Rendez-vous climatique manqué

L’ONU s’en alarmait vendredi. Seuls 75 pays des quelque 200 signataires de l’Accord de Paris avaient soumis leurs engagements révisés à la date butoir du 31 décembre 2020. Ce dépôt représente à peine 30 % des émissions mondiales et la portée des « contributions déterminées au niveau national » déposées équivaut à moins de 1 % de baisse des émissions d’ici 2030 alors qu’il en faut 45 % par rapport à 2010 pour espérer demeurer autour de 1,5 °C de réchauffement. Parmi les absents au rendez-vous : le Canada, les États-Unis de Donald Trump et la Chine. L’organisation internationale exhorte les gros pays émetteurs à passer rapidement aux actes.

L’argumentaire des retardataires subordonnant leur engagement climatique à la crise sanitaire n’est pas retenu. Ils ont quelques mois pour se rattraper. « Les émetteurs les plus importants doivent présenter des objectifs de réduction des émissions bien plus ambitieux pour 2030 dans leurs contributions nationales bien avant la conférence sur le climat de Glasgow en novembre », insiste le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, rappelant que cette COP26 cruciale a déjà été reportée d’un an en raison de la pandémie, rapporte un texte de l’Agence France-Presse.

Plus de cinq ans après la signature de l’Accord de Paris, « c’est incroyable de penser qu’alors que les nations font face à une urgence qui pourrait à terme éradiquer la vie humaine sur cette planète, et que malgré toutes les études, tous les rapports et les mises en garde des scientifiques du monde entier, de nombreux pays s’en tiennent à leur approche de statu quo », s’est emportée la responsable climat de l’ONU, Patricia Espinosa, lors d’une conférence de presse.

Faire la paix avec la nature

Un peu plus tôt, dans le rapport « Faire la paix avec la nature » produit par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et rendu public le 19 février, il était rappelé l’urgence planétaire et répété que le coût de l’inaction dépasse de loin celui de l’action. En quelque 50 ans, soit grosso modo depuis la conférence de Stockholm sur l’environnement en 1972, dans un contexte de modèle de développement expansif, le PIB mondial en dollars constants a quasi quintuplé « essentiellement en triplant l’extraction de l’énergie et des ressources naturelles afin d’alimenter la croissance de la production et de la consommation ». Dans l’intervalle, la population mondiale a été multipliée par deux, à 7,8 milliards, et « si la prospérité moyenne a doublé, près de 1,3 milliard d’humains demeurent pauvres et 700 millions souffrent de la faim ». Désormais, en cette ère de l’anthropocène, 75 % des terres et 67 % des océans subissent l’effet des activités humaines et 1 million des quelque 8 millions d’espèces de plantes et d’animaux recensées ont disparu ou sont en voie d’extinction, poursuit l’ONU.

Quant à l’effort requis, l’on retient que pour limiter le réchauffement à 1,5 °C au-dessus du niveau préindustriel, l’atteinte de la cible nécessite une réduction des émissions de CO2 de 45 % d’ici 2030 par rapport à 2010 et l’atteinte du zéro émission net en 2050. Une cible à 2 °C appelle plutôt à une réduction des émissions mondiales de 25 % d’ici 2030 et à l’atteinte du zéro net autour de 2070.

Et le rapport de plus de 160 pages soutient qu’au rythme actuel, la hausse moyenne de la température de 1,5 °C sera atteinte autour de 2040, « probablement plus tôt », alors que les gestes actuels nous placent sur une trajectoire d’au moins 3 °C d’ici 2100. Ce qui est, d’ailleurs, reproché aux engagements contenus dans l’Accord de Paris.

Mais, avant, la population mondiale aura atteint les 9 milliards autour de 2050, projetant une croissance de 50 % de la production d’énergie et de 70 % de celle de la nourriture, prévient-on. Tout en mettant en exergue que la problématique ne se limite pas au CO2, qui compte pour les deux tiers du réchauffement causé par les gaz à effet de serre anthropiques.

Bref, il est martelé que le statu quo n’est plus possible et que le retour aux vieilles habitudes dans les plans de relance postpandémie est exclu.

Le rapport propose une série d’actions interpellant l’ensemble des parties prenantes, qui commandent une réorientation — probablement trop radicale — des habitudes et des façons de faire. Des actions qui ont par contre l’économie circulaire pour inspiration et, pour thème principal, des coûts sociaux et environnementaux internalisés dans les choix de subventions et d’investissement. Des actions qui incitent à repenser les modèles de référence pour délaisser le PIB, trop réducteur, pour s’en remettre plutôt à un agrégat de référence faisant la somme du capital productif, humain, social et nature dans les décisions d’investissement.

« Notre guerre contre la nature a brisé la planète », a déploré António Guterres, lors de la présentation du rapport du PNUE. « En transformant notre façon de voir la nature, nous pouvons reconnaître sa véritable valeur » et la transposer « dans les politiques, les plans et les systèmes économiques [afin de] canaliser les investissements vers des activités qui restaurent la nature et en sont récompensées. »

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