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À la suite de la suspension du vaccin AstraZeneca dans de nombreux pays, les premiers ministres Trudeau et Legault se sont mis au diapason pour mieux calmer les appréhensions. « Le meilleur vaccin pour vous, c’est le premier qui vous est offert », affirmait M. Trudeau. Et M. Legault d’ajouter : « Tous les vaccins qui sont offerts sont sans risque. »

Juste au moment où les campagnes vaccinales prennent leur envol, on comprend, évidemment, le besoin des chefs de maintenir la foi en ce miracle pharmaceutique qui nous est enfin proposé. N’empêche. Il y a quelque chose qui cloche entre la prudence affichée ailleurs et la confiance béate qu’on note ici. Il y a contradiction surtout entre la précaution tatillonne qui a guidé la mise en place des mesures sanitaires au Québec — on se demande encore pourquoi les théâtres sont toujours fermés — et la confiance aveugle vis-à-vis de la nouvelle panoplie de vaccins dont Pfizer, Moderna et AstraZeneca font partie.

Ces vaccins qui se fient, à des degrés divers, à du matériel génétique (AstraZeneca par le biais de l’ADN, Pfizer et Moderna par le biais de l’ARN) sont, après tout, une première pour l’humanité. On sait à court terme ce qu’ils peuvent nous offrir : une efficacité inégalée pour ce qui est de prévenir la maladie grave et la mort causées par la COVID-19. Mais à long terme ?

Pourrait-on, par exemple, voir une reprise de ce qui s’est passé avec le vaccin contre la polio ? Mis au point dans les années 1950, ayant réussi à éradiquer la maladie dès 1994 dans les Amériques, le vaccin a commencé à causer des cas de polio au début des années 2000. Exactement le contraire de ce pour quoi il avait été conçu. Les vaccins « génétiques » pourraient-ils, eux, par le biais de ce que les généticiens appellent une « recombinaison virale », en venir à faire de pareils dégâts ?

On parle, après tout, de vacciner des milliards d’êtres humains. Prenons l’unique personne qui a été hospitalisée pour une forme apparemment sévère de la COVID-19 (deux mois après la seconde dose) et multiplions-la par quelques centaines de milliers. En d’autres mots, verra-t-on d’ici quelques années ce que les phases cliniques, non seulement limitées en nombre, mais extrêmement limitées dans le temps, n’ont pas encore pu révéler ? Comme le rappelle un article de The Atlantic, il ne faut pas oublier que « l’analyse de certains tests cliniques n’est toujours pas terminée ».

Rassurez-vous, je ne remets pas en question la nécessité de se faire vacciner. Après l’année qu’on a vécue, le confinement, la perte d’emploi, la mort de personnes chères, la culture qui ratatine à vue d’œil, la dépression, le Zoom matin, midi et soir… Vivement l’immunité collective ! Je cherche aussi la lumière au bout de la nuit et n’ai aucune envie de rejoindre les enivrés de liberté qui prennent le tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine pour une lanterne. Cela dit, il y a quelque chose que nos chefs de gouvernement ne comprennent pas en ce qui concerne les réticences vaccinales. C’est qu’avec la distribution de vaccins, c’est une toute nouvelle phase qui débute. Une phase où désormais l’individu, le simple citoyen, doit avoir son mot à dire.

À venir jusqu’à maintenant, toutes les consignes venaient d’en haut, le tout convergeant vers un seul grand but : protéger coûte que coûte le système de santé. Les gouvernements du monde entier se sont retrouvés en mission commandée pour empêcher que les hôpitaux s’effondrent et qu’un pandémonium mortifère s’en suive. Toutes les mesures imposées depuis un an visaient cet objectif et les simples soldats que nous sommes n’ont eu d’autre choix que de se plier à ces grandes manœuvres de « guerre ».

Or, plus les campagnes de vaccination avancent, plus les services de santé peuvent à nouveau respirer, et plus les gouvernements « doivent redonner aux individus le choix qui leur revient », souligne un article de The Economist. C’est ça aussi revenir à la normale : le sentiment pour chacun d’entre nous d’être en possession de sa vie, de son libre arbitre. Mais encore faut-il avoir l’information nécessaire pour pouvoir faire les bons choix. Et, encore une fois, l’information manque à l’appel.

Il est faux de prétendre, premièrement, que tous les vaccins se valent. Du point de vue étatique, peut-être, si on se soucie uniquement d’empêcher les hospitalisations et la mort — le but recherché par nos gouvernements depuis le début. Mais pour les individus que nous sommes, il y a bien plus qui pèse dans la balance. Tous les vaccins ne sont pas de même nature, d’abord, ne reposent pas sur la même technologie. « Certains préviennent mieux que d’autres la maladie, certains ont moins d’effets secondaires, certains sont plus simples à administrer », précise-t-on dans The Differences Between the Vaccines Matter du Atlantic.

Il faudrait savoir tout ça, comme il faudrait également avoir le choix du vaccin qu’on nous administre, pas seulement le choix de refuser celui qu’on nous offre. Plus paternalistes que jamais, nos gouvernements ont tendance depuis le début de la pandémie à nous fournir l’information au compte-gouttes. Comme si nous étions incapables de faire la nuance, ou les bons choix. Le paternalisme a assez duré.

Note de la rédaction

Le Devoir tente aujourd’hui une nouvelle expérience. Plutôt que d’ouvrir plusieurs textes aux commentaires des lecteurs, nous vous proposons une question à débattre pendant la journée, en lien avec l’actualité. Ce format nous permettra notamment de prendre le pouls de notre lectorat et de nous inspirer de votre participation pour développer des sujets et de répondre à vos questions. Nous regarderons de près les résultats de cette expérience pour voir comment la faire évoluer.

 

La question d’aujourd’hui: devrait-on obliger les professionnels de la santé à se faire vacciner contre la COVID-19?