Tous ces risques climatiques à modéliser

Les institutions financières canadiennes sont invitées à soumettre leur approche et leur réflexion quant au risque climatique auquel elles s’exposent. La liste des considérants est longue et l’exercice se heurtera à une difficile modélisation en l’absence de données historiques et étant donné l’imprévisibilité des effets du réchauffement climatique. La pandémie pourrait toutefois aider, semble-t-il.

Poursuivant l’alignement des régulateurs sur les questions climatiques auxquelles fait face le système financier, le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) a lancé lundi une consultation de trois mois portant sur les différents risques occasionnés par les changements climatiques susceptibles de nuire à la sûreté et à la solidité des institutions financières fédérales et des régimes de retraite fédéraux.

L’organisme de réglementation et de surveillance prudentielle de ces institutions fédérales veut comprendre comment elles « définissent, déterminent et mesurent cette forme de risque et acquièrent de la résilience pour pouvoir la contrer », pour ensuite ajuster le tir.

Le document de travail accompagnant l’exercice énonce une pléthore de risques pertinents associés au climat. En résumé, les conséquences financières des changements climatiques prendront au moins trois formes. D’abord, les dommages directs infligés aux infrastructures, aux populations et à l’économie par la recrudescence de catastrophes naturelles.

Puis, les coûts liés à l’inévitable transition vers une économie plus verte, les compagnies pétrolières, les gestionnaires de fonds et les investisseurs risquant de perdre beaucoup d’argent dans le processus, alors qu’une nouvelle tarification viendrait plomber la valorisation de l’actif détenu à plus long terme. Enfin, les cas de poursuites contre des entreprises, des gestionnaires de caisses de retraite ou des gouvernements pour ne pas avoir fait le maximum pour protéger leurs employés, les investisseurs ou les citoyens.

Après ces risques physiques, de transition et de responsabilité suivent les déclinaisons. On pense aux risques financiers — de marché, de crédit, de liquidité et d’assurance —, mais aussi au risque opérationnel, y compris juridique, et à celui d’atteinte à la réputation.

À ces considérants, nombreux, s’ajoutent les limites de l’analyse. Le BSIF n’est pas sans faire ressortir dans son document de travail que les techniques classiques de gestion du risque et les outils courants de simulation de crise ne permettent pas toujours de cerner l’exposition au risque lié aux changements climatiques en raison de la faiblesse des données historiques, de la précarité des prévisions concernant ces changements et de leur incidence à long terme.

D’ailleurs les experts en climat sont les premiers à reconnaître que leur modélisation est vite dépassée par la rapidité des changements mesurés.

La pandémie, une inspiration

L’organisme de régulation suggère notamment de s’inspirer de la pandémie, même si, là encore, la portée réelle de la référence est masquée par l’action musclée des banques centrales sur les marchés et par l’aide massive gouvernementale. N’eût été ces interventions…

La pandémie de COVID-19 et les changements climatiques ont toutefois de nombreux points communs. Notamment, les deux représentent des situations en évolution dont les effets se feront vraisemblablement sentir longtemps et de manières qui sont difficiles à quantifier avec un degré élevé de certitude.

« Dans une perspective de gestion du risque, l’une des principales observations dégagées de la pandémie concerne l’importance d’une modélisation du risque propre aux circonstances […]. Elle a mis en évidence la nécessité d’inclure dans les modèles de risque des facteurs qui échappent aux ensembles de données d’usage courant des organisations pour tenir compte des risques émergents », retient le BSIF.

Risque systémique

Des régulateurs des marchés financiers l’ont concrétisé en 2019, 30 ans après la création du GIEC, quelque 25 ans après la COP1 de Berlin en 1995 : les changements climatiques constituent un risque systémique. De concert avec des banques centrales, ils retiennent dans leur approche prudentielle le scénario voulant que les effets et conséquences négatives puissent supplanter les retombées économiques de la transition et de l’adaptation. Ces institutions martèlent, depuis, le thème du verdissement de la finance internationale, exhortant les décideurs politiques et réglementaires à positionner leur système financier face aux changements climatiques.

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