Redresser le français : mode d’emploi

Arrivé au pouvoir en 1976, le Parti québécois héritait d’un déclin mesurable du français. Au centre-ville de Montréal, l’anglais s’imposait, souvent unilingue, sur les affiches. Parmi les enfants d’immigrants, 85 % choisissaient l’enseignement public en anglais, langue incontestée du succès. Au travail, la langue de travail était celle du patron, anglophone dans 83 % des cas.

René Lévesque ne savait pas, en donnant le dossier de la langue à Camille Laurin, que ce dernier proposerait non pas une réforme, mais une révolution. Laurin avait compris que, pour mettre fin au déclin d’une langue, il faut certes changer les lois, mais surtout bousculer les esprits. Faire savoir qu’une nouvelle ère commence.

Presque un demi-siècle plus tard, l’élan impulsé par Laurin s’est épuisé, rogné notamment par des juges fédéraux, une immigration linguistiquement désastreuse et un grave affaiblissement de la notion de français langue commune dans la métropole. Que faire ?

Il y a dans les besaces des réformistes de bonnes mesures, à portée limitée. Étendre la loi 101 aux 175 000 salariés d’entreprises à charte fédérale. Faire de la connaissance du français une condition d’obtention de la citoyenneté canadienne au Québec. Obliger toutes les entreprises à traiter en français avec l’État québécois. Que du bon pain.

Puis il y a le pinaillage contre-productif : enlever à des municipalités leur statut bilingue, ce qui ne change rien au bilinguisme de leurs services ; interdire à des hôpitaux de régions d’offrir des services en anglais, comme si les blessés avaient besoin d’un test linguistique et comme si le niveau de bilinguisme réel actuel des médecins et des infirmières ne rendait pas cette mesquinerie caduque ; faire en sorte que l’État ne puisse parler l’anglais qu’aux seuls membres de la « minorité historique ». Chouette idée, mais comment les reconnaître, au téléphone ?

Il faut être à la fois plus sérieux et plus ambitieux. Marquer, par l’ampleur des mesures prises, qu’un véritable virage s’opère.

Plus d’un demi-million de personnes sont entrées au Québec ces vingt dernières années sans connaissance du français. Elles n’auraient jamais pu immigrer au Royaume-Uni sans connaissance de l’anglais (pourtant nullement en déclin), y compris pour des séjours courts ou du travail saisonnier. C’est, numériquement, le facteur de déclin le plus important.

Le tabou du contrôle linguistique au point d’entrée doit tomber. Chaque fois qu’on l’aborde, on nous répond que tel ministre, tel banquier, tel artiste n’aurait pu immigrer sous un tel régime. Bravo. Mais seuls ceux qui sont passés au français participent à ce concert. On n’entend pas les autres. C’est comme si on évaluait la saison 2019-2020 du Canadien en ne comptant que les parties gagnantes. Le déclin ne peut être renversé que si la connaissance du français au point d’entrée est obligatoire (et que si les réfugiés sont payés pour l’apprendre en arrivant). Tous les rapports nous le disent : avec un taux d’échec de 90 %, mesuré par la vérificatrice générale du Québec, la francisation n’a donné, ne donne et ne donnera que des résultats médiocres.

À Montréal, le flot anglicisant est amplifié par les succès des établissements postsecondaires anglophones, à la fois chez les jeunes Québécois et chez les étudiants étrangers, qu’on compte désormais en dizaines de milliers. Aucune action marginale ne suffira à changer cette dynamique.

Pour obtenir aujourd’hui un résultat équivalent, dans le réel et dans le symbole, aux mesures de Camille Laurin, il faut assumer enfin concrètement l’idée que le français doit être, pour tous, la langue commune. Qu’il doit donc être une composante incontournable de l’éducation.

Beaucoup sont fixés sur l’idée d’étendre la loi 101 au cégep et d’ainsi fermer les portes des établissements anglophones aux francophones et aux allophones qui n’ont pas transité par l’école primaire ou secondaire anglophone. Mais cela signifie enfermer les inscrits restants, jeunes anglophones et allophones et des milliers d’étudiants étrangers, dans un univers parallèle où le français est facultatif. C’est ainsi qu’on se retrouve avec un jeune Anglo-Montréalais sur quatre qui avoue ne pas parler le français.

Le cégep est le passage obligé de tous les techniciens, professionnels, ingénieurs et élites du Québec. Si on croit sérieusement que tous ces diplômés vont travailler en français dans nos entreprises et nos établissements, il faut tirer la conclusion logique : au Québec, tous les étudiants, de toutes les langues et de toutes les origines doivent faire et réussir leur cégep en français.

Voilà le geste à poser pour planter profondément le pilier du français langue commune. Il sera structurant en amont, forçant les high schools à bien préparer leurs élèves à cette étape exigeante. Et sait-on que 12 % des profs de Dawson et 20 % de ceux de Vanier sont francophones ? Dans son excellent ouvrage Pourquoi la loi 101 est un échec, Frédéric Lacroix nous apprend que cette proportion est de 26 % au cégep Champlain et de 44 % à celui de Lennoxville.

Sur cette lancée, il faut faire en sorte que les étudiants québécois de nos universités anglophones maintiennent leur niveau de français et en démontrent la maîtrise pour obtenir leur diplôme. Nos étudiants étrangers devraient avoir terminé dans leur pays d’origine un cours d’introduction au français comme condition d’inscription puis, une fois chez nous, avoir dans leur cursus des cours obligatoires de perfectionnement.

Le nouveau déclin du français est nourri par une injection permanente de résidents non francophones et par une augmentation constante du nombre de jeunes adultes montréalais pour qui le français est accessoire. Cette combinaison rend illusoire toute tentative de faire du français une réelle langue commune.

Le nouveau redressement du français doit passer par ces gestes fondamentaux : immigration francophone de tous, cégeps francophones pour tous.

86 commentaires
  • Jean-François Fisicaro - Abonné 13 février 2021 04 h 12

    Tout un programme en perspective !

    C'en est presque décontenançant de ne pouvoir rien ajouter aux propositions d’une chronique. Alors j'en résume ainsi la teneur à partir de vos propres mots et pour mon propre bénéfice :

    > Laurin avait compris que pour mettre fin au déclin d’une langue, il faut certes changer les lois, mais surtout ... Faire savoir qu’une nouvelle ère commence.

    > ... un demi-siècle plus tard, l’élan impulsé par Laurin s’est épuisé ...

    > Plus d’un demi-million de personnes sont entrées au Québec ces vingt dernières années sans connaissance du français ..C’est, numériquement, le facteur de déclin le plus important.

    > Le tabou du contrôle linguistique au point d’entrée doit tomber ... avec un taux d’échec de 90 %, mesuré par la vérificatrice générale du Québec, la francisation ... ne donne ... que des résultats médiocres.

    > Pour obtenir ... un résultat équivalent ... aux mesures de Camille Laurin, il faut assumer enfin concrètement l’idée que le français doit être, pour tous, la langue commune. Qu’elle doit donc être une composante incontournable de l’éducation.

    > Beaucoup sont fixés sur l’idée d’étendre la loi 101 au cégep ... Mais cela signifie enfermer les inscrits restants, jeunes anglos et allos et des milliers d’étudiants étrangers, dans un univers parallèle où le français est facultatif. C’est ainsi qu’on se retrouve avec un jeune anglo montréalais sur quatre qui avoue ne pas parler le français.

    > Le cégep est le passage obligé de tous les techniciens, professionnels, ingénieurs et élites du Québec ... il faut tirer la conclusion logique : au Québec, tous les étudiants, de toutes les langues et de toutes les origines doivent faire et réussir leur cégep en français.

    > Voilà le geste à poser pour planter profondément le pilier du français langue commune.

    J’en suis !!!

    Maintenant reste juste à trouver un gouvernement apte ...

    • Pierre G. Blanchard - Abonné 13 février 2021 11 h 13

      Faut-il croire que seules les lois peuvent sauver la langue, alors que la religion a failli et que nos partis politiques s'y accrochent désespéremment? Sans nous gaver d'histoire, faut-il se rappeler que Montréal fut longtemps une ville à majorité anglophone dont l'industralisation et le marché du travail prospères en furent tributaires ? Faudrait-il tirer un enseignement d'une poignée de marchands anglais et écossais qui ont imposé leur langue, non par édits politiques mais en créant une économie propice au développement et à la richesse collectifs ? Et que le départ des 400 000 anglos du Québec fut plus un résultat politique que celui d'un affranchissement économique dont le QC Inc. peut s'ennorgueillir. Comme si la baguette politique pouvait faire fi de la réalité socio-économique tant intérieure qu'extérieure. Tout comme notre langue, notre QC inc. fait présentement face à de grands défis. Mais, il me semble que notre prospérité et notre survie passent davantage par l'économie qui exige de nous garder ouverts sur le monde et être en mesure de concurrencer efficacement, ce qu'un grand nombre de Québécois ont réussi dans une foule de domaines, allant des arts à la technologie en passant par le commerce. Et sans pour autant perdre au change côtés culturel et linguistique. Serait-il paradoxal qu'on veuille s'isoler comme société alors qu'on clame haut et fort vouloir faire partie d'un concert des nations multilingue, multiethnique et multiculturel? Faudrait-il davantage miser, comme en milieu anglophone et ailleurs dans le monde, sur notre avenir économique et commercial qui apparait prometteur pour étendre et renforcer notre marché du travail en français, plutôt que de céder au découragement et au défaitisme?

    • Patrick Boulanger - Abonné 14 février 2021 11 h 06

      @ M. Blanchard

      Miser sur l'économie pour renforcer notre marché du travail en... français me semble un pari passablement risqué. Y croyez-vous réellement?

      Pour ma part, je ne crois pas que la survie du français au Québec passe davantage par... l'économie.

    • Denis Forcier - Abonné 14 février 2021 15 h 04

      @ Jean-François Fisicaro, donc voici la 2ie partie de cette Déclaration d'identité :

      Et par dessus tout, il ne faut pas l'oublier, c'est la Liberté qui nourrit leurs actions, la Fidélité, leurs souvenirs, et le Partage, leur avenir .Ces valeurs devenant, par la présente, leur seconde devise laquelle donnera une vraie résonnance, à chaque jour, à leur première, le "Je me souviens ".
      Ce trésor triple de valeurs communes, auquel s'ajoute la richesse de leurs valeurs fondamentales contenues dans leur Charte des droits et libertés de la personne, en particulier, l'égalité de l'homme et de la femme+LGBTQ+, la laïcité à leur manière..., et la neutralité de l'État, oblige donc ce peuple du Québec à défendre et à accroître, autant que nécessaire, les pouvoirs qui protègent et favorisent sa singularité au Canada, et en Amérique du Nord, et ce, " quoi qu'on dise ou quoi qu'on fasse... !"
      Ce peuple, inspiré par notre Leonard Cohen, et pour se souvenir de cette déclaration d'identité, entonnera toujours avec émotion et ferveur aussi son célèbre Hallelujah, lequel a même, et avec bonheur, une résonnance universelle.
      Finalement, cette déclaration d'identité du peuple québécois se veut aussi un ancrage de liberté et de dignité, comme de mémoire, pour tous les francophones du Canada, et même de l'Amérique.
      (1) Une façon de dire clairement que le peuple du Québec est nécessairement pluriel de par sa composition, tout en étant uni par sa langue officielle , le français, mais aussi unique, grâce à sa culture commune et nécessairement interculturelle.
      Note: le rappel historique entre parenthèse dans cette Déclaration est évidemment facultatif.

  • Louise Davis - Inscrite 13 février 2021 04 h 16

    Bravo!

    Enfin!

  • Martin Chatigny - Abonné 13 février 2021 06 h 01

    La levure du Québec

    Si le français ne devient pas la levure du Québec, une autre levure va nécessairement s’ occuper à faire lever cette pâte si riche et créative à son bénéfice. Ainsi va la vie! C’est aux québécois d’avoir le courage et la persévérance de poursuivre dans le sillon tracé par nos prédécesseurs...

    • Ève Marie Langevin - Abonnée 13 février 2021 11 h 21

      ''la levure'', quelle belle image pour la langue ! Oui, c'est exactement cela : s'intéresser concrètement à la langue en devenir dans la vie quotidienne et dans l'espace public, surtout au travail, dans la scolarisation des jeunes, quel beau leg à leur faire !
      Ce qui veut dire une réflexion profonde sur son enseignement du primaire à l'université, non seulement pour transmettre sa technique grammaticale et syntaxique mais\et surtout, sa littérature, sa vision du monde et sa culture sous-jacente, son plaisir, sa valeur, sa joie, sa fierté !
      Et comme le dit un autre abonné ci-dessous, la métropole du Québec doit aussi refléter concrètement cette politique. Mais comment ?
      Deux questions complexes (et interreliées), mais pas impossibles à résoudre.

  • Mikel Aralar - Inscrit 13 février 2021 06 h 12

    Le chemin du courage

    Bonjour et bravo, monsieur Lisée. Votre papier montre bien le chemin de la décision et du courage. Mais, est-ce que la société québécoise este elle prête à emprunter la route du courage ?

    Le gouvernement de monsieur François Legault a bien montré son visage véritable avec l’approbation de l’ampliation du cégep Dawson. C’est une mesure présuicidaire. Et Legault, avec les parlementaires de son parti, n’a pas vacillé non plus pour empêcher le débat à l’Assemblée nationale d’une motion du PQ pour faire arrêter le financement public dédié à l’agrandissement de Dawson.

    Étrange pays celui qui finance sans compter a ceux que s’occupent, de manière consciente ou inconsciente, à saper sa langue commune…

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 13 février 2021 16 h 45

      Bonjour M. Aralar,

      1) Un bien joli nom. Est-ce indiscret qu'un jour vous nous disiez quelle en est l'origine ?

      2) Vous demandez : "Mais, est-ce que la société québécoise este elle prête à emprunter la route du courage ?"

      Quelques pistes de réponse: Pour en connaître les acteurs, les côtoyant depuis toujours, soit comme étudiant (sur plus de 17 1/2 ans), soit comme ami, soit à titre de tutrices et tuteurs de nos deux « fistonneaux » à leur époque scolaire, soit comme un simple citoyen qui s'informe par des sources variées et fiables sur l'état de la situation. Je tiens à vous rassurer d'emblée de jeu pour votre question car ce n'est pas de ce côté-là qu'il faut ressentir votre inquiétude.

      Bien au contraire, les Vrais Acteurs du système, ceux à qui on confie le corps et l’esprits de nos bien-aimés enfants, la prunelles de nos yeux, ils n’attendent que ça, et depuis trop longtemps, du courage et de la suite dans les idées pour faire en sorte de finir par arriver au 21ième siècle un moment donné. Et ce n’est pas un problème de capacité, ni de ressources, ni de disponibilité de technos, ni de pragmatisme, ni de la forme administrative dont on nous enrobe le tout. Vous n’avez qu’à aller lire ou relire la dernière phrase de mon texte au début de ce fil. De ça, il faut s’inquiéter …

  • Michel Lebel - Abonné 13 février 2021 06 h 45

    La démographie avant tout!

    Pour suivre la pensée plutôt simpliste du chroniqueur Lisée, aussi bien abolir non seulement les cégeps anglophones mais aussi les universités anglophones!! Tout l'enseignement supérieur devrait donc être donné en français! Délirant! Feu le dramaturge de l'absurde Ionesco aurait été ravi de cette proposition!
    C'est par une démographie nettement plus forte des francophones et non par l'immigration et l'éducation supérieure que le Québec peut espérer vivre pleinement en français. Au bout du compte, la démographie est toujours le facteur déterminant pour la survie et la vitalité d'une société. Mais quel est la politique familiale de croissance promue par un gouvernement québécois? Silence radio sur le sujet depuis des années. Un tabou sans doute!

    M.L.

    • Dominique Boucher - Abonné 13 février 2021 09 h 24

      Comment le gouvernement va-t-il sʼy prendre pour promouvoir la croissance démographique des francophones mais pas celle des non-francophones? Je veux dire, sans (se faire accuser de) pratiquer un natalisme ethno-nationaliste.

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 13 février 2021 09 h 37

      M. Lebel, de grâce "Lisée" bien comme il faut la chronique d'aujourd'hui. Et surtout, poursuivez votre lecture de toutes les idées qui sont proposées à leur mérite en complément à la proposition de départ. Rappelez-vous aussi quand il y a près de 60 ans, on traitait de fou Lévesque et son projet de mise en oeuvre d'une certaine entreprise d'état. Ou encore Pariseau quand il obtint que le Québec puisse gérer à sa façon (avec ses propres forces et ses faiblesses ) NOTRE Caisse de Dépôt. Puis après si vous avez toujours des réserves ou même encore de complets désaccords, merci à l'avance de nous servir un argumentaire digne de vos capacités.

    • Daphnee Geoffrion - Inscrite 13 février 2021 09 h 44

      Pourquoi pas?
      Vous savez il y a même des gens qui parlent 3 langues dans la vie..voir 4!! Je pense que 2 au Qc c'est un minimum et c'est très atteignable comme objectif, suffit de vouloir un peu, en français ou en anglais l'immersion n'est jamais bien loin à Mtl, ceux qui ne sont pas bilingue sont irrespectueux et abusent de la confiance des francophones..

    • Jean Richard - Abonné 13 février 2021 10 h 24

      La revanche des berceaux ? Il fut une époque où ça donnait des résultats, dans les régions rurales surtout, où les curés étaient écoutés. Mais en ville ?
      Un bébé ne vient pas au monde en sachant parler. Il faut le lui enseigner et ça, c'est le travail de toute une vie. Vous pouvez toujours gaver de bonbons M. Bouchard et Mme Tremblay pour avoir mis douze enfants de plus sur la planète, ça ne changera pas grand chose si les petits Bouchard-Tremblay sont scolarisés en anglais, sont noyés dans la culture anglophone et vivent dans un milieu où la langue anglaise est survalorisée et pire, où le français est perçu comme un calvaire.
      Par ailleurs, n'en déplaise à certains, le Québec, comme bien des états ailleurs sur la planète, possède une métropole, lieu de convergence, convergence économique, convergence culturelle, convergence sociale... Cette métropole, elle s'appelle Montréal et, signe du déclin, cette métropole se réanglicise plus que jamais, ne pouvant plus jouer son rôle face au reste du Québec. Une ville anglophone peut-elle être la métropole d'un état francophone ?
      L'intense spéculation sur l'immobilier résidentiel a créé un effet centrifuge sur Montréal. Les uns derrière les autres, certains quartiers jadis peuplés par des familles se sont embourgeoisés, chassant ces familles qu'on prétend vouloir retenir. Mais malgré tous les timides efforts pour améliorer la qualité de vie en ville, un incontournable s'est affirmé : plusieurs familles ont déserté la ville, le prix excessif des loyers les rendant incaccessibles à la majorité. Or, se pourrait-il que ces exilés qui se sont enfuis vers la banlieue (surtout) ou les régions (nouvelle tendance) soient majoritairement des francophones ? La banlieue telle qu'on la connaît au Québec est une forme d'assimilation culturelle. Elle mise sur l'individualisme en favorisant le modèle bulle de la famille, une proie toute désignée pour les Netflix et Amazon, à quoi s'ajoutent comme lieux de convergence les Costco-Walmart.

    • Jean Richard - Abonné 13 février 2021 10 h 48

      L'exode

      À ce qui précède il faut ajouter un point important, la pandémie. Cette pandémie s'est accompagnée d'une nouvelle croyance, celle qu'on peut vivre à distance les uns des autres, confiant nos liens de communication à ce grand réseau qu'est internet. La convergence rendue possible par ce relativement nouveau médium en est une pratiquement dépouillée de tout repère géographique.
      Dit autrement, on en est venu à croire que grâce à la vie virtuelle, il n'était plus nécessaire de préserver les limites géographiques actuelles, en particulier celles de la métropole. Le mythe du télétravail, où les contacts sociaux sont réduits en deça d'un minimum souhaitable, a été à l'origine d'une nouvelle vague de désertion des villes principales. Cet exil du télétravail contribue soit à l'étalement urbain, un désastre environnemental, soit à des conflits entre les élus municipaux, les promoteurs et la population (comme à Neuville).
      Se pourrait-il que ces exilés du télétravail soient majoritairement des francophones ? Il semble que oui. Et comme Montréal s'approche du point de rupture, ce n'est qu'une question de mois avant que Montréal ne soit plus majoritairement francophone.
      Montréal se vide de ses francophones, mais Montréal se vide-t-elle pour autant ? Non ! Malgré un centre-ville temporairement condamné à l'inactivité, Montréal est restée fonctionnelle. Étrangement, l'immobilier n'a pas fléchi. Étrangement ? Peut-être pas car le vide créé par les exilés francophones sera peut-être vite comblé une fois la pandémie derrière nous. Et ce vide ne sera pas comblé par des francophones. Il y a des pays où le niveau de vie a rapidement progressé, mais qui font face à la surpopulation. Si le ralentissement de la métropole ne semble guère inquiéter les milieux financiers, c'est peut-être un signe que Montréal pourrait devenir un deuxième Vancouver... Le français n'y sera plus utile. Il vaudra mieux apprendre le mandarin.

    • François Beaulne - Abonné 13 février 2021 10 h 50

      <Au bout du compte, la démographie est toujours le facteur déterminant pour la survie et la vitalité d'une société>. Soit. Vous n'inventez pas la roue. Mais quand la démographie linguistique d'une société qui n'a pas de statut souverain est menacée de l'extérieur par des carcans linguistiques qui lui sont imposés par des gouvernements exogènes, comme c'est présentement le cas du Québec par rapport au fédéral; quand cette même société est confrontée par une attrition des sa majorité linguistique par des forces extérieures qu'elle ne contrôle pas entièrement, comme les flux migratoires; quand cette société est constamment bombardée par une programmation audio-visuelle dans une langue étrangère qui, de surcroît se trouve à être la langue du pays voisin, le plus influent de la planète,, il ne reste plus grand marge de manœuvre que des mesures radicales, et en profondeur, pour renverser l'assimilation.

      Une première tentative en ce sens fut, dans les années passées, l'approche de la <revanche des berceaux>avec les résultats éphémères et peu concluants que l'on connaît, ici comme d'ailleurs dans d'autres pays occidentaux où elle fut essayée.
      Faute de disposer de tous les leviers d'un État souverain, un État fédéré, comme le Québec, n'a d'autre option que de se replier sur des mesures linguistiques fortes qui rendent l'usage de sa langue incontournable comme langue de communication commune, de travail, et d'intégration sur son territoire.

    • Michel Lebel - Abonné 13 février 2021 10 h 59

      @ Dominique Boucher,

      Qu'est-ce qu'il y a de mauvais en soi pour un gouvernement de mettre de l'avant une politique nataliste pour sa majorité? Celle-ci me paraît essentielle pour la vie et survie de la nation québécoise. Inutile de se mettre la tête dans le sable et il faut ici parler clairement: une nation qui n'arrive pas à se reproduire est condamnée à mourir... ou à devenir autre. C'est ce qui se passe présentement dans bien des pays occidentaux. Il faut assumer les conséquences de ses choix! On ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre! Tout est question de choix et de temps.

      M.L.

    • Serge Lamarche - Inscrit 13 février 2021 15 h 07

      D'accord avec m. Lebel. C'est ce que je continue à dire aussi. Faire des bébés français a donné la révolution tranqille. Faut refaire ça. La politique ne peut pas faire grand chose par elle-même.
      Quoique les cours de français langue seconde pourraient être obligatoires dans tous les collèges et universités.

    • Patrick Boulanger - Abonné 13 février 2021 15 h 59

      Je ne sais pas si je suis d'accord avec M. Lisée, mais l'un n'empêche pas l'autre M. Lebel : démographie + cégeps et immigration francophone.

    • Sylvie Demers - Abonnée 13 février 2021 19 h 39

      @ M.Lebel....vous êtes père de combien d'enfants...?!?

    • Patrick Boulanger - Abonné 13 février 2021 19 h 54

      @ M. Lamarche

      Libre à vous de ne pas vouloir vous appuyer sur la politique pour redresser la situation, mais vous faites fausse route en prétendant qu'elle ne peut pas faire grand chose. Pensez-vous réellement que la Loi 101 a été incapable de faire grand chose au Québec par rapport à la langue de Molière?

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 14 février 2021 02 h 38

      Bonsoir M. Lebel,

      Je n'ai aucun problème à parler ou à entendre parler de politique de natalité. Pourquoi pas ? Et de ce côté-là, faut tout de même considérer l'héritage laissé par Mme Marois lors de la mise en place du réseau des Centres de la Petite Enfance, unique au sein du plus meilleur pays au monde.

      En ce qui me concerne, voici les passages que ne trouve pas pertinents dans votre texte :

      - "la pensée plutôt simpliste du chroniqueur Lisée" : L'idée que le chroniqueur nous soumet maintenant est peut-être "simple" à comprendre, mais la pensée qui sous-tend cette idée ne peut sûrement pas être qualifiée de simpliste.

      - "aussi bien abolir non seulement les cégeps anglophones mais aussi les universités anglophones!!" : comme je vous le suggère un peu plus haut, il faut bien prendre le temps de lire la proposition et particulièrement ce passage : "au Québec, tous les étudiants, de toutes les langues et de toutes les origines doivent faire et réussir leur cégep en français." Il ne s'agit donc pas d'abolir quoique ce soit, mais d'ajuster la mission et son cadre de déploiement pour l'ensemble des sites d'enseignement supérieur du Québec. Un changement de paradigme comme on dit en bon chinois.

      - "C'est par une démographie nettement plus forte des francophones et non par l'immigration et l'éducation supérieure que le Québec peut espérer vivre pleinement en français." : Moi je veux bien que les québécois "fassent des p'tits, mais je ne crois pas qu'en 2021, il faille espérer que ce sera la meilleure source d'espoir pour vivre pleinement en français au Québec.

    • Denis Forcier - Abonné 14 février 2021 13 h 16

      Je vous rappelle monsieur Lebel que la revanche des berceaux ne se reproduira pas. C'était le discours de l'Église catholique au 19ie siècle . Et ça marché, mais souvenez-vous qu'en 1900, il y avait au Québec 1 milion de canadiens-français et qu'un autre milion avait déjà levé les pénates pour se réfugier aux États-Unis faute de moyens de subsistance décents ici chez-nous. Les Québécois ne joueront plus dans ce film. C'est pourquoi, il faut envisager le contrôle de l'immigration pour que celle-ci soit française au point d'entrée.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 février 2021 16 h 57

      M. Forcier, vous signalez à justes propos l'immigration de Canadiens vers les États-Unis.

      Les motifs furent : 1) le surpeuplement dans les seigneuries dont la création de nouvelles fut bloquée et 2) le refus des entrepreneurs britanniques de les embaucher à Montréal et Québec, préférant recourir à l'immigration irlandaise et écossaise afin d'augmenter la présence anglaise dans la section est du Canada-Uni après l'éradication des Patriotes en 1838 et dans la province de Québec après 1867 alors que le clergé catholique pronaît la revanche de berceau pour assurer son emprise politique sur les Canadiens. Après 1880, il s'associa à la colonisation de territoires où s'implantaient des entreprises britanniques et américaines, leur fournissant une main-d'oeuvre pour tirer avantage des ressources naturelles.

      Les Deux Guerres mondiales ont engendré une nouvelle conscience qui a conduit à la Révolution tranquille et à une approche différente de la natalité.

    • Serge Lamarche - Inscrit 14 février 2021 21 h 50

      À m. Boulanger et autres au sujet de la natalité.
      La loi 101 a eu un effet justement parce que les francophones avait une raison de l'exiger vu leur nombre accru par la natalité.
      La natalité s'est réduite subitement avec l'avènement de la pilule. La seconde guerre mondiale a fait augmenter le taux de natalité car il fallait remplacer les morts. Le fameux «baby boom».
      Et d'accord avec m. Bariteau qui explique les raisons politiques anti-françaises communes du temps qui ont forcé nos ancêtres aux États-Unis qui étaient ouverts à l'époque. Ils avaient des écoles françaises aux États-Unis. Les guerres mondiales ont aidé les États-Unis à les éradiquer.
      Les anglais ont utilisé tous les moyens qu'ils avaient pour anéantir les français sans les tuer directement. Mais aujourd'hui, de telles méthodes pour reprendre du terrain ne seraient pas acceptables. La démocratie est arrivée juste à point pour consacrer les anglais dans leur hégémonie. Mais quand on regarde les chiffres, les vrais anglais et orangistes anti-français sont devenus une infime minorité. Il n'y a pas vraiment une supériorité naturelle de l'anglais qui avale tout. C'est le fruit de siècles d'efforts de leur part.

    • Emmanuel LYNG-SABATIER - Abonné 15 février 2021 00 h 35

      La démographie francophone est à prioriser.

      Dans les faits, cela signifie accepter seulement une immigration francophone mais qui doit être multilingue, dans de nombreux secteurs sans une connaissance de l'anglais, ils n'auront pas de travail. Regarder les informations sur les langues de statisques canada, et vous comprendrez pourquoi nous ne pourrons accepter que des immigrants provenant de pays latins, d'afrique francophones, et de pays francophiles asiatiques comme la VietNam et le Liban. Plus de 90% des immigrants provenant de pays de langue germaniques (anglais, allemands, flamands, hollandais, etc...) ainsi queles pays de langues slaves, seront anglophones quelquesoit l'endroit où ils habitent au Canada.

      Certes, il faut favoriser une politique familiale mais à condition que l'État communique seulement en français sinon Montréal anglicisera tout ce beau monde. Il faudra revoir la fiscalité des familles, un enfant en garderie coûte 10000$/an, vous en voulez trois, cela coûtera 30000$/an + une voiture avec des coûts de 10000$/an. Le revenu médian au Québec tourne autour de 45000$ brut. Là, il y a un gros problème financier à moins que l'homme ou la femme soit au foyer le temps que les enfants entrent tous en primaire.
      Une solution pour aider serait de créer des école maternelles pour les 3-5 ans, cela ferait deux années d'économie en garderie, pour cela il faudrait transformer tous les CPE en écoles maternelles. Il restera le problème de former des enseignantes, parce que les hommes désertent l'éducation et qu'un homme en maternelle c'est très mal vue par les mères.
      Les garderies s'occuperont donc des 0-36 mois, et il faudrait le laisser en privé mais en les conventionnant et en les subventionnant, c'est à dire créer un programme universel qui permettrait aux enfants de rentrer dans de bonnes conditions à l'école maternelle.

      Dernier problème, franciser le monde du travail, en obligeant tous les travailleurs à maîtriser le français, c'est un grand chantier.