Mise sur pause prolongée

Le gouvernement québécois croit qu’il peut stopper, voire inverser, la progression pandémique en prolongeant d’un mois l’essentiel de la mise sur pause de Noël. Aller plus loin aurait pu faire craindre une éventuelle comptabilisation de dommages irrécupérables, doit-on comprendre.

« Au niveau économique, s’il y avait un autre confinement comme on l’a vécu au printemps, ce serait un désastre », avait déclaré le ministre de l’Économie et de l’innovation, Pierre Fitzgibbon. « On ne veut pas ça cet automne, ça serait catastrophique », avait renchéri le même jour le premier ministre, François Legault. Ces déclarations faites à la mi-septembre évoquaient un scénario de reconfinement à l’automne, une période durant laquelle l’activité économique se veut plus intense que celle de mi-janvier, mi-février.

Pour plusieurs, le gouvernement Legault aurait donc pu aller plus loin. Il a préféré s’inspirer, disait-on, des expériences française et belge d’octobre. L’impact économique attendu du deuxième confinement se voulait moins sévère que le premier. Les données ou projections françaises et belges faisaient déjà ressortir un confinement automnal économiquement moins sévère qu’au printemps.

Pour la France, qui s’est reconfinée fin octobre dans un temps fort économique, les analystes anticipaient une chute de 20 % de l’activité en automne conduisant à une ponction de 1,7 point par mois sur le PIB annuel, contre respectivement un plongeon de 30 % et une érosion de 2,5 points par mois mesurés au printemps.

Tant en France qu’en Belgique on observait que la secousse demeurait solidement ressentie par les secteurs de la restauration, du tourisme et du commerce de détail, déjà ébranlés par le premier confinement, des effets que l’on souhaitait adoucis par les mesures de soutien gouvernemental ciblées pour les travailleurs et les entreprises touchés, d’autant plus que cette nouvelle paralysie survenait au pire moment pour ces industries. Et que l’effet du nouveau confinement s’ajoutait aux conséquences du premier.

Un dispositif qui se veut plus souple

Pour les autres secteurs également frappés lors du premier confinement, les contrecoups se voulaient amoindris. « Les entreprises n’évoluent plus en terrain inconnu. Elles ont appris de l’expérience du printemps et ont adapté leur organisation de travail, ce qui peut avoir un impact important sur la continuité de l’activité », résumait un analyste européen.

S’inspirant de l’approche française, le dispositif se veut plus souple et prévoit une certaine continuité de l’activité économique permettant aux autorités de concentrer les aides sur les secteurs les plus affectés et de mieux cibler les aides, a-t-il ajouté.

Sur les marchés, les investisseurs ne soutiennent pas la thèse de l’effondrement économique et ne craignent pas un effet boule de neige. « Le deuxième confinement est plutôt perçu comme une réplique du tremblement de terre économique du printemps, dont les effets seront moins forts », le tout devant être situé dans un contexte d’arrivée des vaccins, pouvait-on lire dans la presse européenne. Bref, la table était mise.

Un avertissement aux Québécois indisciplinés

Il est indéniable que la santé publique a préséance sur la santé économique, ce qui n’atténue en rien l’interaction entre les deux. Aussi, si les déclarations de MM. Legault et Fitzgibbon se voulaient un avertissement lancé aux Québécois indisciplinés, elles n’étaient pas sans traduire également la crainte qu’une pandémie s’inscrivant dans la durée, accompagnée de confinements à répétition, ne vienne affecter durablement et structurellement la capacité de production.

Au demeurant, le prolongement de la pause de Noël jusqu’au début de février ne sera pas sans assombrir les perspectives économiques en 2021 au chapitre de l’investissement, de l’emploi et du risque de faillite, tout en exerçant un poids toujours plus ressenti sur les finances publiques et en subordonnant la reprise de l’activité économique à l’utilisation que feront les consommateurs de leur épargne forcée ou involontaire. Mais il ne devrait pas altérer durablement le rebond de l’économie observé depuis mai.

On connaît déjà les sérieux dommages causés, voire l’hécatombe frappant l’industrie dite de la distanciation sociale. Notamment la restauration-hébergement, le commerce de détail, le secteur voyages-tourisme et le secteur culturel. Fallait-il étendre de nouveau le supplice ? Les Manufacturiers et exportateurs du Québec ont ajouté leur voix pour manifester leur inquiétude face aux conséquences majeures qu’aurait pu entraîner un reconfinement sur eux.

« Les entreprises manufacturières doivent planifier : elles ne peuvent se permettre de faire du stop-and-go. Elles doivent pouvoir s’engager auprès des clients et fournisseurs et respecter ces engagements. En plus, elles font face à une compétition féroce à l’international, notamment aux États-Unis, où leurs concurrents, eux, continuent de fonctionner. Les carnets de commandes vont être affectés, des clients seront perdus et on peut déjà entrevoir des pertes d’emplois. Il faut éviter un tel scénario », rappelait l’Association.

1 commentaire
  • Serge Pelletier - Abonné 7 janvier 2021 19 h 56

    Bien oui, bien oui...

    En fait, M. Bétubé, les morts et les risques de morts sont de trop. Ce sont les $$$ qui comptent. Dites vous, M. Bérubé, que si le GV-Q-Legault n'avait pas dansé le cha-cha-cha dès le début, et qu'il aurait imposer des mesures strictes, mais logiques, en la matière de confinement, et de voir à admettre immédiatement que le port d'un masque (entre autres) était nécessaire pour contenir l'expension tous azimuts des contaminations le Québec n'en serait ps rendu là. La gang directement sous l'autorité d'Arruda "pond" des rapports allant dans le sens que lui le désire... Cela donne ce que cela donne des tartellettes indigestes.

    Pour ne pas demeurer en reste, legault en personne en rajoute... avec des niaiseries en joun "le bon père de famille"... Pire encore, il en est rendu à dire des mots frappant l'imagination tel que "couvre-feu" au lieu de tout simplement être plus spécifique (termes des actions et définitions* des mots) sur ce que doit comprendre un confinement. Confinement que plusieurs ont assimiler à emprisonnement.

    En fait, c'est du n'importe quoi, n'importe comment et ce depuis le début. Et ne vous faites surtout pas, cela ne changera pas de sitôt. L'individu Legault a toujours été brouillon, et il le demeurera. La différence, c'est qu'aujourd'hui il est à la timonerie du navire Québec qui est en perdition.


    *Définition: Opération par laquelle on détermine le contenu d'un concept en énumérant ses caractères. (dic. langue française)