Hors-jeu: À saveur de fraise

Nul ne sait trop s'il faut s'en étonner, mais en fin de semaine, syntonisant un match de nos Expos à la radio, j'ai constaté que les commentateurs ont commencé à tutoyer leur auditeur.

Sont bons, nos Expos. Surtout le joueur, là, vous savez celui qui joue au..., non, pas lui, l'autre, c'est quoi son nom déjà, vous souvenez-vous, il avait... enfin, il avait presque, genre.

Comment, il n'est plus à Montréal? C'est pour ça qu'il est bon? Ah bon. Scusez, je voulais pas vous réveiller pour si peu.

Mais non, c'est même pas vrai. Je n'ai pas écouté de balle radiophonique dans le courant du week-end. Mes sources s'en sont chargées, elles qui sont munies d'un balayeur d'ondes surpuissant qui capte tout ce qui se dit dans l'univers et ailleurs et me le régurgite à double interligne sur papier vélin pour consultation ultérieure. Le résultat est du reste passionnant, ainsi que l'on peut en juger ci-bas. Ces histoires sont rigoureusement authentiques. Rigoureusement.

Constatant que plusieurs amateurs de bananes commencent à trouver le goût de la banane un peu ennuyant, des scientifiques de chez Chiquita International travaillent à confectionner une banane à saveur de fraise. À noter que le produit obtenu sera exempt de toute modification génétique. (Évidemment, on espère aussi attirer les amateurs de fraises qui aiment les fraises mais veulent mettre un peu de banane dans leur vie, façon de parler.)

Ou alors: un automobliste néo-zélandais, Roger Edward Daniel, est arrêté alors qu'il roule à 120 km/h dans une zone de 50. Explication aux policiers: il venait de laver sa voiture mais, souffrant trop du dos pour passer le chamois, avait décidé de la faire sécher à l'air chaud. La cour du district de Whangarei lui a imposé une amende de 250 $ et une suspension de six mois de son permis de conduire.

Ou alors, pour mettre une touche sportive: en avril dernier, les 4374 habitants du village de Te Kuiti, dans la partie nord de la Nouvelle-Zélande — il s'en passe des affaires en Nouvelle-Zélande, si vous saviez —, ont organisé une réplique de la célèbre course de taureaux dans les rues de Pampelune (Espagne), oui oui celle-là même où des intellectuels de centre-gauche modéré se procurent la forte sensation de la douce expectative de se faire encorner et de ne plus jamais ressentir la même chose lorsqu'ils s'assoient pour dévorer les oeuvres complètes de Marcuse ou d'Habermas. Sauf que dans celle-ci (la course, pas l'oeuvre complète), on retrouve des moutons. Woolly Pampluna, que ça se prénomme.

Selon l'organisateur, John Grainger, les ovinés n'ont pas suivi le parcours prévu et se sont répandus dans toutes les directions. Mais on a eu beaucoup de plaisir. Et personne n'a été blessé.

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Pas le temps d'écouter de la balle, parce qu'en fin de semaine il y avait du golf à la télé. Précisons-le à l'intention des néophytes, le golf télévisé est une expérience sui generis qui donne tout son sens au concept d'existence neurovégétative. Si jamais vous trouvez que vous avez une vie plate parce que personne ne vous invite jamais à siroter un B-52 dans un cocktail mondain ou que la seule personne qui vous téléphone vous offre de vous abonner à La Presse pas cher pantoute, essayez le golf au petit écran, vous verrez que vous pouvez encore descendre.

Bref, en fin de semaine, c'était le British Open, un gros gros tournoi qui a été remporté par Todd Hamilton, 38 ans et recrue au sein du circuit de la PGA. Pour vous situer, une recrue de 38 ans qui gagne le British Open, c'est un peu comme un gars qui quadruple sa 7e année B puis gagne le Nobel de littérature en publiant un dictionnaire étymologique grammatical lexicographo-philologique écrit d'un seul jet sans même se relire.

On notera d'ailleurs au passage que l'allégorie imagée est au coeur de l'effervescence sportive. Ainsi, pendant que Hamilton égrenait le dernier 18 et que le score était atrocement serré, le commentateur de la BBC, Ken Brown, énonça: «Il doit trouver l'aiguille du calme dans une botte de foin de tension.» Vous, vous n'avez peut-être pas la fibre, mais moi, je trouve ça très beau. Poétique, aussi. La poésie n'est-elle pas, comme le prouvent chaque jour tant de chansons de chez nous, que de la prose rongée par les vers?

Hamilton est originaire d'Oquawka, en Illinois, où, à l'occasion du passage d'un cirque en 1972, une éléphante appelée Norma Jean est morte frappée par la foudre et, trop lourde, a dû être enterrée sur place, sous la place principale du village. (Elle est donc inhumée sur place et sous place en même temps, ce qui tend à montrer qu'elle était assez volumineuse.) Ça n'a rien à voir comme histoire, mais vous ne voulez tout de même pas qu'on s'entrejase des nouveaux Nordiks?

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La compagnie Pyonghwa Motors est l'une des rares à faire affaire des deux côtés de la frontière coréenne, tant au Nord que du côté Sud. Or, pour tisser de meilleurs liens entre les deux pays, elle songe à organiser un tournoi de golf pro-am. Or on sait que la Corée du Sud produit d'excellentes golfeuses, dont Mi-Hyun Kim et Se Ri Pak, qui se classent cette année parmi les huit meilleures boursières de la LPGA. Mais qui, vous demandez-vous dans votre Hyundai intérieur, pourrait bien représenter la Corée du Nord si un tel événement voyait le jour?

Vous en avez de ces questions. Kim Jong-il, pardi, l'illumination faite homme et souvent aperçu au bar de danseuses l'Axe du Mal.

Selon la presse libre nord-coréenne, Kim Jong-il a en effet disputé la première ronde de golf de sa vie en 1994. Et il avait ça dans le sang: dès le premier trou, il a réalisé un aigle, puis a enfilé cinq trous d'un coup consécutifs, un exploit tout juste égalé par Suzanne et André Buis au mini-putt Jean-Talon. Ce jour-là, selon des témoins objectifs, il avait rapporté une carte de 34, soit 38 coups sous la normale (et 25 coups de moins que le record homologué par la PGA, qui est de 59).

De même, aujourd'hui, Kim Jong-il réussit, selon les mêmes sources, trois ou quatre trous d'un coup chaque fois qu'il arpente les links pour se divertir de ses dures fonctions de guide du peuple.

Et voilà pourquoi Tiger Woods joue si mal depuis un bout. Il a compris que sa quête du sommet était illusoire.

jdion@ledevoir.com