Fonds d'investissement - Tout un personnage

Il y a toujours eu des investisseurs qui ont marqué l'histoire du placement. Comment ces gens-là procèdent-ils? Quelles sont leurs stratégies? Quelle est leur méthode d'analyse? Et leur philosophie de placement? En cernant, voire en imitant leur méthode de travail, leur pensée, leurs critères de sélection, nous avons tout à gagner. En effet, dans nos recherches du produit financier parfait ou de la stratégie gagnante qui répondent à nos critères de confort, s'intéresser à ces investisseurs est un exercice profitable.

L'un des gestionnaires les plus marquants de notre siècle est sans contredit Sir John Mark Templeton, qui a fondé la firme de gestion qui porte son nom. Un fait d'armes: 10 000 $ investis en 1954 dans son fonds valaient la somme de 800 000 $ en 1987 et de six millions au 30 juin 2004. Performance tout à fait exceptionnelle. Cette importante firme de gestion, que M. Templeton a vendue il y a plusieurs années, demeure tout aussi prestigieuse aujourd'hui. Son fonds le plus connu au Canada est le Templeton croissance, avec plus de six milliards d'actif sous gestion, l'un des plus gros au Canada, le troisième en fait, et son rendement a été de 13,6 % annualisé depuis sa création en 1954.

John Mark Templeton est aussi exceptionnel par sa philosophie de vie, intimement liée à sa philosophie d'investissement. En fait, si vous faites une recherche sur ce gestionnaire, son nom est aussi souvent associé à la spiritualité qu'à son apport comme gestionnaire exceptionnel. Dans son ouvrage paru en 1987, The Templeton Plan, très peu de textes, en fait un seul chapitre, sont consacrés au monde du placement, alors que la majeure partie du bouquin fait référence à ses grands principes de vie qui sont la base même de sa réussite. Il faut admettre que, dans son cas, ses convictions religieuses l'ont mieux servi que Bush ne l'a été en Irak.

Nous pourrions même résumer son style de gestion en disant que c'est sa grande charité qui a fait son succès. Selon ce prestigieux investisseur, le monde du placement est assez simple: «Achetez, quand les gens n'en veulent plus, pour leur rendre service, et vendez, pour rendre service quand tout le monde en veut.» C'est effectivement très simple, mais surtout efficace. Vendre haut, acheter bas!

On trouve beaucoup de constance dans sa vie, dans sa philosophie; comme s'il avait développé une fidélité inébranlable à ses principes de vie. Au moment de célébrer leur mariage, M. Templeton et sa femme ont fait la promesse d'économiser 50 % de leurs gains nets en tout temps pour se constituer un portefeuille personnel: l'épargne devait être leur priorité en tout temps. Aussi, les années difficiles qui ont suivi la crise de 1929 ont été l'occasion pour eux de démontrer hors de tout doute que c'était la seule solution pour s'en sortir.

Leur loyer ne devait en aucun temps représenter plus de 16 % de leur disponibilité après impôt, le tout après avoir économisé 50 % pour le poste épargne. Tous les biens meubles qu'ils ont acquis à leur mariage étaient d'une belle qualité, mais usagés. Jamais ils n'ont dérogé à leur objectif à long terme.

Leur objectif était clair: la réussite passait par l'épargne, et, malgré ses convictions religieuses profondes, l'accumulation de richesses n'avait rien d'impardonnable; au contraire, cette accumulation pouvait même servir à aider son prochain, à créer de l'emploi, à payer ses impôts pour ses concitoyens et, surtout, à faire des dons. En effet, les dons représentaient une grande partie de ses préoccupations. Peu de temps après que sa firme eut été reconnue par la communauté financière, il a déménagé son entreprise aux Bahamas...

Grâce à ses habitudes personnelles, dont celle de ne jamais emprunter, il a pu dénicher d'excellentes entreprises qui avaient souvent, comme lui, un taux d'endettement extrêmement faible ou inexistant. L'un des postes de dépenses importants dans les ménages est souvent l'automobile. M. Templeton acheta plusieurs autos usagées avant d'acquérir sa première voiture neuve, mais, à ce moment, ses avoirs personnels s'élevaient déjà à plus de 250 000 $, ce qui était une fortune à l'époque.

Il faisait sienne la maxime de John D. Rockfeller: «Si vous aspirez à devenir prospère, il vous faut faire en sorte que votre argent travaille pour vous.» Loin de moi l'idée de prétendre que M. Templeton est le modèle à suivre, mais il reste que son obstination du côté de l'épargne a quelque chose d'intéressant.

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L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services Financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et de gestion privée.