Une deuxième chance

Stéphane Dion rêvait d'exercer ses talents ministériels ailleurs qu'aux Affaires intergouvernementales, histoire de permettre à ses compatriotes québécois de le découvrir autrement qu'en père fouettard de Jean Chrétien. En lui confiant l'Environnement, Paul Martin lui offre une occasion taillée sur mesure de se refaire une beauté politique au Québec, tout en faisant oeuvre utile au sein de son gouvernement.

Le même poste avait en quelque sorte servi de rampe de lancement à Lucien Bouchard et, après lui, à Jean Charest pour la suite des choses. Paul Martin lui-même, lorsqu'il était député d'opposition, s'était taillé une réputation enviable à partir du poste de critique à l'environnement.

Dans cette fonction, contrairement à celle des affaires intergouvernementales, M. Dion a davantage de chances d'être porteur de consensus québécois que de ramer systématiquement à contre-courant. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'aura pas de collision frontale avec le gouvernement du Québec. Dans leur temps, les Bouchard et Charest avaient eu leur lot d'affrontements, en particulier à propos du défunt développement hydro-électrique de Grande-Baleine.

L'expérience avait même amené Lucien Bouchard à affirmer, alors qu'il était déjà chef du Bloc québécois, que tant que le Québec serait dans le Canada, il était préférable que le gouvernement fédéral continue d'avoir voix au chapitre de la protection de son environnement. Si les recherchistes de M. Dion ont besoin d'aide pour retrouver cette précieuse citation, ils n'ont qu'à s'adresser à Jean Lapierre. À titre de collègue bloquiste de Lucien Bouchard, ce dernier avait dû pédaler très vite et très fort pour dépêtrer son chef de propos qui détonnaient singulièrement par rapport à l'ensemble du credo du Bloc et qui avaient évidemment fait sursauter Québec.

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Règle générale, cependant, si le penchant à jouer les empêcheurs de tourner en rond de M. Dion doit se manifester dans son nouveau rôle, ce devrait être au moins aussi souvent contre son propre gouvernement. Car il reste encore à savoir si le premier ministre lui a confié l'Environnement pour les bonnes raisons. À entendre certains ténors du gouvernement, on comprend que Paul Martin était déterminé à éloigner M. Dion des dossiers plus spécifiquement québécois, auxquels il entend donner un autre ton que celui de Jean Chrétien. On peut donc présumer, jusqu'à preuve du contraire, que le nouveau ministre n'a pas, par exemple, pour mission de faire avaler au Québec la facture ontarienne du protocole de Kyoto.

Cela dit, dans un gouvernement minoritaire qui doit par définition surveiller son flanc gauche, le ministère de l'Environnement est également un poste-clé pour l'avenir électoral du premier ministre. Une performance molle sur ce front névralgique pour le NPD et pour le Bloc pourrait être porteuse de lendemains difficiles pour les libéraux lors du prochain rendez-vous électoral. Or certains craignent que M. Dion tout comme Pierre Pettigrew, aux Affaires étrangères, dans son cas, aient été choisis pour occuper leur poste respectif entre autres parce qu'on les espère plus malléables que les ministres activistes qui les ont précédés.

Dans les minutes qui ont suivi la nouvelle du congédiement de David Anderson de l'Environnement, tous les yeux se sont ainsi tournés vers la Colombie-Britannique, dont le gouvernement voudrait bien obtenir la fin d'un moratoire sur l'exploitation énergétique au large des côtes de la province. Dans le même ordre d'idées, on savait depuis déjà un certain temps que des piliers de la campagne au leadership de Paul Martin trouvaient Bill Graham trop sympathique à la cause palestinienne à leur goût. Dans un cas comme dans l'autre, on verra à l'usage.

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En attendant, le contigent québécois au sein du cabinet fédéral compte un corps de moins. Mais, en contrepartie, aucun des ministres québécois de M. Martin n'a hérité d'un rôle de figurant. Les Transports, l'Environnement, les Affaires étrangères, la Justice, le Patrimoine et les Affaires intergouvernementales sont tous des ministères importants. Les deux derniers ont même tendance à avoir un profil plus élevé au Québec qu'ailleurs au Canada.

Exception faite de M. Dion, les ministres québécois francophones de Paul Martin sont issus de la mouvance nationaliste du Parti libéral. Trois d'entre eux — Pierre Pettigrew, Liza Frulla et Lucienne Robillard — ont de fortes racines au PLQ. Tout le monde connaît le parcours de Jean Lapierre. Tout cela pour dire que, sur papier, le nouveau cabinet fédéral compte le contingent québécois le plus susceptible d'être sensible aux aspirations du Québec depuis l'époque de Brian Mulroney.

Le premier ministre Martin lui-même a déjà signifié son intention de mettre fin aux guerres de drapeaux entre les deux capitales, et cela aussi bien sur la scène internationale qu'en territoire québécois. Presque tous les grands engagements de M. Martin touchent des secteurs de compétence provinciale. Mais il a donné des ordres pour que ses projets en matière sociale s'imbriquent dans ceux qui sont déjà en chantier au Québec, plutôt que les dédoubler. C'est notamment le cas de ses promesses en matière de garde d'enfants, qui doivent s'inspirer du modèle québécois.

Depuis qu'ils évoluent sur la scène fédérale, les Robillard, Pettigrew et autres ont souvent laissé entendre qu'ils étaient marginalisés par la vision que Jean Chrétien se faisait des relations Canada-Québec ou par des rôles ministériels conçus pour les éloigner de la mêlée fédérale-provinciale. La présence à Québec d'un gouvernement souverainiste était également régulièrement invoquée pour justifier des blocages. Ce sont des excuses qui ne tiennent plus. Il n'y a pas que pour Stéphane Dion que ce remaniement et la période qui s'amorce constituent une seconde chance.

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1 commentaire
  • Jean St-Jacques - Abonnée 22 juillet 2004 07 h 15

    Monsieur Dion

    Monsieur Dion a en tête les éoliennes qui touchent surtout le Québec, donc un affrontement avec Hydro-Québec qui ne semble pas très intéressé à ce procédé.

    Monsieur Martin ne peut faire des miracles car il est sur son déclin. Il ne possède pas la stature d'un chef. Quand il parle, on a l'impression qu'il ne dit pas la vérité et il utilise toujours les mêmes termes. On finit pas savoir à l'avance ce qu'il va répondre.

    Quant à Jean Lapierre, c'est le modèle parfait de l'opportunisme. En étant l'ami de tout le monde, il n'est l'ami de personne.

    Liza Frulla avec sa cervelle d'oiseau, a déjà commencé ses gaffes en abordant le thème de CHOI, une décision sage du CRTC qu'on ne doit pas remettre en doute. Qu'on laisse cet organisme fédéral jouer son rôle.