Retour en force de la consommation

Les analystes n’ont d’yeux que pour le consommateur. Toute cette épargne accumulée durant la pandémie se voudrait le point d’ancrage servant de base à la relance.

La reprise attendue en 2021 demeurera tributaire des aléas de la pandémie et de l’efficacité de l’opération de vaccination, ce qui laisse présager un départ lent, voire erratique, en début d’année. Mais à voir comment les achats en biens durables ou semi-durables et la ruée vers l’immobilier résidentiel ont alimenté la relance post-confinement, la consommation imposera le rythme en 2021 au fur et à mesure que l’incertitude se dissipera, prédit-on.

DBRS, Oxford Economics, Banque Royale, Banque de Montréal… Tous ciblent cette épargne additionnelle accumulée durant la crise sanitaire. Il y en aurait pour 120 milliards au Canada selon Oxford, pour 150 milliards ou près de 7 % du PIB canadien, dit la BMO. « Les Canadiens disposent de liquidités importantes. Selon nos calculs, les soldes d’épargne des ménages ont augmenté de 160 milliards de dollars au total au cours des trois derniers trimestres, comparativement aux niveaux d’avant la pandémie », soulignent les économistes de la Royale.

Un accroissement de l’épargne qui se concentre chez les revenus moyens à élevés, en raison du télétravail et de la pondération plus grande des services dans leurs habitudes d’achat, mais qui déborde aux plus faibles revenus, sous l’action des programmes d’aide gouvernementaux.

Taux d’épargne record

Afin d’illustrer l’ampleur de cette aide, la Banque de Montréal indique que le confinement printanier a entraîné une baisse de 7 % de la rémunération des travailleurs entre les deuxièmes trimestres de 2019 et 2020, ce qui n’a pas empêché une hausse du revenu disponible des ménages sous le coup d’une progression de quelque 70 % des transferts gouvernementaux. Ces transferts demeurent en hausse de 37 % depuis la fin de 2019, alors que le recul du revenu des travailleurs se situe maintenant autour de 2 %.

Pas étonnant que le fameux taux d’épargne ait atteint un record de 27,5 % au deuxième trimestre contre un taux de 2 % à la fin de 2019, pour revenir à 14,6 % au troisième trimestre. Il devrait se situer sous les 5 % à la fin de 2021. Dans l’intervalle, les dépenses de consommation auront bondi de 7 %, après une contraction de 6 % cette année, selon la BMO. Un saut qui devrait avantager le segment des services, durement touché par la crise sanitaire.

« Les secteurs dépendant des dépenses discrétionnaires vont croître plus vite, sans toutefois recouvrer pleinement les pertes de 2020 », avance la firme de recherches Oxford. La Banque Royale acquiesce. Les économies largement tributaires des services, comme celle du Canada, ne se relèveront pas complètement tant qu’elles n’auront pas maîtrisé la pandémie. Mais « la demande accumulée des consommateurs devrait contribuer à consolider la reprise une fois que les entreprises des secteurs durement touchés pourront fonctionner normalement ».

Reprise en forme de K

On s’en doute, le retour en force de la consommation sera inégal. La Royale évoque, d’ailleurs, une progression en forme de K. Sur la trajectoire ascendante du K se trouvent les travailleurs à revenus plus élevés, qui ont souvent la possibilité de télétravailler. Sur la trajectoire descendante du K, on trouve les travailleurs peu qualifiés et peu rémunérés dont les emplois exigent des liens physiques avec autrui, explique-t-elle. L’institution rappelle que les personnes qui se situent au bas de l’échelle salariale (estimée à moins de 800 $ par semaine) ont été les plus touchées par les suppressions d’emplois, une bonne partie se retrouvant dans les secteurs particulièrement frappés de l’hébergement, de la restauration, du tourisme et du commerce de détail. Et d’ajouter que le chômage de longue durée (27 semaines consécutives ou plus) a bondi de près de 250 % depuis le début de la pandémie.

De son côté, Oxford évoque la concentration de l’épargne additionnelle chez les ménages à revenu élevé, la lente récupération des emplois et le retrait graduel des programmes d’aide pour craindre un impact demeurant ressenti sur les ménages plus vulnérables. « Les risques d’un endettement « exorbitant » des ménages vont réapparaître au rythme du retrait de l’aide gouvernementale », croit-elle.

Pour Oxford, le retour de l’activité économique au niveau pré-pandémie ne se fera pas avant la fin de 2021 en ce qui a trait au PIB, alors qu’elle n’est pas sur la trajectoire des projections retenue au niveau du chômage. Pour la Royale, ce ne sera pas avant 2022.

  

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