Histoires d’annulation

L’actualité en éducation nous amène en ce moment trois histoires d’annulation.

On se demande d’abord si on devrait, ou non, suspendre la semaine de relâche ; on se demande si on a pris, ou non, la bonne décision en annulant les examens du ministère de fin d’année ; on se questionne enfin sur l’annulation, cette année, de la fameuse épreuve uniforme de français au cégep.

J’aurai des choses à dire sur chacun de ces sujets. Mais auparavant, je veux toucher un mot sur ce que demande le fait de prendre des positions sur de pareils sujets en ces temps pas ordinaires.

Typiquement, on dispose de diverses données factuelles, souvent imparfaites et incomplètes, des données relatives aux personnes concernées, à des tendances observables ; on prend aussi en compte, nécessairement, les finalités visées par ce qu’on annulera ou pas et diverses considérations relatives au bien-être des personnes. Se mêlent ici faits, imparfaitement connus, et valeurs, parfois contradictoires, qu’on s’efforce de respecter. Je pourrais continuer longtemps cette déclinaison des difficultés qui attendent celui ou celle qui devra trancher, mais, on me l’accordera je pense, cela n’est ni simple ni facile. Et j’avance qu’on devrait, a priori, faire preuve d’indulgence envers les personnes et les groupes qui prennent de telles décisions.

Cela posé, allons-y.

La semaine de relâche

On annule ou pas ? Mon avis ? Il ne faut surtout pas l’annuler ! Tout ce que je sais, tous les échos que je reçois du terrain, tout cela me dit que le personnel (et aussi les enfants…) est fatigué, pour certains à bout de souffle. L’année est exceptionnelle et il faut absolument ménager les forces de tout le monde pour la terminer autrement que sur les genoux — et au passage dire aux enseignantes et aux enseignants à quel point on leur est reconnaissant de leur travail.

Ne pas annuler la semaine de relâche fait tout cela.

Au retour, on reprendra le travail en ayant refait nos forces. Faisons tous un effort, ajustons-nous (il le faudra dans les familles…), soyons indulgents ; mais n’annulons pas cette semaine de relâche. Et les gains possibles en apprentissages invoqués parfois pour justifier son annulation seront, je pense, compensés par ceux qu’on fera au retour en classe en meilleure forme.

Les examens du ministère

On annule donc cette année les examens du ministère. Les raisons invoquées ne sont pas déraisonnables, loin de là. Mais j’aurais opté pour les maintenir. Une évaluation sert bien entendu à prendre des décisions ponctuelles et importantes pour les élèves concernés : ils ont ou non réussi le cours, par exemple. Mais une évaluation, c’est aussi un mécanisme permettant de faire des inférences et de tirer toutes sortes de conclusions. Par exemple, si, après le cours de comptabilité, la plupart des élèves ne comprennent pas la distinction entre l’actif et le passif, on est en droit de se poser des questions — vous devinez aisément certaines d’entre elles.

Un examen ministériel qui ne serait pas pris en compte pour l’achèvement des études ou la réussite du cours nous donnerait de précieuses informations sur la terrible année en cours et j’aurais aimé qu’on ne se prive pas de ces apprentissages.

L’épreuve uniforme de langue d’enseignement et littérature (EULE)

On a annulé cet automne cet examen. Certains ont cru que cette décision serait rétroactive et vaudrait pour toutes les années antérieures et donc depuis 1998. Le ministère assure qu’il y a eu un problème de communication et qu’on n’annule l’épreuve que pour cette année. Fort bien. Et on verra pour ce printemps.

Cette épreuve est une très grosse affaire. Tous les finissants de cégep doivent la réussir pour obtenir leur diplôme — eux qui ont déjà réussi un examen de français à la fin du secondaire et qui en auront un autre à l’université s’ils se destinent à l’enseignement.

L’épreuve dure quatre heures et demie, durant lesquelles on doit rédiger une dissertation de 900 mots défendant un point de vue argumenté sur une question donnée — choisie parmi les trois qui sont proposées.

On peut apporter à l’examen et consulter jusqu’à trois ouvrages de référence sur le code linguistique : par exemple un dictionnaire, une grammaire générale et un manuel de conjugaison. Les sujets à traiter proviennent de la littérature. En voici un — il concerne mon cher Pagnol ! « Dans l’extrait [suivant de] La femme du boulanger, l’expression des sentiments des personnages se fait uniquement par des détours. Discutez. »

On annule donc cet examen cette année, et, semble-t-il, cette année seulement. Fort bien. Mais des questions se posent. Est-ce vraiment aux cégeps de faire ça ? Le coût lié au fait de consacrer un cours, en tout ou en partie, à tout cela est-il justifié ? Les compétences nécessaires pour réussir cette épreuve ne devraient-elles pas être acquises depuis longtemps ? Devrait-on, si le système n’y arrive pas, pénaliser des finissants ayant eu les diplômes requis pour entrer au cégep et qui s’apprêtent, diplôme collégial en main, à entrer dans une profession ou à aller à l’université ? Ces questions se posent d’autant que le coût pour faire passer et évaluer cette épreuve, en s’assurant de sa validité et de sa fidélité, est immense.

Surtout, depuis toutes ces années, quelles inférences a-t-on tirées des résultats ? A-t-on, par exemple, modifié des choses dans l’enseignement, au primaire ou au secondaire, de la grammaire, de la ponctuation, ou que sais-je encore ?

J’ai posé ces dernières questions, qui me semblent fondamentales, au ministère. Je vous reviens dès que j’ai des réponses.

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