Chiquer la guenille

Le rôle de l’opposition n’est jamais aussi ingrat que lorsqu’elle se retrouve dans l’obligation de critiquer des décisions du gouvernement qu’elle sait pertinentes et largement approuvées par la population. Au lendemain de l’annonce de l’assouplissement des mesures sanitaires, elle a fait de louables efforts pour y trouver des lacunes, mais certains donnaient plutôt l’impression de chiquer la guenille.

Le prix du meilleur chiqueur revient sans doute au député des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, selon lequel les nouvelles dispositions applicables en zone orange constituent rien de moins qu’une « trahison » envers les régions, dont les efforts ont permis de réduire considérablement, voire d’éliminer, les nouveaux cas de COVID-19. En région comme à Montréal, les Québécois ont hâte de retrouver une vie plus normale, mais il y a là un excès de langage qui est presque risible.

Le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a eu l’élégance de reconnaître que ce « petit déconfinement » constitue une « bouffée d’air frais » que lui-même appréciera, tout en soulignant que les travailleurs de la santé n’auront pas de répit pour autant. Il a cependant poussé le bouchon un peu loin en comparant le refus d’établir des barrages policiers pour empêcher la circulation entre les régions rouges et orange aux interminables tergiversations de Justin Trudeau sur les vols internationaux, mais on ne peut pas empêcher un politicien de faire de la politique.

  

La cheffe du PLQ, Dominique Anglade a choisi un autre angle d’attaque et réclamé que le gouvernement profite de la semaine de relâche pour organiser un « sommet » sur la réussite scolaire. Tous conviendront que la pandémie a mis le réseau de l’éducation à rude épreuve et que les mesures mises de l’avant n’ont pas toujours été adéquates. L’idée n’est pas mauvaise en soi et il faut certainement faire en sorte que les bouleversements de la dernière année ne compromettent pas la suite des choses pour les élèves, mais une crise sanitaire sans précédent est-elle le meilleur moment pour tenir un sommet ? Le bras de fer en cours entre le gouvernement et les syndicats représentant les enseignants, qui envisagent la possibilité d’une grève générale illimitée, n’améliorerait certainement pas le climat.

Mme Anglade a demandé au premier ministre d’intervenir personnellement dans les négociations pour le renouvellement des conventions collectives. « Il n’y a rien de concret à la table de négociation », se désole la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSQ), Josée Scalabrini. Alors que personne ne peut savoir exactement quel sera le coût de la pandémie, cela surprendra-t-il quelqu’un ?

Le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) Sylvain Mallette, a sans doute raison de dire que « le gouvernement se sert de la pandémie pour dire que les coffres sont vides ». Raison de plus pour attendre qu’elle soit passée. Il est évident qu’elle impose aux enseignants des conditions de travail très difficiles, mais un homme de l’expérience de M. Mallette ne peut certainement pas s’imaginer que le déclenchement d’une grève dans les circonstances actuelles leur vaudrait une once de sympathie dans la population.

S’il pensait réellement ce qu’il disait, on ne peut que s’étonner de la naïveté dont M. Legault a fait preuve au début de la pandémie, quand il a demandé au président du Conseil du trésor de l’époque, Christian Dubé, de lancer un blitz de négociations afin d’en arriver à une entente avec l’ensemble des employés du secteur public.

  

Le réconfort que procure le relâchement des mesures sanitaires devrait suffire à convaincre de la nécessité de tout faire pour éviter un reconfinement. À cet égard, les reproches que les partis d’opposition ont adressés au gouvernement au cours des dernières semaines demeurent tout à fait justifiés. Son hésitation à utiliser les tests rapides demeure difficile à comprendre. Malgré la promesse faite par le premier ministre il y a deux semaines, les avis de la Santé publique n’ont toujours pas été rendus publics et on ne sent pas un grand empressement de la part du gouvernement. Qu’il en ait d’abord nié l’existence autorise tous les soupçons.

Dans l’immédiat, il faut s’assurer que la semaine de relâche ne compromette pas les efforts des dernières semaines. Si l’interdiction des vols vers les destinations soleil et le resserrement de la quarantaine contribueront sans doute à éviter la flambée de l’année dernière, la plus grande vigilance demeure de mise. M. Legault a indiqué que de nouveaux assouplissements pourraient être annoncés le 22 février, mais il serait imprudent de lever le couvre-feu alors que des centaines de milliers d’élèves se retrouveront en vacances. La plus grande « trahison » dont le gouvernement pourrait se rendre coupable serait précisément de ruiner dans la dernière ligne droite les efforts qu’il a demandés à la population depuis un an.

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