La chance au coureur

Pour un homme qui reproche continuellement au gouvernement fédéral d’empiéter sur les champs de compétence des provinces, le premier ministre Legault aurait pu se garder une petite gêne avant de critiquer la nomination de Bochra Manaï au nouveau poste de commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques à la Ville de Montréal. La tâche de Mme Manaï sera déjà suffisamment délicate sans que M. Legault ait besoin d’encourager tous ceux qui ne manqueront pas de critiquer chacune de ses initiatives.

On pourrait dire la même chose du chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, qui déplore que l’administration Plante utilise des fonds publics « pour imposer son idéologie ». Lui-même a clairement indiqué que, s’il devient premier ministre, il n’hésitera pas à utiliser les mêmes fonds publics pour faire la promotion de l’indépendance. Si on en croit les sondages, il n’y a pas beaucoup plus de partisans de la souveraineté que d’opposants à la loi 21.

Selon le bureau de M. Legault, le choix de Mme Manaï est « questionnable compte tenu de ses positions passées et de sa croisade personnelle contre la loi sur la laïcité ». Comme si les défenseurs de la loi 21 n’étaient pas eux-mêmes en « croisade » ! Le gouvernement Legault a développé une fâcheuse tendance à voir ceux qui ne sont pas de son avis comme des « militants », voire des fanatiques.

En démocratie, s’opposer à un projet de loi et le faire savoir haut et fort est un droit incontestable. L’important est de le respecter une fois qu’il est adopté, quitte à s’adresser aux tribunaux pour le faire invalider. Elle-même opposée à la loi 21, la mairesse Plante a clairement indiqué que la Ville de Montréal s’y conformerait. En sa qualité d’employée, Mme Manaï devra faire de même.

Il est vrai qu’à titre de porte-parole du Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) elle a tenu des propos nettement excessifs. La loi 21 n’a rien d’antidémocratique et présenter le Québec comme une référence pour les suprémacistes blancs est une insulte à l’intelligence. Le dossier de la laïcité ne fait cependant pas partie de son mandat.

On peut se demander si ce n’est pas la nature même de ce nouveau poste, dont la création était une recommandation du rapport de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), qui agace le plus M. Legault. Nommer une commissaire chargée de lutter contre le racisme systémique suppose évidemment qu’on reconnaît l’existence d’un problème que le premier ministre s’évertue à nier depuis le début. Comme chacun sait, le Québec est le seul endroit en Amérique du Nord épargné par cette plaie. Ou qui refuse de la nommer.

Bien sûr, Mme Manaï risque de déranger. Une de ses tâches consistera à informer les employés municipaux et les Montréalais en général de leurs droits et des recours dont ils disposent s’ils subissent du racisme et de la discrimination et il ne fait aucun doute qu’elle les encouragera à s’en prévaloir. Ceux qui veulent redresser des torts déplaisent toujours à ceux qui les causent.

Certains diront qu’elle cherchera à créer des problèmes là où il n’y en a pas et que, sous le couvert d’une vertueuse défense des droits de la personne, elle s’emploiera à faire la promotion de ce multiculturalisme cher à la mairesse, qui aura voulu plaire à sa clientèle en vue de la prochaine élection municipale.

Bien sûr, Mme Plante est une politicienne qui va tout faire pour être réélue. Qu’on le veuille ou non, il n’en demeure pas moins que le multiculturalisme est une réalité à Montréal et le restera, comme dans toutes les grandes villes nord-américaines, avec les difficultés qu’implique la gestion de cette diversité. Or, Mme Manaï est précisément une spécialiste de la question, qui a démontré son savoir-faire sur le terrain, particulièrement à Montréal-Nord, où assurer une cohabitation harmonieuse entre les différentes communautés constitue tout un défi.

S’il s’agit simplement de faire de la figuration et de donner bonne conscience, elle n’est sans doute pas la bonne personne. En revanche, si on souhaite réellement faire bouger les choses, elle paraît toute désignée. Le ou la futur(e) ministre qui sera chargé(e) de mener la lutte contre le racisme et la discrimination, systémiques ou non, aurait tout intérêt à s’en faire une alliée. Avant de lui faire un mauvais procès et de décréter que sa nomination est une « erreur », qu’on lui donne au moins la chance de démontrer ce qu’elle peut faire.

55 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 16 janvier 2021 04 h 48

    Fort intéressant

    Bon texte de l'auteur. Nettement plus intéressant et ''ramassé'' que celui de ce jour de son collègue Lisée.

    M.L.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 16 janvier 2021 10 h 35

      Intéressant. oui! Mais, je suis en désaccord. Comment cette dame pourra-t-elle exercer ses fonctions alors qu'elle n'a pas la confiance de la majorité de la population. La majorité de la population du Québec était en faveur de la timide loi 21.

      Au lieu de nommer un pompier pour éteindre le feu, Montréal a préféré un(e) boutefeu!

      Dommage!

    • Michel Sarao - Abonné 16 janvier 2021 10 h 58

      Madame Manaï n’a aucune crédibilité pour ce poste et madame Plante cherche que des votes auprès des immigrants de Montréal.

    • François Poitras - Abonné 16 janvier 2021 13 h 51

      Que de confusion dans la chronique de Michel David.

      Les relations entre l'État québécois et l'État fédéral ne sont aucunement de l’ordre des relations entre l'État et les villes. Les villes sont avant tout des entités administratives subordonnées à l’État. Ainsi, le gouvernement québécois pourrait décréter la fermeture de ce commissariat de la ville de Montréal.

      Autre divagation, il faut faire preuve d’une forte volonté d'auto-aveuglement pour ignorer que le militantisme anti-loi de la laïcité est en réalité un militantisme contre l’État du Québec. Le cirque de la contestation juridique de la loi de la laïcité fut probant à cet effet. Les acteurs de la contestation, les gros sous du fédéral, les gestes juridiques douteux et les propos diffamatoires démontrent que les enjeux dépassent largement la défense des droits fondamentaux.

      Mme Manaï est une militante engagée --pour rester poli ! Sa nomination est d'ordre électoral. Par cette nomination, Valérie Plante cherche avant tout à ravigoter sa base partisane déclinante. Mais lorsque la partie devient juge, il y a tout lieu de craindre que la manœuvre ne se fasse au détriment de la cause, sinon de l’intérêt de la population.

      La prétendue volonté multiculturaliste de la mairesse rappelle drôlement le clientélisme communautariste de Justin Trudeau.

    • Raynald Rouette - Abonné 16 janvier 2021 16 h 33


      Le fardeau de la preuve appartient à madame Manaï!

    • Pierre Bernier - Abonné 16 janvier 2021 16 h 33

      Hum ! Empiètement ?

      On sait qu’au Canada, les municipalités sont créées par les États fédérés et encadrées par ceux-ci sur leur territoire. Et aucune de celles-ci n’y a statut de «Cité-État», prévu par un texte constitutionnel.

      L’ordre de gouvernement dit «provincial» n’a donc pas de permissions à demander pour faire part de son évaluation de l’action de celles-ci, y compris la pertinence des nominations pratiquées.

      Reste à voir l’encadrement politique, éthique et déontologique exercé par les autorités municipales sur la personne titulaire du poste de «commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques à la Ville de Montréal».

      Or sur ce plan, silence radio de la part des élus municipaux.

    • Pierre Desautels - Abonné 17 janvier 2021 09 h 25

      @Pierre Bernier

      "Reste à voir l’encadrement politique, éthique et déontologique exercé par les autorités municipales sur la personne titulaire du poste de «commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques à la Ville de Montréal»."

      Le Conseil municipal de Montréal a condamné à l'unanimité la loi 21. Il ne faut pas s'attendre à un encadrement particulier pour Madame Manaï. Elle aura les coudées franches.

  • Claude Bariteau - Abonné 16 janvier 2021 05 h 57

    Mme Bochra Manaï a été choisi commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques à la Ville de Montréal à la suite du rapport de l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM) et de la position des dirigeants de la Ville de Montréal pour s'attaquer au racisme et à la discrimination que l'OCPM a défini comme systémiques, le « s » incluant autant le racisme que la discrimination.

    En clair, il s'agit d'un poste créé à la suite d'une consultation publique de la Ville de Montréal. S'il y a une faille quelque part, il ne faut pas la chercher dans le choix de la commissaire, mais dans le rapport soumis à la Ville par l'OCPM et la création d'un poste par la Ville de Montréal pour s'attaquer à la recommandation de l'OCPM en reprenant la lecture de cet organisme.

    Or, conformément à cette lecture et son partage de la direction de la Ville de Montréal, Mme Bochra Manaî est apparu aux membres du comité de sélection la personne la plus compétente pour devenir commissaire. M. David a totalement raison de parler de « chance au coureur ».

    La commissaire n'a pas pour mandat de s'opposer la loi sur la laïcité, ni à promouvoir le multiculturalisme, un concept canadien, encore moins de s'opposer à la conception du racisme du Premier ministre Legault, mais simplement de développer des programmes et des actions qui visent à corriger les pratiques racistes et discriminatoires identifiées par l’OCPM au sein des institutions relevant de la Ville de Montréal.

    C’est ce mandat qu’elle a accepté de réaliser et rien ne permet de penser qu’elle le débordera. Si c’était le cas, il reviendra à son employeur d’intervenir et de la rappeler à l’ordre, voire de l’éjecter de ce poste.

    • Sylvain Deschênes - Abonné 16 janvier 2021 08 h 59

      La question n'est pas de savoir si l'administration municipale agit en conséquence de sa logique, mais si elle choisit sciemment de nommer à ce poste une opposante disgrâcieuse à la loi 21 votée à l'assemblée nationale.

      (Et si PSPP se fait élire pour gouverner le Québec, il est normal qu'il mette de l'argent une fois élu dans ce qu'il a promis.)

    • Claude Bariteau - Abonné 16 janvier 2021 14 h 25

      De mémoire, Mme Manaï était la porte-parle d'un organisme musulman et avéhiculé les idées prisées et développées par les dirigeants de cet organisme. Elle devrait se comporter de la même façon comme commissaire de la Ville de Montréal. Qu'elle n'ait pas répondu aux questions concernant sa promotion des idées de l'organisme dit clairement qu'elle a défendu les idées de son employeur et indirectement que ces idées ne correspondaient pas nécessairement aux siennes. Les avocats pratiquent ces nuances à la base de leur pratique.

  • Gilles Delisle - Abonné 16 janvier 2021 07 h 03

    La mairesse Plante: La grande gagnante!

    Mme Plante, qui avait bien besoin de redorer son blason et de ramasser des votes avant la prochaine élection, a réussi un bon coup en engagant cette opposante à la loi 21. Faut-il le rappeller, la loi 21 est certainement la loi la plus importante votée au Québec depuis nombre d'années. Cette ville multiculturelle de Montréal a perdu de son caractère français depuis longtemps, et va continuer à le perdre jusqu'à temps qu'on devienne une ville comme celles de la Nouvelle-Orléans. Mme Plante pourra maintenant compter sur les votes de tous ceux qui s'opposaient à la loi 21, les ''multiculturels'' dont la langue est souvent l'anglais, de même que tous les anglophones! La mairesse, qui ne passdera pas à l'histoire, vient de raliser un bon coup!

  • Roger Gobeil - Inscrit 16 janvier 2021 07 h 57

    Bien dit M. Legault !

    Zéro crédibilité cette madame. Elle a menti en pleine face à Mario Dumont niant avoir déclaré que le Québec est une référence en matière de suprématistes blancs. Elle n'a jamais aussi voulu répondre quand on lui a demandé si elle croit que la Loi 21 est raciste. Disons que ça part mal son affaire. Pendant qu'elle va penser à des formations sur le systémisme, la CAQ va mettre de l'avant des actions concrètes pour lutter contre le racisme.

    • Jacques Bordeleau - Abonné 16 janvier 2021 16 h 02

      Parfaitement. J'ajoute que vue de ma région près de Montréal, Mme Valérie Plante se révèle de plus en plus. Discours uniquement en anglais dans la métropole du Québec, appropriation instantanée du concept de racisme et de discrimination systémiques, rejet d'emblée d'une loi québécoise sur la laïcité de lEtat, et maintenant cette nomination très contestable.

      Jacques Bordeleau

    • Jacques Patenaude - Abonné 16 janvier 2021 16 h 53

      ''la CAQ va mettre de l'avant des actions concrètes pour lutter contre le racisme.'' M. Gobeil
      Je donne la chance au coureur pour la CAQ. Je donne la même chance à Mme Manaî. On les jugera tous les deux aux résultats. C'est préférable que de les juger sur leur parlotte respective.

  • Jean Lacoursière - Abonné 16 janvier 2021 08 h 22

    Comparaisons boiteuses

    François Legault a critiqué un choix d'embauche par la Ville de Montréal. Il n'a pas empiété sur un champ de compétence municipal de la même manière que le fédéral le fait envers les provinces.

    Le parti de PSPP serait élu en ayant préalablement dit ce qu'il ferait une fois élu (utiliser des fonds publics pour faire avancer l'idée de l'indépendance du Québec). Est-ce que le racisme systémique est une idéologie controversée ? Oui. La personne choisie a-t-elle déjà tenu des propos radicaux contre la loi 21 ? On dirait que oui. (« Antidémocratique », « suprémacistes blancs »)

    ***

    Michel David écrit plus loin:

    « Qu’on le veuille ou non, il n’en demeure pas moins que le multiculturalisme est une réalité à Montréal et le restera, comme dans toutes les grandes villes nord-américaines, avec les difficultés qu’implique la gestion de cette diversité. »

    Question: qu'est-ce que la diversité et pourquoi est-ce une chose qui doive être gérée ?

    • Claude Bariteau - Abonné 16 janvier 2021 10 h 21

      M. Lacoursière, au Canada, la diversité se gère pour qu'elle devienne l'assise de la citoyenneté. Au Québec, elle se gère sans une citoyenneté québécoise, car la citoyenneté implique un État indépendant souverain, ce que n'est d'aucune façon une province du Canada.
      Indépendant, le Québec gèrerait sa diversité avec une valorisation de la citoyenneté comme liant entre les gens qui vivent au Québec.

    • Michel Sarao - Abonné 16 janvier 2021 10 h 58

      Madame Manaï n’a aucune crédibilité pour ce poste et madame Plante cherche que des votes auprès des immigrants de Montréal.

    • Pierre Desautels - Abonné 16 janvier 2021 12 h 11

      Qu'est-ce que la diversité?

      “La diversité culturelle est garante de l’enrichissement et de l’ouverture d’esprit d’une nation.” - Gérald Godin

    • Jean Lacoursière - Abonné 16 janvier 2021 16 h 28

      Vous ne répondez pas à la question, monsieur Desautels.

      Prenez votre temps.

    • Léonce Naud - Abonné 17 janvier 2021 21 h 11

      Cher M. Desautels : Gérald Godin, c'est bien lui qui a pris plaisir à se faire prendre en photo avec un fusil de calibre .12 soigneusement posé sur sa dactylo ? Va falloir en toucher un mot aux Précieux du Plateau entre café et tisane. Réf.: https://www.delitfrancais.com/2011/03/29/quand-les-colombes-portaient-fusil-en-bandouliere/