Le meilleur de la politique à l’écran

Vous avez épuisé la liste de recommandations télé de vos amis ? Vous avez écouté jusqu’à la nausée des films et concerts de Noël ? Arrêtez de visionner idiot et profitez du temps d’écran qu’il vous reste pour plonger dans des récits qui, souvent, dépassent la fiction. Voici mes meilleurs visionnements politiques de l’année.

Le dernier felquiste

Il serait trop facile de lui décerner le prix de la série documentaire historique la plus achevée de l’histoire de notre télévision. C’est probablement la seule. Dit autrement : c’est la série politique la plus intéressante à avoir été présentée sur nos écrans depuis que Denys Arcand et Mark Blandford ont offert leur docufiction Duplessis en… 1978.

En six épisodes, sans aucune longueur, le journaliste Antoine Robitaille, l’historien Dave Noël (journaliste au Devoir, NDLR), Félix Rose (auteur du documentaire Les Rose) et les réalisateurs Flavie Payette-Renouf, Rose et Éric Piccoli, déroulent les fils d’une intrigue tarabiscotée.

Puisque le personnage central de l’enquête, Mario Bachand, était présent aux premières années du FLQ et fut assassiné à Paris vers la fin de la saga felquiste, l’équipe d’enquêteurs nous fait habilement revivre l’essentiel de l’histoire du FLQ. L’utilisation des archives est remarquable, le support de dessins pour soutenir le récit, très réussi.

Les ficelles dépassent : on voit bien que Robitaille et Noël font semblant de suivre des pistes dont ils savent qu’elles ne mèneront nulle part. Mais c’est pour mieux nous faire connaître les théories folles qui ont couru autour de cette affaire. Ils ne manquent ni d’ingéniosité ni de persévérance pour nous conduire, en fin de série, à ce qui s’approche d’une confession. Chapeau !

Sur Club Illico.

Les felquistes à l’international

Il faut aussi souligner l’excellence du reportage effectué par Luc Chartrand pour l’émission Enquête au sujet des ramifications internationales du FLQ. La recherche est fouillée et, ici encore, l’utilisation de dessins faisant très années 1960 est à la fois habile et évocatrice. L’anecdote voulant que des felquistes de passage à New York aient été la bougie d’allumage de la vocation terroriste du groupe terroriste Weather Underground est particulièrement savoureuse.

À visionner sur le site Internet de l’émission Enquête.

Le moment perdu de l’égalité raciale

Je savais qu’il y avait un trou dans ma culture historique américaine. Lincoln, oui, je connaissais. La guerre civile. La proclamation d’émancipation des Noirs. J’avais repris le fil avec Martin Luther King, Selma, les grandes lois réparatrices des années 1960.

Mais entre les deux ? Où était passée la suite de Lincoln ? Les effets de la proclamation d’émancipation ? Pourquoi l’abolition de l’esclavage n’a-t-elle pas produit l’égalité des citoyens ? Pourquoi a-t-il fallu attendre encore un siècle ? On nous donne les réponses dans les formidables quatre heures du documentaire de PBS, présenté par l’historien Henry Louis Gates Jr., sur cette période dite de la « Reconstruction », qui va de la fin de la guerre civile jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Oui, il y a eu un moment où les Noirs américains ont eu le droit de propriété, le droit de vote, le droit de siéger dans les législatures des États du Sud, à la Chambre des représentants, au Sénat américain. Oui, il y a eu un moment où les racistes du Sud furent mis sur la défensive. Puis il y eut la contre-offensive blanche. D’abord ténue et désorganisée, puis violente et systématisée. Un moment de grande régression. C’est dur à regarder. Mais c’est extraordinairement éclairant sur les racines de la situation raciale américaine actuelle, y compris les débats entourant le blackface, les statues des confédérés au Sud et les stigmates racistes dans la culture populaire.

Je mets ça dans ma catégorie NPVCDLUTDVC (Ne pas voir ce documentaire laisse un trou dans votre culture).

Je n’ai pas trouvé de version française, mais vous pouvez y ajouter des sous-titres français ici.

La meilleure entrevue de l’année : Marwa Rizqy

La disparition de l’émission Les francs-tireurs, à Télé-Québec, est inexplicable. Malgré le passage du temps, l’intérêt n’a jamais fléchi. À preuve, la meilleure entrevue politique de l’année au Québec a eu lieu sur ce plateau. L’étoile montante de la députation libérale, Marwa Rizqy, y présente sans fard une enfance et une adolescence qui auraient pu la détruire pour la vie, mais qui ont au contraire fait d’elle une frondeuse.

Sur le site de l’émission.

C’est la faute des algorithmes

On a reproché au documentaire Derrière les écrans de fumée (traduction de The Social Dilemma) d’exagérer l’effet des algorithmes des médias sociaux sur l’angoisse, le suicide et la violence modernes. Mais si seulement la moitié de ce qu’ils disent est vraie, il y a de quoi être terrifié. La crédibilité du récit repose sur ses principaux intervenants : ce sont eux qui ont conçu à Google ou à Facebook plusieurs des outils informatiques qu’ils dénoncent maintenant.

Le documentaire estime à bon droit qu’il est illusoire de penser que les géants des réseaux sociaux vont s’autoréguler. Leurs actionnaires réclament des rendements qui dépendent de la publicité, qui elle-même dépend des algorithmes qui vous gardent rivés à vos écrans. La réponse, ici comme pour le tabac ou le pétrole, ne peut venir que de lois et de règlements qui interdisent l’utilisation de certaines des fonctions pensées pour induire l’accoutumance et la polarisation. Il faut voir ces algorithmes comme la nicotine du XXIe siècle.

Sur Netflix.

À voir en vidéo