Espérances pour enseignants à bout

La pandémie est passée dans nos vies et on a souvent oublié bien des choses d’avant qu’elle ne saccage à peu près tout.

L’une d’elles, en éducation, mais que nous rappelait judicieusement Marco Fortier dans un récent texte, est cette promesse de la CAQ, très haut placée sur l’échelle de ce qu’elle entendait accomplir, de valoriser la profession enseignante. Il y avait, à ce sujet, et il y a toujours, une grande urgence.

Pour de nombreuses raisons, dont plusieurs sont bien connues, enseigner est devenu une tâche lourde, complexe, difficile et trop mal rémunérée — les salaires des enseignants du Québec les plaçaient en 2019 bons derniers au Canada. Une tâche si exigeante en fait qu’on parlait, depuis quelques années déjà dans la littérature spécialisée, de désertion professionnelle pour décrire ces enseignants qui, durant les premières années de leur carrière, quittaient le métier pour lequel ils et elles avaient pourtant été formés. Il semble que cette situation ait empiré et qu’on assiste en ce moment à un nombre plus élevé encore de démissions.

J’ai donc eu l’idée de demander à des enseignants (mes proches, des connaissances et des abonnés sur les médias sociaux) ce qui, à part le salaire, pourrait selon eux rendre plus facile et plus agréable l’exercice de leur profession.

J’ai reçu un très grand nombre de réponses. Sans prétention scientifique et en m’excusant par avance de ne pouvoir tout rapporter, en voici quelques-unes.

Vous le verrez : le travail ne manque pas.

Des idées, en vrac

On me parle beaucoup de la vétusté des immeubles, laquelle est, en ces heures, rendue plus manifeste encore par les problèmes de ventilation des classes. On me parle aussi du manque de locaux appropriés pour certains cours, comme les arts et la musique.

On me raconte qu’on manque trop souvent de ces indispensables ressources spécialisées — comme des bibliothécaires, des orthophonistes, des psychologues. Une enseignante me raconte : « J’enseigne en sixième année. J’ai vingt-six élèves dans ma classe, dont onze avec un plan d’intervention. J’ai très peu d’aide et je n’arrive tout simplement pas à faire correctement mon travail. »

Le tragique manque de nourriture (pour le déjeuner ou le dîner) est rapporté dans certains milieux, pour lesquels on demande des assouplissements et des ressources. Là, mais aussi en d’autres endroits, on rappelle le problème du coût excessif, pour des parents, du matériel scolaire qu’ils doivent acheter. Les effets de la concurrence avec le privé sont soulevés, aggravés par le fait que celui-ci n’est pas obligé d’accepter tous les élèves.

Mais on avance aussi des solutions et je ne voudrais surtout pas les passer sous silence. En voici un échantillon.

Faciliter l’arrivée dans la profession par des tâches plus légères et par l’accompagnement par un mentor ; penser à des manières de concilier famille et travail ; faciliter l’accès à un poste pour certaines catégories d’enseignants pour lesquels c’est plus difficile ; prendre en compte l’importance relative que prendra la correction dans la définition de la tâche — elle n’y prend pas la même place et ne demande pas le même temps pour qui enseigne le français et pour qui enseigne l’éducation physique ; ouvrir la possibilité (quand on ne sera plus en situation de pénurie…) de ne pas travailler à plein temps.

Dans une perspective plus large et plus institutionnelle, certains évoquent la création d’un ordre professionnel ; d’autres demandent un conseil des enseignants, qui porterait leur voix auprès du gouvernement, mais à l’écart du discours et des préoccupations syndicales, et indépendamment de lui.

Se préparer à enseigner

J’ai été frappé du nombre non négligeable de personnes qui rappellent l’importance de bonifier la formation des enseignants, leur formation disciplinaire et leur formation en matière de pédagogie, et qui font état de leur déception quant à leur propre formation. J’estime que toute valorisation de la profession devra passer par là, par la bonification de cette formation initiale et de la formation continue, qui ferait que la préparation à l’exercice de ce métier serait quelque chose d’exigeant, transmettant des savoirs importants et prenant appui, là où ce doit l’être, sur des données probantes. Les personnes ainsi formées jouiraient ensuite d’une grande autonomie professionnelle et d’une grande reconnaissance sociale.

Au risque de me répéter, il ne revient à personne en particulier et à aucune instance actuellement en place de décider de ce qu’il convient de faire : seule une vaste et sérieuse consultation permettrait de dire ce que collectivement nous voulons et les moyens que nous estimons devoir mettre en place pour ce faire.

Mais je tiens à le dire : à mes yeux, il s’agit ici d’une urgence nationale. Après tout, comme le disait mon cher Bertrand Russell, les enseignants sont les gardiens de la civilisation. Penser à tout ce qu’on leur demande ; les préparer comme il convient pour cette immense tâche et leur donner les moyens de l’accomplir témoignent du prix que nous accordons au savoir qu’ils transmettent, à l’autonomie des personnes qu’ils contribuent tant à faire advenir et au futur citoyen qu’ils forment : bref, à bien des choses essentielles à une certaine et haute idée de la civilisation.

Bonne Semaine des enseignantes et des enseignants !

26 commentaires
  • Jean-François Fisicaro - Abonné 6 février 2021 08 h 15

    Une idée de plus comme ça ...

    L'éducation est un sujet qui me semble d'une importance indéniable, fondamentale ajouterais-je !

    Il y a déjà un certain temps que je n'ai pas entendu de bruit au sujet de la fameuse question "public ou privé ?". Le concept suggéré ici pour y répondre est par ailleurs des plus simples.

    En avant-propos, j'oserais affirmer que les dirigeants des institutions privées du Québec devraient être extrêmement reconnaissants envers le peuple et le gouvernement québécois pour toutes ces décennies où la majorité d'entre elles ont été et sont toujours subventionnées à fort taux par les impôts publics de tous les citoyens du Québec.

    En faisant l'état des lieux, j'en conclus que cette vieille façon de faire est désuète depuis un certain temps et s'avère un contre-sens à sa face même de la notion d'institutions publiques.

    L'école privée, confessionnelle ou non, devrait de nos jours être financée en appliquant le qualificatif qui lui est accolée, à savoir de manière privée. En fait, c'est carrément honteux d'entendre une certaine élite nous rabâcher "qu'une chance qu'il y a le privé pour rehausser le niveau ...". Hein ? Sérieux ! Avec toutes ces ressources détournées à votre profit, vos osez regarder le système public de haut, vous targuant d’être plus performants, plus inclusifs, « plusse toute » ! Comme le dit mon plus jeune parfois par texto : WTF !!!!

    Il est évident et surtout bien plus cohérent que toutes ces sommes publiques actuellement détournées vers des intérêts privés reviennent à ses ayant-droits, à savoir les étudiants de l'éducation publique, de la maternelle aux instituts supérieurs, tous présents d’ailleurs au Québec, pour le bénéfice de tous. Du rapatriement de ces ressources, il faut s’organiser pour redonner l'amour et la reconnaissance que notre système d’éducation public mérite et dont il est « privé » depuis trop longtemps : services spécialisés aux élèves, rémunération des profs, mise à niveau des infrastructures. Vu que les chantiers ne manquent pas ...

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 09 h 32

      En Ontario, où le privé n’est pas subventionné, 5 % des enfants au secondaire privé. https://www.ledevoir.com/opinion/idees/557277/financement-public-des-ecoles-privees-mauvais-calculs
      https://www.ledevoir.com/societe/556155/faut-il-crucifier-l-ecole-privee

      Mais le débat doit s’élargir. Depuis plus ou moins 25 ans, les écoles publiques ont installé des programmes particuliers pour contrer l’exode vers le privé. Le résultat de tout ça :1- dans certains milieux défavorisés, vous y trouvez des écoles/ou classes ghettos. 2-La classe ordinaire est plus qu’ordinaire. Elle est *extraordinaire*!

      Je vous donne un exemple. Dans ma région, il y a petite municipalité de 10 000 âmes.S’y trouvent une école secondaire publique et un collège privé. Un autre collègle privé renommé, non loin, a un autobus scolaire qui passe ramasser de ses étudiants. Et cette école publique perd, aussi, des étudiants qui s’en vont suivre des programmes particuliers, dans des écoles secondaires publiques siuées au centre régional.

      Quand,en automne, paraît l’étude de l’Institut Fraser sur le classement des écoles secondaires suite aux résultats aux examens du Ministère, je vais regarder le classement de cette école. Elle se situe régulièrement dans les dernières au niveau provincial.
      A titre d’exemple. En 2017, dans cette école publique, on notait un taux d’échecs de 39%; 31% des élèves avec des retards; 42% des élèves EHDAA… Par contre, à l’école privée renommée, non loin : 5 % d’échecs; 2% de retards et 11 % EHDAA.

      Moi, je pense que notre société doit prendre le temps de revoir son système d'éducation. Oui, à une Commission Parent no 2! Au plus vite!

    • Cyril Dionne - Abonné 6 février 2021 09 h 46

      D’accord avec vous en partie M. Fisicaro que l'école privée, confessionnelle ou non, devrait de nos jours être financée par ceux qui la fréquentent à 100%. Ceci dit, au point de vue fiscal, ceux qui envoient leurs enfants dans de telles institutions, pourraient déduire les montants en totalité sur leurs impôts. Ceci dit, préparez-vous à augmenter le budget de l’éducation de 20 à 25%. Il y aura un manque à gagner et de nouvelles écoles devront être construite. Mais je ne suis pas d’accord avec les études postsecondaires gratuites. Elles le sont presque maintenant parce que les étudiants ne paient que 10% tout au plus du coût de leurs études.

      Là où je décroche, c’est de bonifier la formation des enseignants, leur formation disciplinaire et leur formation en matière de pédagogie. Pardieu, comme enseignant, il n’y a rien de nouveau sous le soleil qu’on peut apprendre dans des cours théoriques qui souvent ne reflètent pas la réalité scolaire. Mes études en éducation ne m’ont jamais servi. Une semaine de suppléance dans une école équivaut à une année en sciences de l’éducation. Pardieu, augmenter les salaires des enseignants et vous aller attirer de meilleurs candidats dans cette profession. Idem pour la création d’un ordre professionnel. Nous en avons un en Ontario et c’est une bureaucratie complètement inutile qui ne sert absolument à rien à part de poster les qualifications des enseignants sur un site. Vous pouvez même y consulter mon cheminement éducatif puisque c’est ouvert au public.

      Là où je suis totalement d’accord pour les solutions apportées, c’est la demande d’un conseil des enseignants, « qui porterait leur voix auprès du gouvernement, mais à l’écart du discours et des préoccupations syndicales, et indépendamment de lui ». Un des problèmes marquant en éducation au Québec, ce sont les syndicats qui font de la politique au lieu de s’en tenir à l’éducation. Ils parlent d’une grève présentement en pleine pandémie. C’est très futé comme approche (not).

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 13 h 26

      Hanna Arendt écrivait, en 1972, que notre société vit une crise de la tradition et de l’autorité. Cela se vit avec l’école. Notre société vit une espèce d’érosion sociale : dislocation de la famille; % de plus en plus élevé cas référés à la DPJ; parents rois et enfants rois .

      « Il faut tout un village pour éduquer un enfant »-proverbe africain-Or, le village s’est de beaucoup rétréci depuis quelque 30-40 ans. Des notions rassembleuses, auparavant, en arrachent : la hiérarchie, l’autorité, le respect, l’ordre. Je trouve qu’on en demande beaucoup à l’école.« Parents essoufflés, enseignants épuisés. Les répercussions sociales d’une éducation trop permissive » : livre écrit par Anne Marie Quesnels, enseignante au privé dans la région de Montréal, depuis 1992.

      Tout cela fait en sorte que c’est de plus en plus difficile d’enseigner. Pourquoi si peu de jeunes se dirigent vers l’enseignement? Pourquoi peu d’excellents élèves au cégep se dirigent vers cette carrière? Pourquoi trop d’enseignants décrochent dans les 5 premières années?
      Imaginez que vous enseignez, au secondaire public, dans une classe *ordinaire*( une fois l’écrémage fait, par le privé et le privé du public) , en milieu défavorisé! Et rajoutez en pandémie! Cela signifie avec un % élevé d'élèves avec des retards et un % élevé d'élèves ayant des problèmes d'apprentissage ou d'adaptation.

      En conclusion. Oui, à une Commission Parent no 2 qui va prendre le temps d’écouter, analyser le système scolaire de 2021.Et, bien sûr, à l’ordre du jour :la formation des profs!

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 6 février 2021 16 h 58

      M. Grandchamp: Pour ce qui est de laisser un financement à 5% à l'école privée comme chez nos voisins ontariens, je ne suis pas nécessairement contre. Ma principale préoccupation est de rapatrier des ressources publiques qui doivent être consacrées à notre système public.

      M. Dionne,

      -Pas de problème pour un volet fiscal. d'ailleurs en principe les REEE servent justement à ça. alors même pas besoin de se casser la tête à ajouter un nouveau crédit ...

      - Puis vous dites : "Mais je ne suis pas d’accord avec les études postsecondaires gratuites". Pas nécessairement moi non plus, vu que je ne l'ai même pas évoqué dans ma proposition. D'ailleurs, je considère que pour le moment, les frais collégiaux et universitaires du réseau public restent accessibles, d'autant plus dans un contexte où le programme des prêts et bourses vient appuyer le tout. Et puisqu'il y a des écoles privées de niveau primaire, secondaire et collégial, je suggère que les ressources financières ainsi rapatriées à l'endroit où elles appartiennent seraient plus ou moins maintenues aux mêmes niveaux.

      - Puis plus loin, vous dites aussi : "Là où je décroche, c’est de bonifier la formation des enseignants, leur formation disciplinaire et leur formation en matière de pédagogie." Ici non plus, on en jasera pas longtemps vu que je n'ai pas abordé cet aspect non plus. Peut-être répondez-vous ainsi à un autre commentaire.

      - Je souris tout de même peu en lisant votre conclusion où vous dites qu' "Un des problèmes marquant en éducation au Québec, ce sont les syndicats qui font de la politique au lieu de s’en tenir à l’éducation". Là-dessus, M. Dionne, je reconnais bien là le Franco-Ontario en vous. Ce n'est pas un problème en soi, c'est plutôt un trait de caractère. Et quand on doit faire affaires avec le gouvernement québécois, ce n'est généralement pas par choix qu'on fait alors de la politique ... j'imagine que de temps à autre, ça se produit aussi dans votre coin de pays.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 19 h 48

      M. Fisicaro. Attention: "En Ontario, où le privé n’est pas subventionné, 5 % des enfants au secondaire privé.".

      Selon le Conseil supérieur de l'Éducation, environ 40% des élèves seraient au privé, au secondaire, à Montréal. Ici, dans mon coin de pays, j'ai étudié cela: environ 22%.

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 7 février 2021 03 h 06

      Merci pour la précision. Donc vous me confirmez qu'en Ontario, école privée => subventionnée à 0%

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 février 2021 09 h 48

      "Le système québécois d’éducation est un des plus inégalitaires au Canada, entre autres à cause de la place importante de l’école privée — 21,5 % des élèves québécois vont au privé, comparativement à 7,8 % pour l’ensemble du Canada. Au secondaire, quatre élèves sur dix fréquentent l’école privée à Montréal (39 %) et à Québec (42 %). "
      https://www.ledevoir.com/societe/education/516933/education-les-devoirs-du-ministre-proulx

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 février 2021 12 h 31

      En complément sur "l'érosion sociale" qui fait en sorte que "le village* s'est affaibli: ce qui rend la tâche du prof moins aisée.

      Le chroniqueur nous rapporte une affirmation d’un enseignante : « J’enseigne en sixième année. J’ai vingt-six élèves dans ma classe, dont onze avec un plan d’intervention. Ça, le j’ai entendu combien de fois de la part de profs au public ces dernières années!!! Ce me préoccupe BEAUCOUP:de plus en plus d’enfants nous arrivent à l’école avec des problèmes d’adaptation ou d’apprentissage :EHDAA. Pourquoi?

      « La population d’élèves déclarés comme étant EHDAA (élèves handicapés avec des difficultés d’adaptation et/ou d’apprentissage) a connu une hausse importante passant de 13,6% en 2002-2003 à 21,6% en 2015-2016, selon le Conseil supérieur de l’éducation (CSE). (….) une augmentation de 410% des troubles envahissants du développement; 252% pour la déficience langagière et 163% pour les troubles relevant de la psychopathologie. » https://journalmetro.com/actualites/national/2415106/ehdaa/

      « Dans les écoles publiques de Québec, près de la moitié des élèves à la fin du primaire sont à risque d’échec ou en difficulté et ont besoin d’une aide supplémentaire pour réussir, selon les enseignants interrogés dans le cadre d’une enquête inédite. »
      https://www.journaldequebec.com/2016/11/21/les-eleves-reguliers-de-plus-en-plus-rares

      « Les écrans, tels que nous les utilisons à l’heure actuelle, c’est-à-dire abusivement, ne sont pas étrangers, selon le consensus scientifique, aux retards langagiers et au déficit d’attention de trop de jeunes ainsi qu’aux problèmes de sommeil, d’anxiété et de sédentarité des gens de tous âge » https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/592467/essai-pandemie-d-ecrans

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 7 février 2021 20 h 03


      En résumé, MM. Grandchamp et Dionne. on peut affirmer sans se tromper que nous n'avons pas lésiné sur les détails. Merci pour avoir aussi richement alimenté ce fil à partir d'une idée comme ça ...

      Dans mon cas je résumerai nos échanges par un p'tit Rap de mon cru ! Cela va comme suit :

      "J'aime mon Privé, Yéh !! "
      "Mais pas quand qu'y prive de fonds mon Public ! Nik, nik !!

      Ne vous « privez » surtout pas pour nous en pondre un si ça vous le dit ...

  • Pierre Pelletier - Abonné 6 février 2021 08 h 45

    Reprendre son souffle !

    Bravo monsieur Baillargeon,
    Avez-vous envoyé cette chronique au ministre de l’éducation ?
    Quand vous parlez de faciliter l’arrivée dans la profession par des «tâches plus légères», vous touchez à un point très délicat, c’est-à-dire la fameuse répartition des tâches. Je crois que les enseignant-e-s devraient créer une meilleure solidarité afin de mieux accueillir leurs nouveaux collègues et leur donner le temps de reprendre leur souffle.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 6 février 2021 09 h 09

    L'autre bout

    De l'autre bout de la lorognette, celle du citoyen, voici ce que j'aimerais quant à la bonification de la formation: former à la neuro-pédagogie, c'est-à-dire, montrer à montrer à apprendre à apprendre; montrer à penser; enseigner en fonction des sortes d'intelligences; enseigner l'efficience cognitive.

    • Cyril Dionne - Abonné 6 février 2021 13 h 56

      On appelle cela les intelligences multiples d'Howard Gardner, c'est aussi enseigné dans les écoles des sciences de l'éducation et on se demande pourquoi.

      Mais tout cela ne fonctionne pas à l'école. Selon Scott McGreal : « La recherche indique que les intelligences multiples ne sont ni indépendantes les unes des autres, ni indépendantes des traits de personnalité. De plus, la plupart d’entre elles sont corrélées avec l’intelligence générale telle qu’on l’entend dans les approches plus classiques »

      Pour la neuropédagogie, tous les enseignants savent que chaque élève apprend de manière différente. Pourtant dans la réalité, les choses n’ont pas beaucoup changé car les enseignants sont contraints par des programmes lourds et ils n’ont pas le temps d’enseigner en utilisant ces huit styles d’apprentissage de Gardner ou l’apprentissage différencié. Aussi, il est aujourd’hui absurde d’évaluer l’intelligence d’une personne à sa capacité de se conformer à un mode de réflexion unaire.

      Et c’est quoi ça concrètement en enseignement, la neuropédagogie et montrer à penser? On apprend tout simplement par le phénomène de la dissonance cognitive lorsque nous sommes confrontés à de nouvelles connaissances. Ce n’est pas facile et c’est épuisant. Ceux qu’on dit intelligents, eh bien, c’est parce qu’ils apprennent plus vite que les autres tout simplement en faisant appel à leur mémoire aléatoire pour résoudre des problèmes à court terme. Et c’est tant mieux si l’élève réussi à domestiquer sa mémoire à long terme (répétition) puisqu’il peut absorber plusieurs faits généraux qui lui sont souvent utiles. Un exemple de ceci, les tables de multiplication parce que l’apprenant les utilise automatiquement lorsqu’il simplifie des équations algébriques.

  • Claude Bernard - Abonné 6 février 2021 10 h 16

    L'incommunicabilité, l'incontournabilité et l'inévitabilité des principes

    Améliorer les performances du navire de ce ministère est un enjeu «périodique» qui devrait nous remplir de stupeur et de tremblements.
    La complexité de la tache, la résistance immanquable et anticipatoire aux changements imposés sans la formation et les ressources minimum, la politisation, la covid, changer de cheval et refaire le carosse au beau milieu de la rivière pendant la crue printanière: il y a là matière à réflexion.
    Certains principes font peut-être concensus chez les «experts»:
    Une réforme majeure ne devrait être envisagée qu'en cas de «catastrophe nucléaire».
    Le mieux est l'ennemi du bien.
    On n'aura jamais une majorité d'enseignantes «au dessus de la moyenne».
    La formation et la sélection des administratrices sont aussi importantes, sinon plus, que celles des enseignantes.
    Dans les sociétés capitalistes les professions sont «valorisées» et «classées» selon le revenu.
    Le privé et le public doivent s'allier dans leur lutte pour la reconnaisance de leur importance par le gouvernement.
    Le choix du ministre devrait faire l'objet de consultations (tant qu'à rêver en couleurs).
    Cette liste peut se poursuivre encore pas mal.
    C'est la base du «repérage incontournable» que les responsables devraient considérer un «préalable».

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 10 h 43

      Quant à moi, comme le rappelle régulièrement le chroniqueur, le Québec est mûr pour Commission Parent no 2. IL faut prendre le temps de réfléchir sur sur plusieurs dossiers. Il faut se rendre à l'évidence: c'est de plus en plus exigeant enseigner, surtout dans certaines classes *ghettos*, dites ordinaires, mais *extraordinaires* ,u public.

      Pourquoi si peu de jeunes se dirigent pas vers l'enseignement?

      Je suis entré en Éducation en 1960: premier prof laïc, au secondaire public, dans une école secondaire de garçons: 8e-9e combinées toutes les matières.J'ai, donc, au cours de ma carrière, vécu les changements positifs, dans la société, grâce à la démocratisation de l'enseignement.

      Mais, on doit prendre un temps d'arrêt, prendre le temps de consulter, d'étudier.Je ne veux pas jeter le bébé avec l'eau du bain; mais il y a des choses à regarder.

      Je vous invite à lire le livre-pamphlet d'un prof de littérature au Cégep Ahuntsic:"Pourquoi nos enfants sortent-ils de l'école ignorants?". IL questionne surtout le français écrit de ses étudiants(orthographe,syntaxe) et la *faiblesse culturelle*, les diffcultés à s'exprimer dans un texte. IL dit que sur un groupe de 40 étudiants, seulement 10% sont capables d'écrire quasi sans fautes.

      Selon lui, à Montréal, la plupart des directeurs, profs, pédagogues du Ministère envoient leurs enfants dans les écoles privées ou les écoles publiques avec des cheminements particuliers. "Ceux qui gèrent, enseignent, travaillent dans le système public, ne devraient-ils pas être fiers d'y(école publique) envoyer leurs enfants?"- écrit Patrick Moreau-

    • Clermont Domingue - Abonné 6 février 2021 15 h 48

      @ monsieur Grandchamp. Quand je siégeais au comité de parents de ma commission scolaire, on m'a demandé pourquoi les enseignants envoyaient leurs enfants à l'école privée. J'ai répondu que c'était parce qu'ils connaissent très bien l'école publique.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 18 h 13

      "IL dit que sur un groupe de 40 étudiants, seulement 10% sont capables d'écrire quasi sans fautes." Sur un texte de quelque 200 mots.

      Il parle ainsi:" Les difficultés que plusieurs d'entre eux( entre le tiers et la moitié) éprouvent à lire et à comprendre un texte simple, ainsi que leur méconnaissanmce abyssale des principes de base de l'orthographie".

      D'autre part, selon lui, nos jeunes se débrouilleraient bien en maths, histoire, géographie.

      Opinion: les médias sociaux fourmillent de textes mal écrits. Or, les jeunes sont friands de médias sociaux. J'ai lu des hispanophones enseignants, en Amérique latine, dirent que c'est la même chose en espagnol.

    • Claude Bernard - Abonné 7 février 2021 09 h 08

      M Grandchamp
      Vos propos m'interpellent.
      Quel est l'état des lieux tel que, je présume, établi par le Conseil supérieur de l'enseignement sur une base régulière?
      Quand la qualité du français écrit des étudiants universitaires fut-elle à son meilleure?
      Comment la mesurer de façon, sinon scientifique, du moins objective?
      Si elle s'est dégradée depuis quelques années, quelle en a été la cause?
      En d'autres mots: comment la courbe de son évolution à la fois quantitative et qualitative se présente-elle?
      De même pour l'état des lieux physiques: c'est-à-dire les structures architecturales, les batiments, la qualité de l'air, la dégradation, les moisissures, les champignons: comment est fait le suivi, par qui, qui en est responsable etc...
      Les structures administratives ont-elles évolué de manière positive ou vers plus de rigidité.
      Les conventions collectives devraient-elles, en elles-mêmes, faire l'objet d'un Rapport Parent III?
      Que de questions dont j'ignore les réponses, qui pourra nous éclairer?
      Ma foi, vous avez raison, un Rapport Parent II le ferait sans doute.

  • Clermont Domingue - Abonné 6 février 2021 10 h 50

    Une famille d'enseignants(tes)

    Nous sommes neuf à vivre et à avoir vécu une carrière d'enseignant (e) Nous avons fréquenté les deux réseaux ,à tous les niveaux ,tant comme bénéficiaires que comme distributeurs de savoir.Grands-parents,parents et petits-enfents, il nous arrivent de parler de l'école.

    ( Nihil novi sub soli) Rien de nouveau sous le soleil , En !964, le Ministère de l'Éducation a remplacé les évêques et les conventions collectives sont arrivées. Telles conventions gouvernent nos écoles depuis lors. À l'époque, j'enseignais le français et le latin. Je trouvais anormal que mon collègue, Jean-Guy, prof de gymnastique, ait le même nombre d'heures d'enseignement que moi. Je m'en suis plaint. On m'a répondu qu'il serait trop compliqué de répartir les périodes d'enseignement selon les matières enseignées...Les profs se sont adaptés.Les rédactions et les dictées sont devenues plus courtes et plus rares. A l'époque, l'argent était devenu plus important que la connaissance de la langue.

    Au collège privé que j'ai fréquenté dans les années 50, mon professeur de latin avait huit heures d'enseignement par semaine,Ça lui laissait le temps de corriger nos thèmes et nos versions. C'était l'époque où des prêtres travaillaient bénévolement à former d'autres prêtres. L'essentiel c'était le Ciel! Puis la révolution est arrivée. Elle a été non violente, mais très profonde parce qu'elle s'est faite dans les esprits.

    Quant au privé, j'ai un faible pour lui parce que les millions que les parents y mettent en plus de leurs taxes et impôts sont bénéfiques pour l'éducation des Québécois. De plus, il m'apparaît qu'il y a plus de flexibilité au privé pour ce qui est de la répartition des tâches.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 14 h 16

      M. Domingue érit:"Au collège privé que j'ai fréquenté dans les années 50". Moi, itou!

      En Ontario, seulement 5% des élèves vont au privé.Il faut revoir notre système. Je n'ai pas de solution magique. Le gros hic, c'est qu'on a créé, au public, des classes "ghettos" et parfois des écoles "ghettos". Ghetto cela signifie: % d'élèves élevé avec retards; % élevé avec élèves ayant des troubles d'apprentissage ou d'adaptation.

      Dans son livre-pamphet," Pourquoi nos enfants sortent-ils de l'école ignorants", le prof de littérature Patrick Moreau, au Cégep Ahuntsic,raconte que les parents des classes moyennes éduquées de la grande région de Montréal envoient leurs enfants au privé "à un coût somme toute modique!".

      IL faut rappeler que, seon le CSE, environ 40% des jeunes sont au privé à Montréal.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 6 février 2021 19 h 01

      « Quant au privé, j'ai un faible pour lui parce que les millions que les parents y mettent en plus de leurs taxes et impôts sont bénéfiques pour l'éducation des Québécois. De plus, il m'apparaît qu'il y a plus de flexibilité au privé pour ce qui est de la répartition des tâches. »

      Quant au privé, il est largement subventionné par nos taxes et impôts. Quant à la flexibilité, c’est bien sûr que c’est plus facile de gérer une école que d’en gérer une faisant partie d’une organisation de 70 écoles. C’est plus facile de gérer votre propriété que d’en gérer
      2 000=une municipalité.

      Moi, j’ai fait carrière au secondaire public. Les subventions des écoles sont basées sur la fréquentation au 30 septembre. Or, si un élève se fait mettre à la porte le 15 octobre, il s’en va où? Au public, qui ne recevra pas la subvention. Si un élève est tannant au public, il s’en va où? Il reste au public.

      A lire la chronique ci-dessous:"Tout ça parce qu’aucun gouvernement n’a osé s’attaquer à l’incongruité des écoles privées subventionnées. Mais un tel débat mettrait fin à la lune de miel de n’importe quel gouvernement. Alors on parle structures. "
      https://www.journaldemontreal.com/2019/11/17/le-faux-debat-des-commissions-scolaires

      A lire, aussi, dans ce journal la lettre de gens compétents sur la fin des ces commissions scolaires.