Lente marche vers la mixité

C’est droit devant, inexorablement. Les gains sont là, mais la marche vers la mixité des conseils d’administration et de la haute direction demeure lente. On l’imagine, la cible se veut encore plus éloignée lorsqu’on élargit le parcours de la représentativité à la diversité.

La plus récente étude sur la question de la diversité a été publiée lundi par l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP). Sur la mixité, on y lit que « même si les gains réalisés au cours de la dernière décennie sont notables, il reste beaucoup à faire en matière de représentativité des femmes sur les conseils d’administration (CA) ainsi qu’au niveau de la haute direction des entreprises ».

L’IGOPP proposait, il y a 10 ans, une cible de 40 %. Une référence mondiale situe, d’ailleurs, la zone de parité hommes-femmes optimale au sein de l’équipe de gestion entre 40 et 60 %. Cette représentation féminine a, certes, presque doublé depuis 10 ans, mais, à un peu plus de 29 % au sein des conseils d’administration des grandes entreprises inscrites en Bourse et à 26 % au niveau de la haute direction, on se retrouve encore loin de la cible.

Que dire des minorités visibles, qui comptent pour 22 % de la population canadienne, mais qui occupent moins de 5 % des sièges aux conseils et moins de 9 % des postes de haute direction ?

Le regard de l’IGOPP a porté sur 76 entreprises d’incorporation fédérale pouvant représenter le tiers des sociétés composant l’indice boursier S & P / TSX. L’exercice vient mesurer un premier effet des modifications apportées par le gouvernement à la Loi canadienne sur les sociétés par actions ayant pour objectif « d’augmenter la diversité observée au sein des conseils d’administration et de la haute direction des sociétés inscrites en bourse », en vigueur depuis janvier 2020.

Outre la présence des femmes, ces modifications visaient plus large en s’étendant à la représentation des peuples autochtones, des personnes handicapées et des personnes qui font partie des minorités visibles, explique l’Institut.

Cet élargissement suit l’entrée en vigueur, au 31 décembre 2014, de la réglementation sur l’Information concernant la représentation des femmes au sein des conseils d’administration et des instances des émetteurs assujettis. Au Canada, les autorités de réglementation n’ont pas retenu la formule de quotas, préférant plutôt une approche de divulgation s’étendant à la haute direction selon la formule « se conformer ou
s’expliquer ».

L’on parle donc d’un engagement moral, mais non contraignant, qui s’insère cependant dans une mouvance plus généralisée d’adoption des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance auprès des investisseurs reconnaissant la portée et la contribution de la diversité.

Beaucoup à faire

Certes, l’exercice de l’IGOPP comporte ses limites et l’on admet une probable surévaluation de la représentation mesurée pour les postes de haute direction, mais l’on peut se faire une idée sur le chemin restant à parcourir et sur le rythme de renouvellement des administrateurs et des hauts dirigeants, qui constitue un frein aux yeux de l’IGOPP.

Et l’on retient que seulement 47 % des entreprises observées s’étaient dotées de cible à atteindre en matière de représentativité des femmes au sein des CA. À peine 18 % se sont fixé des objectifs précis touchant la haute direction.

Ce constat vient rejoindre d’autres études sur le sujet. En décembre dernier, le cabinet KPMG indiquait que 96 % des 100 plus importantes entreprises inscrites en Bourse soumises à la loi fédérale comptaient au moins une femme dans leur conseil d’administration au 31 mai 2020, contre 67 % au 31 mai 2014.

Inversement, 4 % de ces sociétés avaient un conseil d’administration composé uniquement d’hommes et 24 % avaient une équipe de direction entièrement masculine. Ces pourcentages s’établissaient respectivement à 33 % et à 29 % au 31 mai 2014.

L’on écrivait aussi que, s’il y a amélioration, il y a toutefois disparité entre les postes de conseil d’administration et ceux de la haute direction. KPMG a mesuré que deux fois plus d’hommes que de femmes ont accédé à des fonctions d’administrateurs entre le 31 mai 2014 et le 31 mai 2020, et trois fois plus à des postes de haute direction.

À l’évidence, il reste encore beaucoup à faire. Dans une étude mondiale publiée par le cabinet Deloitte datée du 30 octobre 2019, on lisait que, globalement, les femmes occupent 16,9 % des sièges aux conseils d’administration, soit une maigre hausse de 1,9 point de pourcentage par rapport à l’édition 2017 de l’étude.

À ce rythme, il faudra plus de 30 ans pour atteindre la parité, disait Deloitte. Et l’on ne parle pas des fonctions de haute direction.

3 commentaires
  • Jean-François Fisicaro - Abonné 16 février 2021 05 h 10

    La route vers l'équité et la mixité est toujours bien longue et ardue, surtout quand on n'applique aucune mesure contraignante ...

  • Jérôme Faivre - Inscrit 16 février 2021 17 h 54

    La Longue Marche

    C'est la Révolution culturelle, le devoir de Diversité et d'Inclusion tous azimuts, la marche des peuples au 21ème siècle.

    Le Monde était raciste, sexiste, patriarcal, colonial etc... L'inexorable Longue Marche de la Révolution changera à tout jamais cet horrible reliquat de notre Histoire. Les drapeaux et les barbes flottent au vent sur fond de musique joviale.

    Awomen, comme disait récemment et avec foi un joyeux démocrate américain.

    Le tout déborde de bienveillance mélangée à de la peinture à numéros sur les bonnes pratiques préconisées par le Guide du bon canadien diversitaire.

    Belle perspective de bataille permanente pour des pourcentages, passe-temps finalement très, mais alors très, traditionnel chez les amateurs de statistiques sportives.

    50 %, une étape nécessaire, excellent, mais, parlant anglais et à quel pourcentage ? et à quel ratio d'origine européenne vs amérindienne ou africaine ? etc. etc..etc…

    La véritable Diversité, c'est celle des talents et des opinions des citoyens et citoyennes du Québec, de toutes origines, exprimés librement.

    Pas celle issue du calcul mathématique sans fin des races, des sexes, des pratiques religieuses ou sexuelles ou autres, tribus divisibles à l'infini, le tout dans une belle atmosphère d'éternelle compétition plus ou moins âpre entre «victimes stigmatisées». Approche made in USA.

    On comprendra le besoin infini de statistiques de contrôle sur la population de certaines de ces causes politiques.

    Et on imaginera, juste pour rire, la tête que ferait M. Bérubé, candidat pour un poste de direction très convoité, en lisant la réponse, à l'effet qu'il est très gentil et très compétent, mais que, malheureusement, il faut qu'il dégage rapidement car son employeur a entamé la Longue Marche.

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 17 février 2021 04 h 33

      Comme le disait si bien la Bolduc: Ça va venir, ça va venir ! Décourageons-nous pas ....