Difficile convalescence de l'emploi

Le marché de l’emploi était solidement engagé sur la voie de la récupération avant que la remise sur pause de la deuxième vague ne vienne prolonger la durée de la convalescence. Il restait encore à faire, et beaucoup de plaies à panser.

Difficile de faire un bilan précis de l’emploi en 2020. Les dernières données de Statistique Canada couvrent la semaine du 6 au 13 décembre. Le resserrement des restrictions depuis et son débordement jusqu’au début de février 2021 indiquent une interruption temporaire de la phase de récupération observée depuis mai susceptible d’assombrir les données de décembre et de couvrir une bonne partie du premier trimestre de 2021. L’on espère qu’ensuite, l’accélération de la campagne de vaccination, l’épargne involontaire ou forcée accumulée par les ménages durant la pandémie et le maintien des programmes ciblés d’aide aux revenus alimenteront un nouveau rebond de l’emploi.

Car beaucoup restait à faire avant cette prolongation de la pause de Noël. Statistique Canada souligne qu’en décembre, la crise sanitaire touchait encore 1,1 million de travailleurs sous la forme d’une perte d’emploi ou d’heures de travail réduites, soit 20 % des 5,5 millions recensés en avril. Toujours en décembre, le total des heures travaillées était de 5,3 % inférieur à celui de février, dernier mois de la période dite prépandémie. Une part importante de la main-d’œuvre demeure donc sous-utilisée, l’agence fédérale de statistiques ajoutant que 488 000 Canadiens travaillaient moins de la moitié de leur temps de travail habituel le mois dernier, relèvent les analystes de la Banque Nationale. Le taux de sous-utilisation mesuré par Oxford Economics atteignait les 17,1 % le mois dernier, contre 11,6 % en février.

Au chapitre du chômage, au total, le Canada comptait 636 000 emplois de moins qu’en février, l’emploi restant ainsi à 3,3 % sous son niveau prépandémie. Et le nombre d’entreprises actives en septembre (dernière donnée disponible) est demeuré de 7,2 % inférieur au nombre observé en février. Par segment, avec 198 000 emplois en moins, le nombre de travailleurs autonomes est tombé à son plus bas depuis le début de la pandémie de COVID-19, soit à 6,8 % sous son niveau observé en février. Pour sa part, le nombre d’employés du secteur privé se situe à 4,1 % en deçà de son niveau de février, soit une perte de 512 000 emplois. Seul le secteur public a fait des gains, crise sanitaire oblige, son niveau d’emploi passant (à 1,9 %) au-dessus de son niveau de février, pour une augmentation de 73 000.

Avec un taux de récupération parmi les plus élevés à l’échelle canadienne, le Québec fait mieux avec l’emploi à 2,9 % sous son niveau de février. N’empêche, même s’il a progressé de 692 900 depuis mai, ce gain n’équivaut plus qu’à une récupération de quelque 84 % des 820 500 emplois perdus entre février et avril 2020, a indiqué l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Les « sacrifiés » de la pandémie

Et la pandémie n’a pas été sans engendrer de nombreux « sacrifiés ». Parmi les grandes victimes, l’emploi est demeuré le plus éloigné des niveaux observés avant la pandémie chez les jeunes (-10,5 %) comparativement à tous les autres groupes démographiques en décembre, et les jeunes femmes (-12,1 %) ont continué d’être plus durement touchées que leurs homologues masculins (-8,8 %), a souligné Statistique Canada. Sur 12 mois, on comptait 247 000 jeunes en emploi de moins.

Et signe que la pandémie peut avoir des répercussions plus structurelles, il ressort une présence toujours croissante de chômeurs de longue durée, sans emploi pendant 27 semaines et plus, dont le nombre atteignait 493 200 en décembre, 50 000 de plus que le mois précédent, pour représenter 28,1 % des chômeurs, près du double du pourcentage observé en février.

Sur un an, donc, le Canada avait perdu 571 600 emplois par rapport à décembre 2019, soit un recul de 3 %, 58 % de ces pertes venant de la restauration et de l’hébergement. Faible consolation, le recul atteint les 6,2 % aux États-Unis. Au Québec, le niveau de l’emploi a diminué de 88 500, pour un recul de 2 % dans l’intervalle, l’hébergement et la restauration étant également les plus éclopés avec une baisse de 36,5 %.

« La croissance de l’emploi à temps plein, de l’emploi dans les secteurs privé et public, ainsi que de l’emploi bien rémunéré demeure faible comparativement à celle de l’an dernier, mais est en progression depuis quelques mois », fait toutefois ressortir l’Institut du Québec, qui retient également que la « croissance des salaires demeure bonne ».

L’évolution des salaires se veut toutefois très inégale et encore une fois fortement influencée par la crise sanitaire. L’ISQ disait jeudi, à partir de données comparant les mois d’août 2019 et 2020, que le taux de récupération de la masse salariale était de 101,4 % pour l’ensemble des industries, mais de plus de 110 % dans les soins de santé et l’assistance sociale, de seulement 75 % dans les services d’hébergement et de restauration.

Il restait beaucoup à faire, disait-on.

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