Les 15$ l’heure de Biden

Le rapport du Bureau du budget du Congrès (Congressional Budget Office, ou CBO, en anglais) conclut à un effet global bénéfique d’un salaire minimum fédéral passant à 15 $US l’heure. Et le projet Biden prévoit une hausse de plus du double en quatre ans.

Présentement à 7,25 $US l’heure, le salaire minimum fédéral passerait à 9,50 $US le 1er juin, pour atteindre graduellement 15 $US en juin 2025 et être ensuite indexé annuellement selon l’augmentation du revenu médian de tous les employés, projette le président démocrate Joe Biden. À 7,25 $US, il est inchangé depuis 2009, son pouvoir d’achat ayant subi l’érosion de l’inflation depuis.

Dans son analyse du projet de loi déposé au Sénat, le Congressional Budget Office estime que, de 2021 à 2031, la paie cumulative augmenterait de 333 milliards $US. L’organisme non partisan projette une progression de 509 milliards pour les personnes voyant leur salaire augmenter, duquel cumulatif il faudrait déduire 175 milliards liés aux pertes d’emplois potentiellement provoquées par la hausse projetée du salaire minimum. Car le CBO retient l’hypothèse de pertes d’emplois inhérentes à une augmentation du salaire minimum. Or le lien de causalité entre diminution du nombre d’heures travaillées, pertes d’emplois, voire réduction de la fréquentation scolaire découlant d’une hausse, même prononcée, du salaire minimum reste à documenter sans équivoque.

Le CBO avance le chiffre de 1,4 million de pertes d’emplois d’ici 2025, la moitié des travailleurs concernés allant même jusqu’à se retirer de la force de travail. À l’opposé, la mesure améliorerait le salaire de 27 millions de personnes, dont 17 millions qui auraient été autrement rémunérées sous les 15 $US l’heure en 2025, et sortirait quelque 900 000 personnes de la pauvreté. Bref, sur une base purement mathématique…

Une trentaine d’États et le district appliqueraient actuellement une politique de salaire minimum plus élevé, indexé à l’inflation dans plus de la moitié d’entre eux. Mais cinq États du Sud (Alabama, Louisiane, Mississippi, Tennessee, Caroline du Sud) n’ont pas défini de salaire minimum, tandis que la Géorgie et le Wyoming l’ont fixé à 5,15 $US l’heure. Le taux de 7,25 $US concerne au total 21 États, lit-on dans le quotidien français La Croix.

Le rapport du CBO évoque la classique répercussion sur les coûts transférée au prix et entraînant une baisse de la demande, voire aussi un recours accru à l’automatisation, pour appuyer son argumentation de pertes d’emplois. Des effets plus que contrebalancés toutefois par l’augmentation de la consommation de produits de base et de dépenses discrétionnaires découlant de salaires plus élevés dans un segment de la population dépensant une plus grande partie de leur revenu.

Enfin, le CBO chiffre l’impact sur le déficit budgétaire à 54 milliards sur 10 ans, une goutte d’eau par rapport au déficit attendu cette année de 3300 milliards et de celui de quelque 980 milliards avant la pandémie. Un impact atténué par une augmentation des entrées fiscales, amplifiée par un déplacement des dépenses gouvernementales des programmes de protection sociale vers ceux de la sécurité sociale.

Le Washington Post a déjà recensé diverses études mettant en évidence les bénéfices sociaux associés à une augmentation substantielle du salaire minimum : hausse des dépenses des ménages et de la productivité du travail, diminution de la pauvreté, baisse des taux de suicide et des récidives chez les personnes ayant commis des actes criminels, meilleure rétention du personnel… peut-on lire.

Inspiration pour le Québec

 

Le Québec, qui cible un ratio de 50 % entre le taux général du salaire minimum et le salaire horaire moyen, pourrait s’inspirer de Joe Biden. Avec un taux horaire devant passer à 13,50 $ en mai, le salaire minimum poursuit tout au plus son rattrapage avec une hausse de 3,1 % par rapport à mai 2020, qui s’ajoute à une croissance annuelle moyenne de l’ordre de 5 % depuis 2017. On parle d’un rythme accéléré dont la pertinence était validée par une conjoncture économique prépandémie favorable et par la vigueur du marché du travail. Ce rythme succédait à des taux de croissance sous les 2 % témoignant d’un salaire minimum ayant fait du surplace sur une quarantaine d’années lorsque calculé en dollars constants, a déjà conclu Statistique Canada. Il a déjà été écrit qu’avant 2017, tout au plus le pouvoir d’achat de ces salariés avait-il été protégé lorsque mesuré selon l’indice des prix à la consommation, mais appauvri lorsqu’on y greffe l’impact de la hausse des taxes et des tarifs.

Là encore, si la poussée des dernières années se traduit par un accroissement réel du pouvoir d’achat, on se réfère alors souvent à un panier de consommation se collant aux besoins essentiels, a déjà indiqué la Chaire de recherche de l’Université de Sherbrooke. Et nous sommes encore loin du concept plus subjectif de revenu viable défendu par l’IRIS.

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