Attention à Jason Kenney

Le Canada est ainsi fait que le bonheur des uns fait souvent le malheur des autres. Alors que François Legault s’est réjoui des nouvelles perspectives que l’élection de Joe Biden pourrait ouvrir aux exportations d’électricité, l’annulation du projet Keystone XL a provoqué la colère du premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney.

Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un coup dur pour l’économie albertaine, déjà très éprouvée, et pour M. Kenney lui-même, déjà très critiqué pour sa gestion de la crise sanitaire. Il ne saurait évidemment être question que le Canada use de représailles contre les États-Unis, comme il le réclame. La réaction du ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, a été très claire : le Canada ne risquera pas un baroud d’honneur qui pourrait entacher d’entrée de jeu ses relations avec le nouveau locataire de la Maison-Blanche.

Même si Erin O’Toole devenait premier ministre, il est assez intelligent pour comprendre que cette partie est définitivement perdue. Réagir à des tarifs injustifiés sur l’acier et l’aluminium était une chose, prétendre imposer aux Américains des équipements dont ils ne veulent pas sur leur propre territoire en est une autre. M. Kenney, dont le gouvernement a investi imprudemment des milliards dans le projet, ne peut certainement pas plaider la surprise. Au printemps dernier, l’agence de notation Moody’s l’avait averti des conséquences possibles de l’élection américaine : « Le risque politique est élevé et pourrait ultimement entraîner l’annulation du projet. »

Même si les velléités d’indépendance de certains en Alberta peuvent paraître farfelues, l’ensemble du pays n’en devra pas moins composer avec une frustration qui risque de devenir un sérieux facteur de perturbation au sein de la fédération. Même avec la meilleure volonté du monde, qui ne semble d’ailleurs pas évidente, il faudra beaucoup de temps à l’Alberta pour se convertir à une économie plus verte, et le capital de sympathie déjà limité dont elle pourrait bénéficier s’amenuisera encore au fur et à mesure où la lutte contre les changements climatiques apparaîtra comme une nécessité de plus en plus pressante.

M. Kenney est maintenant un politicien aux abois. Un sondage Mainstreet effectué les 6 et 7 janvier dernier accordait 41 % des intentions de vote au NPD, dirigé par l’ancienne première ministre Rachel Notley, et seulement 26 % au Parti conservateur uni. S’il est acculé au mur, il faut s’attendre à tout d’un homme au tempérament aussi bouillant.

L’annulation du projet Keystone XL ne peut que le conforter dans son intention de tenir un référendum sur la péréquation, qu’il a prévu pour octobre 2021. Même si les chances qu’il obtienne une révision du programme, qu’il estime injuste pour sa province, semblent minces, cela n’en rouvrirait pas moins une boîte de Pandore dont nul ne peut savoir ce qui en sortira. Tout ce qui touche à la Constitution est hautement imprévisible.

À l’approche de l’élection fédérale, le Parti conservateur devra tenir compte de la colère de sa base de l’Ouest, dont l’appui demeure essentiel à son retour au pouvoir. M. Kenney ne manquera pas de rappeler à M. O’Toole sa promesse de faire adopter un projet de loi qui permettrait au gouvernement fédéral d’imposer aux provinces le passage d’un pipeline sur leur territoire.

À défaut du projet Keystone XL, l’Alberta aura besoin d’un autre débouché pour son pétrole, que le doublement de la capacité du pipeline Trans Mountain vers le Pacifique ne suffira pas à écouler. Dès lors, il faut s’attendre à ce que les yeux de M. Kenney se tournent à nouveau vers l’est. Il est loin d’être certain qu’un gouvernement O’Toole voudrait prendre le risque d’un affrontement avec le Québec en ressuscitant le projet Énergie Est, si jamais un promoteur acceptait de reprendre le flambeau.

Simplement ramener le sujet sur la table serait néanmoins embarrassant pour les candidats conservateurs au Québec et pour le premier ministre Legault, qui ne cache pas son souhait de voir M. O’Toole succéder à Justin Trudeau, mais qui a fait de l’acceptabilité sociale une condition sine qua non à la réalisation d’un tel projet, même si lui-même y était favorable à l’époque où il était dans l’opposition. Déjà, son appui au projet GNL Québec va à l’encontre de ses prétentions environnementales.

En expulsant Derek Sloan, M. O’Toole a voulu rassurer ceux qui craignent que l’élection d’un gouvernement conservateur entraîne un virage radical à droite, mais ils ne veulent pas davantage de « l’énergie sale » de M. Kenney.

32 commentaires
  • Pierre Rousseau - Abonné 23 janvier 2021 08 h 26

    L'éléphant dans la pièce

    L'Alberta fera-t-il sécession avant le Québec ? Le mouvement indépendantiste albertain a pris beaucoup de vigueur ces dernières années et le sentiment d'exclusion est très fort. Un même sentiment d'aliénation mijote depuis longtemps dans les états de la côte du Pacifique sous le nom de république de Cascadia. Si le NPD de CB s'est opposé au pipeline Trans Mountain c'étsiat par opportunisme politique mais en réalité les néo-démocrates sont en faveur des grands projets industriels. Le NPD de CB a continué la construction du barrage pharaonique du Site C et n'a pas hésité à envoyer la police fédérale contre les Wet'suwet'en pour pousser la construction du gazoduc CGL vers le terminal maritime de Kitimat.

    Il faut aussi se rappeler que Trudeau s'était plié à la demande de Mme Notley, PM néo-démocrate de l'Alberta à l'époque, poussant la construction du pipeline Trans Mountain en l'achetant de Kinder Morgan, en échange de la taxation du carbone dans cette province. Le NPD est un parti des syndicats et malgré un petit virage vert pour les élections, il agit en sauveur des emplois de ses partisans, souvent en sacrifiant les ressources naturelles. Sa gestion des forêts anciennes en CB est un désastre environnemental dont la province ne se relèvera probablement jamais puisque ce sont des ressources non renouvelables.

    Alors, l'Alberta et la CB pourraient fort bien décider de sortir de la fédération et former l'embryon de la république de Cascadia; la suite pourrait être fort intéressante...

    • Nadia Alexan - Abonnée 23 janvier 2021 11 h 22

      L'Alberta est l'auteur de ses propres malheurs. Dans les années 80, le premier ministre Peter Lougheed était beaucoup plus sévère envers l'industrie pétrolière, l'obligeant à payer une redevance de 25% et même en créant une société énergétique, «L'Alberta Heritage Savings Trust Fund» un fonds souverain, un œuf d'or pour les générations futures.
      Alors, que le récit habituel veut que les sociétés pétrolières aient investi des milliards de dollars de capitaux pour développer les sables bitumineux, en vérité, elles n'ont rien fait de la sorte. Tous les investissements qui ont été investis dans les sables bitumineux au cours des 23 dernières années ont effectivement été payés par les habitants de l'Alberta. C'est parce que les compagnies pétrolières ont fonctionné sous un régime extrêmement généreux - ne payant qu'une redevance de 1 % seulement, et seulement après que tous les coûts ont été déduits. Et cela a permis au Big Oil de détruire l'environnement de l'Alberta, laissant une facture de nettoyage estimée à 260 milliards de dollars.
      Entre-temps, la Norvège a fait mieux, en imposant un régime fiscal rigoureux aux compagnies pétrolières (qui menacent toujours de partir, mais ne quittent jamais réellement) et en créant sa propre société pétrolière publique (maintenant diversifiée dans l'énergie éolienne et solaire), la Norvège a fini avec un héritage de fonds d'une valeur d'environ 1 billion de dollars de plus que le fonds de l'Alberta!

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 23 janvier 2021 08 h 33

    Kenney, un allié.........

    Il n'y a pas juste Keystone, il y a d'autres oléoducs, en réfections aux É.U  visés par la contestation. Le Bloc se réjouit de cette situation, il devrait plutôt s'en inquiéter....le Québec pourrait en faire les frais : Énergie Est ? Péréquation ?

    Énergie Est

    Jason Kenney se décrit d'abord comme un « canadian patriote ». Son référendum dans moins de 10 mois mettant en cause le programme de la péréquation est « une carte dans sa manche » (SRC) pour forcer Ottawa à utiliser son pouvoir déclaratoire pour imposer le passage d'Énergie Est. En position minoritaire, Justin Trudeau ne peut se permettre une telle décision, en position majoritaire.... ?

    C'est ici que le Bloc pourrait être utile, forcer Justin Trudeau à répondre à cette question : qui aurait le dernier mot sur l'acceptation du projet Énergie Est, Québec ou Ottawa ?

    Péréquation

    Selon une étude Fraser (décembre 2020), quand la situation économique se détériore dans les provinces contributrices au programme, cela entraîne une forte baisse du montant de péréquation, notamment  pour le Québec.
    Ce fut le cas suite à la crise de 2008  : ( Ontario’s arrival as a have-not province was a major contributor to significant declines in equalization grants relative to overall budgets in several have-not provinces.... from 2008/09 to 2011/12. Quebec (2.6 percentage points)

    https://www.fraserinstitute.org/sites/default/files/great-convergence-measuring-the-fiscal-capacity-gap.pdf

    Dans cette perspective, le Québec aurait intérêt à reprendre la lutte pour le retour de son pouvoir de taxation direct en échange d'un abandon de la péréquation. Et pourrait même convaincre l'Alberta de réclamer le retour de ses impôts. Les moyens d'être moins dépendant du secteur énergétique pour son développement économique.

    On pourrait ainsi s'en faire de Kenney, un aliié pour éviter que le contentieux avec Ottawa se règle sur le dos du Québec.

  • Claude Bariteau - Abonné 23 janvier 2021 09 h 22

    Associée à des multinationales du pétrole et tanguant à l'occasion avec des travailleurs bien payés, l'Alberta vit de ressources polluantes et entend pressurer encore plus le Canada, qui a favorisé son essor après la Deuxième Guerre mondiale en complément à ses investissements en Ontario, pour financer une péréquation imaginée après le Crash de 1929.

    L’ACEUM, le nouvel ALÉNA, protège l’Ontario, non l’Alberta dont le pétrole, par décret du Président Biden, n’entre plus dans la définition énergétique et environnementale des États-Unis. Le sont par contre les énergies hydroélectriques et celles durables produites et orchestrées au Québec. C'est un point majeur.

    S’il y a un désintérêt, même à la CAQ, envers le passage de pipelines ou l’alimentation en pétrole de schiste pour alimenter GNL ou assurer son transport à l’est via la Côte nord, depuis le 20 janvier, il y a surtout un intérêt pour délier l’économie du Québec du Canada pétrolier et bénéficier du réalignement des États-Unis d’Amérique en environnement et en énergies durables.

    Il eut été pertinent d’en faire écho plutôt que de braquer l’attention sur une province dont les investissements du Canada des années 1950-1970 a révélé aux Québécois l’urgence de prendre en main leur économie et maintenir leurs programmes sociaux. Or, ce fut une approche que les gouvernements Trudeau et Chrétien jugèrent contraire aux vues du Canada, aux intérêts du PLC et aux leurs, car promoteur d’une scission d’un pays moulé par Londres de 1763 à 1931 dont les conséquences les éjectaient du pouvoir au Canada.

    Depuis l’élection du président Biden, c’est ce genre d’analyse qui s’impose. Aussi, Le Devoir aurait avantage de changer de lunettes pour voir et discourir sur un Québec à construire autrement en en faisant son centre d'intérêt.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 23 janvier 2021 11 h 22

      "Un Québec à construire"...c'est tellement inspirant!! Soyons optimistes.

    • Clermont Domingue - Abonné 23 janvier 2021 12 h 05

      Kenney, Péréquation et Banque du Canada. Quelques milliards ici et là, c'est bien, mais 300 milliards de la Banque du Canada pour faire face à la pandémie, c'est mieux. La péréquation de Kenney ne pèse pas lourd par rapport au pouvoir que la Banque centrale donne au gouvernement fédéral. Je crois que la Covid 19 nous révèle qu'il y a d'autres moyens de gouverner que de taxer les uns pour aider les autres.

      J'ai récemment envoyé une lettre à ma ministre préférée pour qu'elle incite le Parti libéral du Canada à explquer aux Canadiens et Canadiennes ce qu'il adviendra des milliards créés par la Banque.

      1- Les milliards seront-ils effacés ou transformés en dette publique?
      2- Si les milliards sont transformés en dette publique, qui les achètera?
      3-Quel taux d'intérêt sera versé aux acheteurs de telle dette?
      4-Qui fixera le taux d'intérêt?
      Les réponses à ces questions permettront à notre Ministre des Finances ( Mme Chrystia Freeland) de découvrir où est le vrai pouvoir...

    • Dominique Boucher - Abonné 23 janvier 2021 12 h 09

      Encore faudrait-il que le Québec développe MASSIVEMENT son formidable potentiel hydro-électrique*. Il y a un immense marché dʼexportation, quand la raison un jour prévaudra sur les idiots/rêveurs en Nouvelle-Angleterre qui ne veulent pas de pylones dans leur cour (trop laid), mais qui ne veulent pas non plus de centrales thermiques (trop de CO2) ou nucléaires (trop dangereux). Ils leur reste quoi? Bonne chance avec vos énergies intermittentes (éolien, solaire)... Quant ils auront essayé et en seront revenus (parce que ce ne sont pas des sources FIABLES et continues dʼénergies), ils devront bien arriver à la conclusion que lʼélectricité du Québec est de loin la moins pire des solutions pour le nord-est de lʼAmérique du Nord. Le gouvernement du Québec doit anticiper. Où sont les visionnaires? Et ça peut se faire, sous la supervision de biologistes de lʼenvironnement, en minimisant les impacts sur la biodiversité

      Et pendant ce temps, que continuera à faire le fédéral? Il continuera à subventionner, à coups de milliards, les industries automobile en Ontario et pétrolière en Alberta, tout en se drapant dʼune belle et grande vertu écologique et tout en essayant de faire avaliser par la Cour suprême du Canada son empiétement dans un domaine où il nʼa VRAIMENT pas de leçons à donner au Québec (dixit Justin Trudeau: «On n’a pas besoin d’imposer quoi que ce soit au Québec parce que le leadership du Québec en matière de la lutte contre les changements climatiques est bien évident.»)? De lʼhypocrisie.

      Et H-Q devrait multiplier les projets comme la ligne dʼinterconnexion des Appalaches-Maine.

      https://www.hydroquebec.com/projets/interconnexion-appalaches-maine/

      «The New England Clean Energy Connect (NECEC) will save Maine consumers millions of dollars each year by harnessing Canadian hydropower and transmitting clean energy into the New England grid.»

      https://www.necleanenergyconnect.org/

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

    • Jean-Yves Arès - Abonné 23 janvier 2021 14 h 03

      Le choix de Biden en est un politique basé non pas sur la fondamentale environnementale mais bien sur ce que sa clientèle politique perçoit de cet oléoduc. Et là on est totalement dans les apparences, et pas du tout dans les faits. Si le gouvernement Biden entreprend vraiment un virage environnemental qui fait autre chose que de surfer sur les apparences (comme le fait le GV Legault) il devra s'attaquer aux habitudes de consommation énergétique de ses citoyens. Et je doute qu'il ne le fasse vraiment.

      Pour l'instant l'arrêt de l'oléoduc n'aboutira qu'à un changement de fournisseur. Les raffineries auxquelles était destiné le pétrole de Keyston XL ont besoin de pétrole lourd pour fonctionner. Ce que ne fournira pas le Canada va venir de divers pays comme le Brésil et autres pays qui produisent du pétrole lourd dans des conditions environnementales moins contrôlées que ne l'est la production canadienne...

      Dans un marché aussi mondialisé qu'est celui du pétrole, viser un producteur ne fait que plus de place pour un autre producteur. Il n'y a donc globalement aucun gain environnemental. Le bilan peut même être pire quand la production du nouveau fournisseur se fait dans des conditions moins soucieuses de l'environnement. Ce qui s'annonce être le cas ici.

      Les petits combats politiques ne placent jamais les questions environnementales qu'au niveau des apparences et du marketing. On cherche des promesses qui apportent des votes, et pour les électeurs cette promesse aux allures environnementales a l'avantage de ne leur demander aucun effort et aucune restriction...

      Outre leur propre prise du pouvoir, les motifs de base des politiciens tournent toujours autour de la croissance économique. Et cette croissance est toujours négative pour l'environnement.

      Portrait de situation très clair de la part de Pierre-Olivier Pineau ici,
      https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/les-faits-dabord

    • Jean-Yves Arès - Abonné 23 janvier 2021 14 h 40

      @ monsieur Gélineau, ce " formidable potentiel hydro-électrique " ne vaut vraiment pas cher sur les marchés.

      Moins que le coût de production/livraison des derniers barrages !

      Pour annoncer les avantages financier qu'Hydro Québec qu'elle donne au projet en cour elle doit considérer 0.00$ comme coût de production...

  • Serge Daigno - Inscrit 23 janvier 2021 10 h 02

    Si j'étais un journaliste sportif j'écrirais que les prochaines élections fédérales s'annoncent palpitantes. Un NPD agonisant, le Parti vert 2.0, Justin la gaffe, Peter « pogné » avec Jason et le Wexit. De l'action en perspective.

  • Robert Taillon - Abonné 23 janvier 2021 10 h 04

    Economie versus science en politique

    Pour qui que ce soit qui s'intéresse le moindrement aux changements mondiaux, depuis quelques décennies, en ce qui a trait aux exploitations pétrolières et aux changements climatiques qui en résultent, il n'y a aucune surprise de voir les USA refuser de continuer de participer à la destruction de l'environnement.

    Un gouvernement provincial responsable aurait depuis longtemps enclenché une restructuration de son économie en ce sens. Un gouvernement fédéral responsable n'aurait pas, lui, acheté un pipeline faisant ainsi montre de son aveuglement et de l'ineptie de ses décisons pour l'économie et la protection de l'environnement.

    Bien sur les lobbyistes des industries pétrolières ont beaucoup de pouvoir partout dans nos administrations. Il serait plus que temps de laisser la place et d'écouter les scientifiques qui ont des visées plus justes et plus intègres de ce qui doit être fait.

    D'autres parts il y a tellement de possibilités pour une saine et prospère économie dans un environnement sain. Tant de moyens d'y arriver sont déjà connus, en plus des brevets que les pétrolières ont acheté afin de conserver leurs pouvoirs sur l'énegie et les industries.

    Souhaitons nous plus d'administrations comme celle de Biden de par le monde afin que l'avenir ait enfin une chance.