Les Bougon sous les palmiers

Le retour de la famille Bougon avec les acteurs de la télésérie culte à Percé fut le grand clou du dernier Bye bye. Fort à propos, par-dessus le marché. Les hordes d’affreux, sales et méchants Québécois venus souiller sans remords l’été dernier les plages de Gaspésie trouvaient des antihéros en or pour les représenter. Pas de classe, sans foi ni loi, vulgaires, jetant leurs excréments partout, rançonnant les visiteurs sur leur terrain squatté et empochant des paquets de chèques de la PCU. La phrase de Rémy Girard, alias papa Bougon : « Plus besoin de fourrer le gouvernement. Il se fourre tout seul ! » est devenue virale. Mention spéciale à la prostituée Dolorès s’envoyant en l’air avec des « locaux » dans le fond de la caravane, désormais flanquée d’un site agacepésie.com pour rameuter le client. On n’arrête pas le progrès…

Plusieurs s’étaient ennuyés de ces Bougon, faut croire. Près de quinze ans sans nos joyeux fripons, c’est long. Mais Radio-Canada pourrait-elle encore s’offrir un portrait de famille aussi gratiné et mal embouché qu’à l’époque ? Hum, pas sûre !

Des Bougon en épices dans le bouillon du Bye bye, ça se digère bien. Mais semaine après semaine, sous péripéties nouvelles, nos zozos ne seraient plus fréquentables à l’écran. Ils recevraient des tomates après chaque épisode à pleins réseaux sociaux. Si un ancien sketch de La petite vie a failli atterrir dans la poubelle de la SRC après plainte de racisme, c’est que le second degré passe moins bien que jadis dans notre univers écrabouillé. Et que tout le monde a la mèche courte.

Aujourd’hui, non seulement le clan pourri volerait la PCU, mais il s’envolerait dans le Sud en plein confinement pour s’ouvrir des cliniques de faux tests COVID. Il trouverait même le tour d’empocher par ruse les chèques de 1000 $ que le fédéral, réflexion faite, ne veut plus offrir aux voyageurs post-tequilas en quarantaine. Le tout, après s’être acoquiné aux radios poubelles, aux antimasques, aux pro-Trump, aux conspirationnistes afin d’arnaquer leurs adeptes crédules, tout en semant le virus parmi le bon peuple.

Traités de touristatas, de covidiots et autres noms d’oiseaux, arrachés par magie à leur petit écran, nos Bougon je-m’en-foutistes seraient lapidés par une foule en colère et bombardés par les caméras de télé à l’aéroport. Autres temps, autres mœurs…

Bons Bougon, mauvais Bougon…

Longtemps enfermés chez eux, entre deuils et chômage, les Québécois ont moins le cœur à rire. Loin de moi l’intention d’implorer la clémence pour les Bougon nomades de ce monde. S’envoler dans le Sud durant les Fêtes n’était pas une bonne idée du tout. D’ailleurs, les avions sont des foyers de contamination plus dangereux encore que les hôtels tout compris. Reste que ces fuites dans le Sud se faisaient en toute légalité. Justin Trudeau aurait pu interdire les voyages non essentiels et n’en fit rien. Le fédéral est le vrai responsable de ce gâchis. Ces mesures gouvernementales ajoutées pour réclamer des tests de COVID aux voyageurs avant de revenir au pays témoignaient du climat de panique en haut lieu, plus que d’un accès de vertu trop tardif. Le mauvais exemple offert par des élus en escapades était exécrable, mais leurs exécutions décrétées à la fine épouvante sentaient l’improvisation à plein nez, dans le but d’apaiser l’indignation publique avant tout.

Les vacanciers, certes insouciants et égocentriques, devenaient les boucs émissaires idéaux. Les voir aux infos s’envoler guillerets, puis s’enlacer sur les plages sans masques, tout humides de sable mouillé, a rendu les encabanés de l’hiver fous furieux. Rien de plus frustrant que de suivre les consignes en regardant les autres s’en balancer au soleil. N’empêche : ce climat de lynchage ciblé fait peur.

Car les fêtards des gros partys de Noël et du jour de l’An, ceux-là dûment interdits par l’État, s’en tirent à bien meilleur compte que les bronzés. Et qui demande leur tête ? Pourtant, nos Bougon maison mettaient aussi leur société en danger. La hausse des cas de COVID, surtout chez les jeunes, provient des célébrations sauvages au royaume du Québec. Les oiseaux migrateurs n’étaient pas encore revenus de leurs destinations soleil pour aggraver le problème. Ce reconfinement strict avec paralysie économique, couvre-feu et grincements de dents apparaît d’abord causé par les dérives de Québécois sur nos rives.

L’indulgence générale est accordée à ceux qui ont fait, comme tant d’autres, quelques tricheries au foyer. Pas aux bambocheurs sous les palmiers. Reste que dans l’ensemble, les familles irresponsables ici ou ailleurs ont moins la cote en temps de pandémie qu’hier. Va pour réunir les Bougon au Bye bye, mais qui oserait leur consacrer une nouvelle série aujourd’hui ? Ils ont fait trop de ravages dans la vraie vie…

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