Inégales devant la retraite

Les femmes disposent d’un revenu de retraite inférieur à celui des hommes. Et elles ont beau obtenir une meilleure performance sur leurs placements, l’effet du rendement composé ne peut suffire. Elles doivent travailler de plus longues années pour parvenir à un revenu de retraite suffisant. La COVID-19 n’a certainement pas amélioré les choses.

Mercer Canada publiait cette semaine son deuxième baromètre annuel du degré de préparation à la retraite. L’exercice, qui se base sur la participation à un régime à cotisations déterminées offert en milieu de travail bonifié des prestations offertes par les régimes gouvernementaux, conclut que les femmes prennent leur retraite en disposant d’une épargne de 30 % inférieure à celle des hommes. Avec moins d’épargne et une espérance de vie légèrement supérieure, elles « doivent travailler deux ans de plus pour s’assurer d’épargner un revenu suffisant pour leur retraite ».

Écart de rémunération

La firme-conseil attribue la principale cause de l’écart à un taux d’épargne plus faible, de 81 points de base (ou 0,81 point de pourcentage) selon un examen de plus de 22 000 points de données d’une grande compagnie d’assurances canadienne en date du 13 novembre 2020, précise-t-elle. Viennent donc s’y greffer les disparités découlant des écarts de rémunération persistant entre les hommes et les femmes « et une plus grande probabilité d’interruptions de carrière pour les femmes, un phénomène important notamment constaté lors de la pandémie de COVID-19 ».

« Si ces obstacles ne sont pas résolus, ce déficit quant à l’épargne-retraite risque fort de s’aggraver. Cependant, les organisations qui prennent les actions nécessaires pour combler cet écart en récolteront les fruits », précise Mercer.

Une comparaison effectuée par l’Institut de la statistique du Québec indique qu’en 2019, les employés québécois ont reçu, en moyenne, une rémunération horaire de 26,65 $. Elle était de 28,06 $ chez les hommes, de 25,19 $ chez les femmes, soit un ratio de 89,8 %, à peine amélioré par rapport à celui de 87,1 % mesuré dix ans plus tôt. La part des femmes dans l’emploi était par ailleurs demeurée stable sur la décennie, à 48 %.

COVID-19

La crise sanitaire est venue noircir la situation. Selon la dernière observation de Statistique Canada, au sein du principal groupe d’âge actif, les baisses de l’emploi en janvier sont plus prononcées chez les femmes que chez les hommes. Globalement, l’emploi a diminué de 107 000 (–0,9 %) chez les personnes âgées de 25 à 54 ans en janvier. « Comme en mars et en avril 2020, lorsque l’arrêt initial de l’activité économique lié à la COVID-19 avait entraîné de plus fortes baisses de l’emploi chez les femmes que chez les hommes, le recul de l’emploi enregistré en janvier a été plus de deux fois plus important chez les femmes de ce groupe (–73 000 ou –1,3 %) que chez les hommes (–33 500 ou –0,5 %). » Toujours dans ce groupe, l’emploi des femmes était de 3,2 % inférieur à son niveau observé en février 2020, contre 2,7 % chez les hommes.

Les données de janvier s’ajoutaient aux statistiques de décembre 2020 faisant ressortir un recul de 2,7 % de l’emploi chez les femmes de 25 ans et plus par rapport à décembre 2019, contre 1,8 % pour les hommes.

Rendement supérieur

Cela dit, Mercer a étendu son analyse à quelque 600 000 comptes de participants de régimes. Faible consolation, sur une période de cinq ans, le rendement des placements des femmes était égal, ou supérieur, à celui des hommes. « Dans chaque groupe d’âge analysé, malgré des taux d’épargne plus faibles, les comptes détenus par des femmes affichaient des rendements moyens légèrement plus élevés […] Cette situation est probablement attribuable au fait que les femmes optent davantage pour des solutions diversifiées dans le cadre des régimes de retraite en milieu de travail, un constat fait au travers de tous les groupes d’âge. »

On parle toutefois, ici, d’un différentiel marginal, de seulement 0,1 %. Or, d’autres études, datant de quelques années ou de plusieurs années mais couvrant un horizon de long terme et s’étendant à des millions de comptes, évoquent des gains boursiers supérieurs de 2 % à ceux des hommes, voire des rendements annuels moyens de plus de 1,5 % associés notamment à une meilleure perception des risques, à une allocation d’actif plus prudente et à une rotation des placements moins fréquente.

Mais, visiblement, cette différence ne permet de réduire les écarts et le déficit d’épargne qu’à la marge.

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