Inégales devant la retraite (bis)

La persistance de l’écart salarial vient creuser les inégalités hommes-femmes devant la retraite. Petit regard chiffré sur le manque à gagner.

La semaine dernière, Mercer Canada publiait son baromètre annuel du degré de préparation à la retraite. L’exercice, basé sur la participation à un régime à cotisations déterminées offert en milieu de travail bonifié des prestations offertes par les régimes gouvernementaux, concluait que les femmes prennent leur retraite en disposant d’une épargne de 30 % inférieure à celle des hommes. On y voyait l’une des grandes conséquences de la persistance des écarts de rémunération et d’une plus grande probabilité d’interruptions de carrière ou d’heures de travail en moins pour les femmes, une réalité que la COVID-19 est venue exacerber.

Encore lundi, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) portait son regard sur les entreprises de 200 employés et plus pour mesurer un écart de 1,53 $ entre le salaire horaire moyen des femmes (32,83 $) et celui des hommes (34,36 $), soit un ratio de 95,5 %. Et si cet écart devient en définitive nul pour les emplois syndiqués, il se creuse à 3,70 $ chez les non-syndiqués, le ratio tombant à 89,9 %.

Les disparités deviennent aussi très sensibles lorsque l’on compare les secteurs privé et public, avec un ratio respectif de 87,2 % et de 93,6 %. Dans le public, l’écart se creuse plus l’on s’éloigne de l’administration québécoise (ratio de 99,2 %), pour déborder au municipal (97,8 %) aux entreprises publiques (94,5 %), à l’administration fédérale (92,1 %) puis au monde universitaire (83,7 %).

Quant à l’image d’ensemble, l’ISQ avait calculé un ratio de 89,8 % en 2019, à peine amélioré par rapport à celui de 87,1 % mesuré dix ans plus tôt.

S’attardant au revenu d’emploi médian des Québécois de 25 à 65 ans travaillant à temps plein toute l’année, Sophie Sylvain, planificatrice financière chez Desjardins Gestion de patrimoine, a retenu que l’écart hommes-femmes pouvait osciller entre 10 200 $, 11 700 $ et 20 600 $ respectivement selon que le niveau de scolarité est de primaire-secondaire, professionnel-collégial et baccalauréat, soit une différence oscillant autour de 25 %. L’effet sur la capacité d’accumuler un patrimoine-retraite est donc direct, ne serait-ce que sur le droit de cotisation à un régime enregistré d’épargne-retraite, calculé selon le moindre de 18 % du revenu gagné imposable ou 27 830 $ en 2021. « C’est en partie ce qui explique que le revenu de retraite moyen des femmes est d’environ à 80 % de celui des hommes », écrit-elle.

Il en va aussi de même pour les prestations du régime des rentes du Québec, qui seraient inférieures de 19 %, une différence attribuable pour l’essentiel aux écarts de rémunération et aux retraits plus fréquents des femmes du marché du travail. Une différence également d’autant plus sensible que l’espérance de vie des femmes dépasse les 84 ans, contre 80 pour les hommes.

L’effet de la pandémie

Et la crise sanitaire est venue noircir le portrait. Les pertes d’emplois causées par la pandémie ont été plus élevées chez les femmes, notamment sous le coup de mesures de restrictions en réponse à la pandémie ayant frappé plus durement des secteurs à surreprésentation féminine. À l’échelle canadienne, l’agence DBRS Morningstar indiquait lundi que le taux de participation des femmes était en hausse quasi constante entre 2000 et 2019, pour reculer en 2020. L’écart de salaire horaire moyen s’est également creusé, de plus de 10 % entre 2019 et 2020, sous l’effet de la pandémie.

Il y a le patrimoine familial…

L’horizon financier n’est toutefois pas noir pour autant. Sophie Sylvain reprend les projections de la firme de recherches Investor Economics, qui laissent entrevoir que 42 % de la richesse individuelle privée au Canada sera contrôlée par les femmes en 2028. « Avec l’augmentation significative du nombre de femmes sur le marché du travail au cours des dernières décennies, la richesse contrôlée par les Canadiennes n’a cessé d’augmenter. Elle atteindra 42 % en 2028, ou 3200 milliards de dollars, comparativement à 35 %, ou 1400 milliards en 2016. » De l’augmentation de 1800 milliards, la moitié viendra d’actif reçu en héritage, ce transfert étant estimé à 900 milliards entre 2016 et 2026.

« Les veuves baby-boomers canadiennes survivent entre 10 et 15 ans à leur conjoint et, pour cinq personnes veuves au Canada, quatre sont des femmes », d’ajouter la planificatrice financière.

Que penser de tout cela ?

1 commentaire
  • Denis Poitras - Abonné 9 mars 2021 11 h 43

    Inégales devant la retraite (bis)

    Quand j'enseignais, notre régime de retraite (RRE), prévoyait que la pénalité ne s'appliquait pas, en fonction de l'âge, à partir de 52 ans pour les femmes contre 55 pour les hommes. Je ne connais pas l'origine de cette mesure, mais ça devait tenir compte que les femmes, de façon générale, gagnent moins et moins longtemps.

    Comme c'est toujours le cas, pour rétablir une certaine équité, je suggère deux mesures parmi lesquelles le gouvernement pourrait choisir après consultation.
    1- Ajouter jusqu'à 3 ans de l'équivalent des cotisations moyennes pour les femmes n'ayant pas atteint le maximum.
    2- En évitant de nuire au supplément de revenu garanti, permettre aux femmes de 62 ans et plus de commencer à recevoir la rente sans pénalité.