La comète Trump

À neuf jours de la prise du pouvoir par Joe Biden et le Parti démocrate, la grande question est de savoir si Donald Trump va continuer à exister politiquement après son départ. S’il aura toujours à sa suite un réseau significatif d’électeurs fidèles et d’organisations à sa main.

Ou si au contraire, blessé mortellement par les échecs des neuf dernières semaines, qui ont culminé au Capitole le 6 janvier, le président sortant ne va pas se fondre progressivement dans le paysage, en disparaissant comme une comète.

Répudié par une part croissante de l’establishment républicain (des sénateurs, un ancien président, d’ex-hauts responsables de cabinets, dont plusieurs lui ciraient les bottes hier encore), lâché par les géants des réseaux sociaux qui ont finalement décidé de le censurer, dénoncé dans le monde entier comme fauteur de violence, humilié par ces images de « république de bananes » (le mot est de George W. Bush), Donald Trump n’a jamais été aussi seul.

Sa dernière grande bataille contre le « système », cherchant à faire invalider le résultat des élections, répandant ses accusations de « fraude », déclenchant des dizaines de recours en justice, tentant lui-même de corrompre des responsables locaux, en est aujourd’hui au test final de loyauté, qui sera aussi un test des forces démocratiques aux États-Unis en 2021.

Si on tire un bilan provisoire de cette transition échevelée, le président s’en tire plutôt mal. Mais serait-il, dans un ultime feu de rage, capable de convoquer un autre rassemblement de trublions le 20 janvier à Washington, jour de l’inauguration de Biden ? On peut en douter.


 
 

Les chiffres sont intéressants. Rassemblées sur la place attenante à la Maison-Blanche, il y avait au maximum 40 000 personnes, convoquées depuis des semaines par le président (« Venez en grand nombre, ça va barder ! ») puis haranguées par l’occupant en sursis de la Maison-Blanche, avec des menaces à peine voilées (« Allez-y ! Allez acclamer vos sénateurs… mais pas tous ! »).

Quarante mille, c’est à la fois beaucoup et peu. Place Tahrir au Caire en janvier 2011, ils étaient aisément dix fois plus nombreux.

Une moitié, peut-être un tiers de cette foule, a ensuite franchi les 1800 mètres menant à l’esplanade du Capitole. Et quelque chose comme six ou huit cents personnes ont finalement pénétré dans le bâtiment. Un nombre, soit dit en passant, à peu près identique à celui des bolcheviques investissant le Palais d’Hiver, à Saint-Pétersbourg en novembre 1917. Comme quoi de petits nombres peuvent parfois changer décisivement le cours des choses !

Mais les émeutiers du 6 janvier n’ont pas pris le pouvoir. Ils ont seulement effrayé, pour un court moment, ses détenteurs et dégoûté une majorité d’Américains. Leur caractère improvisé et brouillon contrastait avec la détermination et la clarté des plans des sbires de Lénine, en Russie, 103 ans plus tôt.

Pendant que la violence se déchaînait au Sénat, à la Chambre des représentants et dans quelques bureaux (cinq morts), le chef des troupes n’était pas avec ses stratèges à planifier scientifiquement la suite de la « révolution »… Non : monsieur regardait tout simplement un bon spectacle, en direct à la télévision !

Personne n’aime autant une bonne émission que cet homme passé directement de la téléréalité au Bureau ovale, pour qui tout est spectacle. Mais sa chère télévision le lâche aujourd’hui : Fox News (hormis quelques commentateurs) a « trahi », rapportant les chiffres réels de l’élection. Les petits réseaux encore plus ultras (America One, Newsmax) paraissent en difficulté, tout comme le projet incertain de lancer une « chaîne Trump ».

Quant aux électeurs du président (74 millions, chiffre impressionnant, mais 7 millions de moins que Biden), où iront-ils ? Une grosse moitié est composée de républicains traditionnels, qui se recaseront. Mais une fraction importante vit dans le « culte » du chef, les complots, la réalité alternative. Le Parti républicain est gravement divisé ; peut-être se scindera-t-il en deux.

On a déjà vu des comètes aveuglantes frôler la Terre, hypnotiser les foules, créer la panique… puis disparaître dans l’espace intersidéral.

François Brousseau est chroniqueur d’affaires internationales à Ici Radio-Canada.

32 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 11 janvier 2021 03 h 06

    Hihihi...

    Et la force de sécurité interne du Capitol de plus de 2,500 membres qui sont supers équipés... était en "congé"... Et ce n'est pas Trump qui peut leur ordonner d'être en vacances ou en congés... et de maintenir un minimum du minimum de la force de la sécurité sur place... De plus, le très de membres présents était sans les équipements de contrôle de foule...
    Et si se piètre spectacle était tout simplement "désiré" et "voulut" par les grands partis poliques, qui ne pouvaient ne pas savoir qu'il y aurait assurément des "grabuges en tous genres". Les républicains se débarrassant du président moron, et les démocrates pour se débarrasser pour longtemps d'une possible remontée au pouvoir des républicains... Et le nigaud et crétin Trump est tomé directement dans le piège tendu...

    • Eric David - Inscrit 11 janvier 2021 10 h 59

      Si les chiens avaient des scies... Tellement facile de spéculer sur tout et n'importe quoi.

    • Jacques Légaré - Abonné 11 janvier 2021 13 h 43

      Serge, le piège est peu probable.

      Comme les populistes sont de droite, les responsables de la sécurité du Capitole ont sans doute pensé qu'ils ne feraient que hurler...

      C'est mal connaître tant l'extrême-droite (putsch raté de Hitler en 1923, mais réussi par Mussolini à Rome l'année suivante) que l'extrême-gauche (putsch réussi de Lénine en octobre 1917 et réussi par Castro en 1959).

      Nos démocraties républicaines (de la droite à la gauche) doivent rester armées, et très armée. Mais respectueuse des droits, dont celui de la manifestation pacifique.
      Pour ne pas l'avoir respecté en 1905, Nicolas II perdit et le pouvoir et la vie.

      Prédiction : si Trump est au bord de la destitution par ses sénateurs républicains, il va faire comme Nixon en 1973 ; démissionner quelques heures avant le vote.

    • Serge Pelletier - Abonné 11 janvier 2021 16 h 57

      M. David, avez-vous déjà été au Capitiol. Moi oui. Et je vous garanti que quand les forces de sécurité sont TOUTES présentes, elles peuvent faire face aisément et facilement à des gens qui désirent entrer dans la bâtisse. Pour l'extérieur, cela est autre chose, c'est une question de nombre.
      Prenez juste ici, lorsque les étudiants manifestaient (et que des troubles makers s'en donnient à coieur joie)... quelques centines de policiers anti-émeutes ont facilement maîtriser la situation une fois que l'ordre d'intervention fut donné...
      Lorsque vous voyez un garde seul dans les escaliers, sans équipement, reculer et reculer dun escalier à l'autre... Cela donne une idée que les agents de sécurité du Capitol n'taient pas là en nombre suffissamment, tout en n'étant pas équipés pour résister à une intrusion de manifestants.
      Mais pourquoi... Une seule réponse possible. C'était voulut par le haut de la pyramide hiérarchique de la sécurité du Capitol. Trump ne pouvant donner aucun d'ordre à cette direction. Elle est complètement autonome. Pour l'extérieure, aucune force autres que la police municipale de la ville ne peut intervenir sans une autoriation express qui est formulée par la mairesse de la ville, et l'autorisation du gouverneur (cela est un État) à qui cette demande est acheminée qui lui-même doit avoir l'assentiment de la haute hiérarchie militaire (Pantagone). Washington DC n'étant pas un état ne possédant as de garde-nationnaux... Cela a simplement "niaisé" dans le manche.
      Noter aussi que la garde-nationale n'est pas une force armée des États-Unis d'Amérique, mais une force armée que chacun des états possède (leur statut militaire, c'est un peu comme la réserve d'ici: des volontaires à temps partiel.

  • Yvon Pesant - Abonné 11 janvier 2021 04 h 16

    Des échecs en chaîne

    Tout aura été est une série d'échecs pour les États-Unis avec la présidence de Donald Trump depuis 4 ans.

    Quant au boutefeu qu'est le personnage en question, il est à se demander, en lien avec les plus de 200 millions de dollars récoltés auprès des inconditionnels supporteurs de ses frasques, s'il ne va pas s'en servir pour la création de cette chaîne de télévision "Trump" pour continuer de les leurrer sur son supposé projet de "grande Amérique encore" tout en continuant plutôt de flatter son grand égo merdique.

    "The show must go on.", qu'ils disent, les Amerloques.

  • Nadia Alexan - Abonnée 11 janvier 2021 05 h 09

    On récolte ce que l'on sème!

    Le président sortant, Trump, symbolise l'oligarchie des barons voleurs qui règnent aux États-Unis depuis quarante ans.
    Les États-Unis portent le fruit de décennies de cruauté - brisant les syndicats, coupant les services publics et siphonnant les ressources et la richesse publique entre les mains de quelques oligarques.
    Ces actions, motivées par la suprématie et la haine blanches, sont répréhensibles, mais auraient pu être prédites. Ils viennent après des années à minimiser la résurgence des groupes nationalistes blancs organisés aux États-Unis, tandis que les dirigeants ont semé la méfiance à l'égard des institutions publiques par la désinformation et l'évidement des services publics jusqu'à ce qu'ils ne soient plus fiables.
    C'est l'impact de la politique de l'austérité. Les coupes dans les institutions publiques dans les pays riches comme les États-Unis font qu'il est plus difficile pour les gens de répondre à leurs besoins les plus élémentaires comme les soins de santé, le logement ou la sécurité alimentaire. Cette austérité est souvent présentée comme une réduction des impôts et des dépenses comme moyen de croissance économique. Nous savons que cela ne fonctionne pas - les réductions d’impôts et de dépenses canalisent les richesses nécessaires à des institutions publiques efficaces dans les poches de quelques-uns.
    C’est cyclique: les réductions budgétaires signifient que les institutions ne peuvent pas fournir autant de services; les gens n'arrivent plus à subvenir à leurs besoins élémentaires, ils sont frustrés par les institutions qui sont censées les aider; il y a moins de soutien politique pour ces institutions et les réductions budgétaires se poursuivent.
    Les émeutes de la semaine passée sont l'accumulation de décennies de frustration et de trahison par les élites qui ont abandonné les citoyens qu'ils sont censés servir.

    • Simon Pelchat - Abonné 11 janvier 2021 09 h 06

      Excellent commentaire auquel je souscris. Le Québec où le système est le plus égalitaire en Amérique du Nord a été malheureusement fragilisé au cours des dernières décennies avec les politiques néo-libérales et il est toujours constamment sous pression. Il le sera encore plus dans le post-pandémie. Le Québec progressiste doit se serrer les coudes.

    • Clermont Domingue - Abonné 11 janvier 2021 10 h 57

      Madame Alexan,trop de gens n'arrivent pas à saisir le réel. Les révolutions successives, informatique, numérique et post-numérique ont radicalement changé l'économie. Malheureusement,les dirigeants politiques restent enfermés dans leurs visions d'hier .Leur obsession est la création d'emplois, alors qu'elle devrait être un juste partage de la richesse. La poussière est dans l'oeil et le ver dans la pensée.

      Où il y avait cent bûcherons, il y a une machine.Là où il y avait trente fermiers avec des petits troupeaux, il y a un producteur avec deux cents vaches, des machines et des robots. Là où il avait des caissières, il y a des guichets automatiques etc etc...Regardons autour de nous..

      L'efficacité des moyens de production a été décuplée. Telle richesse doit être répartie entre tous et non concentrée entre les mains d'une minorité.Nous avons un problème de distribution ...Sur ce point, la pandémie est très instructive. Les milliards distribués par le fédéral permettent aux Canadiens de passer à travers la crise et telle expérience doit nous faire comprendre qu'il n'y a pas que l'emploi pour assurer la justice sociale.

      Nos autorités politiques choisiront-elles de transformer en dette publique les milliards créés par la Banque du Canada ou oseront-elles sortir du carcan qui suscite la révolte?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 janvier 2021 13 h 08

      @ M. Pelchat,

      Imaginez que, pour beaucoup de citoyens Américains républicains, notre système de santé est une mesure communiste!

      Très préoccupant le clivage chez nos voisins du Sud.

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 11 janvier 2021 13 h 12

      Dans le sens de votre commentaire, si on veut comprendre à quel point la société américaine a manqué un rendez-vous historique avec elle-même, il faut absolument visionner la série documentaire "Reconstruction" réalisée par la chaine publique PBS et qui avait été suggérée par M. Lisée la veille de Noël dernier. En résumé, ça raconte une partie importante de l'histoire des États-Unis sur une soixantaine d'années suivant la fameuse guerre de sécession américaine. En regardant ce contenu, je me suis mis à penser à ce qu'aurait pu devenir le peuple américain si les dirigeants du Nord (supposément victorieux de cette guerre) n'avaient pas démissionner en laissant pratiquement les dirigeants blancs du Sud (supposément perdants de cette guerre) réécrire l'histoire et les aboutissants de cette guerre et surtout en les laissant reprendre carrément le pouvoir des institutions d'état et du reste. Que ce serait-il passer si un suprémaciste blanc n'avait pas assassiner le président Lincoln alors que la marche pour émanciper les esclaves était en bonne voie ? Pour vous faire une tête à ce sujet: https://www.youtube.com/watch?v=8buF2t0VMFs

      Quant à comparer la situation de la semaine dernière à Washington et celle des révolutionnaires bolchéviques de 1917 en Russie, je suis loin de considérer qui le contexte politique, économique et social des deux événements ont un quelconque rapport entre eux.

    • Jacques Légaré - Abonné 11 janvier 2021 13 h 45

      Trés juste, Nadia.

      La crise américaine résulte du sabotage mené par les Républicains contre la social-démocratie portée par les Démocrates depuis...Taft et les deux Roosevelt.

    • Serge Pelletier - Abonné 11 janvier 2021 17 h 30

      M. Grandchamp, pas uniquement notre système de santé. Tout le système entier... et encore plus le système politique. Mais pour le système de la santé, il faut faire attention, il s'agit d'un système hybride comme ici: le fédéral (Washington d'un bord, et chacun des états sur l'autre). Certaines choses dépendent du fédéral (les soins de la santé de base pour les "vieux" de 65 ans - qui peuvent être bonifiés par les états moyennant une contribution de X années avant l'âge de la retraite). En fait, le Obama Care était pour normaliser la chose et l'accès pour une majorité de citoyens (mais pas pour tous, contrairement à ce qui était galvaudé ici)... Et comme ici la chicane a poigné: fédéral contre les états, fédéral contre les compagnies (pas toutes, mais la mojorité), etc. Et comme ici, c'est toujours la faute aux autres...

    • Claude Coulombe - Abonné 12 janvier 2021 01 h 19

      @ Serge Pelletier

      Peu familier de la politique américaine, je trouve vos commentaires forts pertinents à l'exception de votre premier qui flirtait avec la théorie du complot. Que voulez-vous, personne n'est parfait, ce qui m'inclut. Continuez à enrichir ce forum. En toute sincérité MERCI!

      Claude COULOMBE

  • Yvon Montoya - Inscrit 11 janvier 2021 06 h 10

    On ne voit pas bien le rapport en toute objectivité avec la Russie sauf si vous êtes dans le quantitatif et encore...et dire qu’il y a des personnes qui le soutiennent encore ( même chez des commentaeurs du Devoir et au Quebec comme ailleurs en Occident) sans oublier que l’idéologie portée par Trump reste toujours aussi menaçante pour nos libertés. Le problème reste tout entier avec ou sans Trump.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 janvier 2021 10 h 31

      quelque " 29 508 déclarations fausses telles que colligées par la chronique « Fact Checker » du quotidien The Washington Post ?
      https://www.journaldemontreal.com/2021/01/11/sa-place-dans-lhistoire

    • Miguel Mathieu-Fernandez - Abonné 11 janvier 2021 10 h 53

      « L'idéologie reste menaçante pour nos libertés », « quel rapport objectif avec la Russie?»

      En effet, aucun lien, circulez...

  • Pierre Labelle - Abonné 11 janvier 2021 06 h 51

    Les lendemains !

    Les lendemains du 20 janvier pour Donald Trump s'annonce pour le moins très judiciarisés. Seulement la ville de N.Y., attend ce moment depuis de nombreux mois pour faire pleuvoir sur ce faux milliardaire une multitude d'accusations de fraudes, de pots de vin etc... Ça va tenir occuper ce monsieur et son Guliani avocat pour plusieurs mois, voire années. Alors il lui faudra oublier 2024, à moins que ce ne soit déjà fait... Et que dire de ces Républicains qui se sont laisser volé leur parti par ce démagogue, ce mégalomane et grossier personnage, des regrets??? Un peu tard!!!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 11 janvier 2021 08 h 22

      " Et que dire de ces Républicains qui se sont laisser volé leur parti par ce démagogue".

      Effectivement! De tous les Mike Pence qui l'ont laissé naviguer dans ses mensonges à répétition, ses atteintes à la justice et à la démocratie?