés de l’Assemblée nationale, avec l’arrogante désinvolture de celui qui se croit au-dessus des lois et la bénédiction du premier ministre.

À la demande de Québec solidaire, la commissaire à l’éthique, Ariane Mignolet, entreprend une quatrième enquête en moins de deux ans pour déterminer si sa situation financière respecte le code. Celle-ci n’ayant pas changé depuis son rapport de décembre dernier, qui l’avait sévèrement blâmé, ses conclusions ne font guère de doute.

  

Il est bien possible que le code soit désuet, mais bien des lois le sont aussi et chacun est tenu de les respecter tant qu’elles sont en vigueur sous peine de sanction. M. Fitzgibbon connaissait les règles du jeu quand il a décidé de se lancer en politique. Manifestement, on lui a dit qu’il n’aurait pas à les suivre.

Faut-il rappeler que la CAQ ne manifestait pas la même indulgence envers Pierre Karl Péladeau, qui n’était que simple député, et que l’ancien ministre David Whissell avait dû quitter son poste en raison de ses intérêts dans une entreprise qui faisait affaire avec l’État ?

Que M. Fitzgibbon fasse bien son travail ne change rien à l’affaire, mais puisque c’est là l’argument qu’invoque le premier ministre, il se sent autorisé à utiliser le même pour justifier le traitement hors norme réservé à son ami Guy LeBlanc, qu’il a nommé à la tête d’Investissement Québec, dont la rémunération doublera et pourrait atteindre le million.

Là encore, personne ne remet en question la compétence de M. LeBlanc, mais l’ancien ministre des Finances Carlos Leitão a parfaitement raison de souligner que le p.-d.g. d’Investissement Québec ne dirige pas une banque d’affaires cherchant à réaliser des profits, mais un organisme public financé par les contribuables.

Si le secteur privé offre à ses dirigeants des avantages dignes d’un joueur de hockey de la LNH, le salaire du premier ministre est actuellement de 196 193 $. Alors que les négociations avec les syndicats qui représentent les employés du secteur public traînent en longueur sous prétexte que leurs demandes salariales excèdent la capacité de payer de l’État, autant de générosité envers les supergestionnaires issus du milieu des affaires apparaît pour le moins discutable.

  

Jeudi prochain, tous les yeux seront tournés vers le budget que présentera le ministre des Finances, Eric Girard. L’an dernier, l’abondance était telle que l’exercice avait pris des airs de social-démocratie et avait réussi à contenter presque tout le monde.

Cette fois, la perspective d’un déficit qui pourrait atteindre les 15 milliards imposera plus de retenue. M. Girard a exclu de son vocabulaire le mot « austérité » et préférera encore une fois parler de « pragmatisme », mais il devra nécessairement faire des choix.

Si besoin était, la pandémie a démontré l’urgence d’investir davantage dans les services de santé, notamment ceux offerts aux personnes âgées. Justin Trudeau a clairement indiqué que l’augmentation de la contribution fédérale réclamée par les provinces ne faisait pas partie de ses priorités et M. Girard exclut un alourdissement du fardeau fiscal. Où va-t-on trouver l’argent ?

Déjà aux prises avec un manque criant de ressources, comment le réseau de l’éducation pourra-t-il secourir ceux qui n’auront pas su composer avec les perturbations de la dernière année ? En attendant la redistribution de cette richesse que les supergestionnaires surpayés de M. Fitzgibbon sont censés créer, qui va les aider ?

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18 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 20 mars 2021 07 h 04

    Navrant!

    Bon rappel. Quand le pognon est la valeur dominante! Et le ministre Fitzgibbon qui se fout comme l'an quarante du code d'éthique le concernant. Quel bel exemple de moralité publique! Ainsi va le caquisme. Tout à fait navrant.

    M.L.

  • Claude Bariteau - Abonné 20 mars 2021 07 h 27

    Mise en contexte de grande qualité suivie de questions pertinentes sur l'après pandémie avec en arrière-plan les vues du PM Legault sur l'économie du Québec. Des vues, disons, très loin de celles de M. Parizeau qui allia la création d'une bourgeoisie d'affaires et des politiques sociales-démocrates avec des services publics moteurs.

    Cette alliance fut la source de l'affirmation du Peuple québécois. La CAQ de M. Legault a choisi pour moteur le monde des affaires et ses politiques visent à créer des millionnaires et une hausse des services privés, ce qui minera l'idée de créer l'État indépendant du Québec.

    Ce fut d'ailleurs la raison première de sa création en association avec M. Sirois. La conséquence sera de quémander au fédéral de l'autonomie culturelle et de jouer copain-copain avec des entreprises canadiennes et internationales plutot que d'oser construire un secteur public moteur de l'après pandémie avec les taxes des Québécois et leiurs économies.

    • Ginette Cartier - Abonnée 20 mars 2021 09 h 21

      L'Union nationale.2 !

  • François Poitras - Abonné 20 mars 2021 07 h 36

    Pense-petit, gagne petit

    Qur trouve t'on dans cette chronique ? Du memérage gogauchiste. Que reproche-t'on au ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon ? Rien qui ne vaille. Des apparences que peut-être... Il serait judicieux d'identifier une malversation ou un traffic d'influence quelconque avant de lâcher les chiens. À moins que la présomption d'innocence ne soit devenue un concept vide...

    Quant aux gestionnaires d’Investissement Québec, en considérant le nouveau rôle que leur a confié l'État, une rénumération axée sur la performance est particulièrement avisée.

    On espère ainsi que le cheval de M, Legault galope loin et longtemps, qu'il nous éloigne à jamais des budgets faméliques de recherche et développement et d'investissements d'affaires que les parasites d'Ottawa accordent au Québec, ces vampires du système de santé que les prochaines élections vont retourner au fond de leur tombeaux.

    • Claude Richard - Abonné 20 mars 2021 10 h 35

      Je préfère de loin le "mémérage gogauchiste" de Michel David à votre mémérage capitalodroitiste. Une bonne lecture de Lisée ce matin vous mettrait peut-être les yeux devant les trous. Mais j'en doute. Votre pensée ressemble à de la foi aveugle dans la "libre entreprise" et dans le "libre marché", même s'il n'y a rien de tel dans l'emploi actuel de M. LeBlanc. Du patronage à l'ancienne servi à la moderne, voilà ce que pratiquent Pierre Fitzgibbon et François Legault.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 mars 2021 10 h 48

      M. Poitras,

      "RIen qui vaille"? Je diffère radicalement d'opinion. Lorsqu'Il s'agit d'ÉTHIQUE dans une charge publique, il s'agit d'un dossier majeur: il faut s'éloigner de toute situation d'apparence de conflit d'intérêts!

      Il n'y a rien de memérage *gauchisse* ou *droitisse* ou *communisse* ou *péquisse*! Il y a des règles. Ce ministre pourrait être reconnu coupable une 4e fois d'avoir transgressé des règles d'ÉTHIQUE!

      Le chroniqueur rapporte des faits vérifiables et vérifiés. Il s'agit d'un ministre qui ne suit pas les règles auxquelles tous les ministres doivent se soumettre, peu importe leur couleur politique.S'Il s'agissait d'un ministre péquiste ou libéral ou solidaire, ça ferait longtemps que ce ministre aurait été dégommé. Il profite de l'embellie de Legault !

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 20 mars 2021 13 h 02

      M.F.Poitras,que penser de votre attelage du cheval de Legault avec le lent boeuf d'Ottawa qui ,pour le moins ralentit la marche du

      Québec quand il ne l'entrave grossièrement.Ça n'a jamais formé un" span " fonctionnel .Souhaitez-vous la dépendance ou

      l'indépendance .Avec la CAQ de Legault-Sirois voyez-vous leur façade pseudo-nationaliste molle le bien-etre des citoyens ?

      Quand nous serons "Maitres chez nous",Nous pourrons galoper librement libres de nos choix sans parasites.toxiques avec notre langue

      notre culture ,D'ici-là nous piétinerons en rond quémandant notre pitance honteusement comme d'habitude..

  • Pierre Grandchamp - Abonné 20 mars 2021 08 h 17

    Quand il y a embellie

    Souvenons-nous de Lucien Bouchard et de son embellie suite à la crise du verglas.Il y a eu 2 élections provincilaes au Canada, ces derniers temps, et les partis au pouvoir ont été réélus.

    A moins d'un changement imprévu, Trudeau devrait être réélu.

    Legault a inondé les ondes de conférences de presse: plus de 180 apparitions ghratuites dans les médias. Ce qui lui permet de totérer le cas Fitzgibbon. Imaginez-vous s'il s'agissait d'un gouvernement péquiste ou libéral!

    Et comment ne pas rappeler le fait que les médias et la population soit aussi très indulgent envers la ministre des Aînés? Elle a occupé ce poste pendant plusieurs années; elle savait notamment qu'il manquait 10 000 préposés.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 mars 2021 10 h 34

      Je me corrige:"Et comment ne pas rappeler le fait que les médias et la population soient aussi très indulgents envers la ministre des Aînés? Elle a occupé ce poste pendant plusieurs années; elle savait notamment qu'il manquait 10 000 préposés."

    • Gilles Théberge - Abonné 20 mars 2021 13 h 08

      Quoi ? Vous dites qu'« A moins d'un changement imprévu, Trudeau devrait être réélu.»...

      Misère, j'espère que non ! Peut-être le 4e blâme à propos de l'affaire « We »sera suffisant pour l'envoyer aux poubelles de l'histoire...

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 mars 2021 14 h 23

      M. Théberge,

      Oui, misère de misère! En tout cas, les 2 élections provinciales ont reconduit les partis au pouvoir. S'Il y avait élection au Québec, demain, ce serait le cas, aussi.Quand le feu est pris, les gens ne veulent pas changer de chef des pompiers.

      Quant à moi, je voterai Bloc!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 mars 2021 17 h 48

      M. Théberge

      J'ai entendu un commentaire à l'effet que le parti ou pouvoir à Terre Neuve devrait être reconduit, selon les sondages.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 20 mars 2021 09 h 28

    - Deuxième révision ! - « Où va-t-on trouver l’argent ? » (Michel David)


    Dans mes poches.

    Déjà qu'au début de l'hiver le ministère du Revenu m'a réclamé quelques versements en «trop» (sic) de l'Allocation-logement, vu que l'année dernière j'avais gagné un peu plus de treize mille dollars (13 000$/année) -un revenu qui me donne droit hebdomadairement à l'équivalent d'un peu plus de neuf dollars (9$) pour m'aider à payer le loyer.

    Alors, puisque durant l'année qui vient je vais gagner près de quatorze mille dollars (14 000$/année), j'imagine que dès l'automne prochain l'on va me réduire d'autant cette allocation-logement -laquelle pour l'instant équivaut quotidiennement au versement d'environ un dollar et vingt-huit sous ($1, 28¢ can./jour).

    Ce qui est cocasse, c'est que le montant de cette allocation quotidienne de un dollar et vingt-huit sous versée en 2021 est moindre que le deux dollars et vingt-trois sous (2, 23$ us) que l'on me réclamait par jour pour me louer une chambre en 1976 dans le Bronx (NYC).

    Moi, je ne me plains pas; je témoigne de ce que je constate. Par contre, je plains tous ceux-là qui ravalent leur colère.

    Par ailleurs, je me demande bien en quoi mon témoignage serait inconvenant.