C'est la vie! - Sexy scooter

Grosse coquette, va...
Photo: Jacques Nadeau Grosse coquette, va...

Namour ne ménage plus ses transports, il est tout excité par son achat: «Veux-tu l'essayer?» La dernière fois qu'un gars m'a offert d'essayer ce qu'il avait entre les deux jambes, ça m'a menée loin. «Petite mobylette, grosse quéquette?», dis-je en le taquinant. Il sourit comme un mec qui n'a plus rien à prouver même s'il roule avec une 49 cc. Il a l'air un peu inquiet en me tendant les clés; pour ma carrosserie ou celle de sa nouvelle Vino, je ne sais trop. Un accident est si vite arrivé.

Je désirais un scooter dans ma vie depuis longtemps. Et je parle bien de désir, de l'ordre du fantasme sexuel. Ces petits bolides d'origine italienne ont des rondeurs féminines qui prêtent flanc au rêve d'évasion, le bruit de leur moteur me rappelle celui de mon vibrateur et bourdonne «partons». L'emploi de la première personne du pluriel est significatif. On ne se sent jamais seul(e) sur, avec, contre, en compagnie d'un scooter. C'est pourquoi la plupart des propriétaires l'affublent d'un surnom. D'ailleurs la Vespa doit son petit nom au mot italien «guêpe».

Bibitte urbaine au son distinctif, le scooter est une moto d'intello, de livreur de sushi, d'écolo paresseux. Un mode de transport sensuel, le scooter épouse le vent, vous jette les odeurs au visage et fait augmenter la sérotonine, le carburant du sourire.

Ses adeptes, de plus en plus nombreux, clament unanimement qu'ils épousent un art de vivre. Le prix du mazout est un incitatif puissant à joindre leurs rangs. «Ça m'a coûté 4,25 $ de plein d'essence!», claironne Namour. Un de ses copains qui possède un scooter depuis trois ans prétend qu'il s'en sort avec 200 $ de dépenses par année, assurances et réparations incluses. Ajoutez à cela l'absence de coûts de stationnement, les rares contraventions, un look d'enfer, et vous avez là tous les ingrédients pour mousser la vente d'un véhicule sans publicité.

Car le scooter, l'ultime accessoire de mode, vient aussi avec un «statement». C'est pourquoi tant de vedettes l'ont adopté, de Robert de Niro à Sarah Jessica Parker en passant par Jerry Seinfeld et Steven Spielberg. Anti-VUS, antipollution, antiaméricain, le scooteriste se moque de tout ce qui fait la force de l'Amérique — le char. Il a ce je-ne-sais-quoi d'européen, d'insolent, qui le rend follement attirant. Le scooter jouit d'une image sociale favorable, toutes catégories confondues. Il est synonyme d'amour de vacances; on en veut un comme ami ou comme amant mais pas comme mari, parce qu'on y accroche le mot «liberté».

Nostalgie et vintage

Urbain jusqu'au dernier boulon, le scooter incarne le triomphe de l'intelligence sur le muscle des gros véhicules utilitaires qui envahissent nos rues en usant leur suspension sur les dos d'âne de Westmount. Comme les Beetles ou les Mini Coopers, la Vespa fait un retour via l'autoroute de la nostalgie. On peut se procurer des modèles vintages (antiques) entièrement restaurés depuis l'été dernier chez Scootart, boulevard Saint-Laurent. Deux mécano-maniaques, Jean-François Bourque et Jean-François Gratton, y ont élu domicile pour fusionner leur passion commune: les vieux scooters de collection déglingués de marque Vespa ou Lambretta. Ils les remettent en état et clé en main avec le manuel de l'usager en italien. Petite attention qui plaît aux quatre types de client de la Vespa vintage: les jeunes dans la fin de la vingtaine qui trippent rétro, les yuppies en costard Dubuc du Plateau ou du Mile-End qui recherchent un moyen de transport peu coûteux et attirant le regard et qui veulent aussi le modèle original européen, les baby-boomers qui flirtent avec la nostalgie de l'après-guerre et qui ont enfin les moyens de se payer la petite Vespa qui les faisait rêver autrefois (à cause des pubs de pin-ups), et finalement... les Italiens! «Ferrari Québec vend des Vespas neuves dans sa salle de montre, mais c'est un peu intimidant d'aller parler Vespa avec des vendeurs d'autos de 300 000 $. On attend la boutique Vespa pour l'an prochain à Montréal», souligne Jean-François Gratton, qui aurait souhaité obtenir la concession du fabriquant Piaggio.

En attendant, les Japonais ont flairé la vague rétro des années 90 et mis sur le marché des copies, comme la Vino de Yamaha, la Giorno de Honda et la Suzuki Verde. «Mais notre plus gros frein, ce n'est pas la compétition, explique le proprio de Scootart, c'est plutôt la Société d'assurance automobile du Québec. Au Québec, il faut un permis de moto pour conduire des cylindrées de plus de 50 cc. En Europe, on peut aller jusqu'à 125 cc avec un permis de classe automobile. C'est certain qu'ici il y a encore une éducation à faire en matière de conduite de scooter.» Et il faudra également éduquer les automobilistes qui n'ont pas encore intégré cette sous-culture sur «leurs» routes.

Petite mobylette, grosse coquette

On n'enfourche pas un scooter, on s'y assoit. Piaggio souhaitait un véhicule unisexe confortable pour faire de courtes distances lorsqu'il a lancé la Vespa en 1946. Les femmes portaient le jupon et l'homme le pantalon. Le scooter est apparu comme le véhicule rêvé pour la nana coquette qui ne voulait pas compromettre sa vertu. Il se manoeuvre plus facilement qu'une moto et on ne risque pas de s'y salir car les parties du moteur ne sont pas exposées. Fabienne Grégoire, 31 ans, aime le style sexy et européen de son Yamaha BWS 50 de couleur argent, qu'elle a surnommé «Vicious». Vêtue de jeans moulants et grimpée sur des sandales bleues à talons très hauts, Fabienne ne passe pas inaperçue avec son casque de moto argent. «Je n'ai jamais eu d'auto et j'ai acheté mon scooter il y a trois ans après avoir eu le coup de foudre à un carrefour de Barcelone. J'aime tout ce qui est européen. Au début, j'avais un peu peur, mais maintenant je coupe entre les autos dans les bouchons de circulation. J'aime le look de mon scooter et c'est devenu mon fétiche!»

Un conseil de scouteriste: vaut mieux une p'tite nerveuse qu'une grosse paresseuse.

Écrivez à cherejoblo@ledevoir.com

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Loué: un scooter Vino bleu (notre photo) chez Alex Berthiaume et fils (4398, de la Roche. tél.: (514) 521-0230), le plus gros vendeur de scooters à Montréal. Il en coûte 35 $ pour la journée. Avant de débourser de 2500 à 6000 dollars, ça peut être une bonne idée. Ce concessionnaire Honda et Yamaha vendait 75 scooters par année il y a cinq ans. Il en vend aujourd'hui 400 par année à des clients âgés de 14 à 81 ans. Le vendeur m'expliquait que le scooter fait également son apparition sur les routes de campagne, où il remplace le second véhicule et pallie l'absence de transports en commun. Même son de cloche à la SAAQ: le nombre de permis alloués à des cyclomoteurs et scooters de 50 cc est passé de 15 000 en 1998 à 20 000 en 2003.

Constaté: que le plus grand ennemi du scooter après les automobilistes qui vous traitent comme une demi-portion, c'est le nid-de-poule. Montréal, à cet égard, n'est pas «scooter friendly». Dégage, moustique!

Visité: le superbe site Web de Scootart (www.scootart.com). On y voit les modèles en cours de restauration. Appelez à la boutique avant de vous y rendre, je me suis cogné le nez sur la porte deux fois. La première fois, les proprios étaient coincés dans le trafic, la seconde, ils ont eu une crevaison avec leur camion. Un conseil, les gars, utilisez vos scooters, vous ne serez plus jamais en retard à vos rendez-vous. 8365, boulevard Saint-Laurent. (514) 388-4888 ou 1 (866) 311-4888 (sans frais). Comptez entre 3500 $ et 6500 $ pour une Vespa des années 60.

Trouvé: le site http://scooter.meetup.com, le rendez-vous mensuel des scooteristes de Montréal et d'ailleurs. Chaque premier lundi du mois à 20h, ils se réunissent dans un bar ou un café. C'est gratuit et informel. Prochaine rencontre:

le 2 août.

Aimé: le magazine californien Scoot (été 2004). Les Américains ont une côte à remonter en matière de consommation d'essence et de véhicules moins énergivores. Dans Scoot, on s'adresse à une clientèle sensible à l'environnement et à son portefeuille: les jeunes. Vespa annonce ses scooters sans paiement avant 360 jours! Une grosse coquette sur sa Vespa 1946 joue la pin-up pour le «centerfold» du numéro d'été. Un article vous raconte l'histoire de cette Vespa. Un autre sur un side-car blanc avec pneus à flanc blanc fabriqué pour une mariée. Cute!

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Le style en mouvement

Superbe bouquin dont l'iconographie verse abondamment dans la nostalgie, voici dans le menu détail tout ce que vous n'avez pas besoin de savoir sur la «guêpe» italienne. Très technique, on sent que Piaggio a voulu se faire plaisir avec ce catalogue de 300 pages qui fera frétiller le collectionneur. On explique visuellement et textuellement l'évolution de la Vespa de 1946 (l'âge d'or de la pin-up) à nos jours.

Vespa, style in motion

Chronicle Books, 2003

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