L’effet de ruissellement

Encore une autre étude qui vient démontrer qu’une réduction des impôts pour les plus riches ne favorise pas la croissance économique. Autrement dit, accroître l’effort fiscal des plus fortunés dans la reconstruction des finances publiques post-COVID-19 ne pèserait pas sur la relance économique.

L’étude publiée cette semaine vient des universités britanniques LSE et King’s College London. Les chercheurs David Hope et Julian Limberg montrent que l’impôt des plus aisés a reculé dans les économies développées au cours des 50 dernières années, particulièrement dans les années 1980, lit-on dans un texte de l’Agence France-Presse. Les données portent sur cinq décennies de 18 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). « Chaque réforme [fiscale] notable a mené à une hausse de 0,8 point de pourcentage de la part du revenu national pour les 1 % les plus riches », mais « la performance économique du pays mesurable à travers le taux de chômage ou le PIB par habitant n’a pas changé de manière notable », ont conclu les auteurs.

Cette étude s’ajoute à bien d’autres venues confirmer que l’« effet de ruissellement » n’a aucun fondement économique. Que le « trickle down » ne se veut qu’une vieille doctrine républicaine, mais qui a la vie dure. On sous-entend ici qu’un accroissement des revenus des plus fortunés et des grandes entreprises prend la forme d’une réinjection dans l’économie, soit par le biais de leur consommation, soit par celui de l’investissement, soutenant ainsi l’activité économique générale et se répercutant directement sur l’emploi, indirectement sur une réduction de la pauvreté.

Ce mythe ne découle pas de la théorie économique. Ce qui n’empêche pas des chefs de gouvernement d’en défendre encore l’approche sans pour autant avaliser le concept. On l’a vu en France, selon les propos attribués à Emmanuel Macron, on l’a vu à Washington, sous la présidence de Donald Trump. Mais l’expérience démontre que, pour les individus, il en résulte un creusement des inégalités. Pour les entreprises, les allégements fiscaux offerts servent trop souvent à soutenir des transactions peu productives, comme une rémunération accrue des dirigeants et des actionnaires sous forme de rachat d’actions et de dividende. Ou comme des fusions-acquisitions.

Incidence négative des inégalités

L’OCDE a fait cette conclusion plus d’une fois. Les inégalités de revenu ont une incidence négative, statistiquement significative, sur la croissance économique à moyen terme. « L’effet négatif à cet égard ne se vérifie pas seulement pour le premier décile au bas de l’échelle de distribution du revenu, mais pour les quatre premiers déciles. » L’OCDE ajoute que toute amplification des inégalités fait chuter la croissance. Une redistribution par l’intermédiaire des impôts et des prestations est la clé, avec des politiques de redistribution ciblées et centrées sur les outils les plus efficaces.

Le Fonds monétaire international a également démontré que la croissance repose sur la redistribution, et non sur la concentration des revenus. Quant à l’« effet de ruissellement », un calcul de régression effectué par l’institution a fait ressortir qu’une augmentation de 1 % de la part du revenu des 20 % supérieurs abaissait la croissance du PIB de 0,8 point de pourcentage. Une même augmentation de 1 % de la part du revenu des 20 % inférieurs ajoutait 0,38 point à la progression du PIB.

Patriotic Millionaires

Mais tout cela ne serait finalement que pur verbiage, si l’on se fie à ces millionnaires toujours plus nombreux à souhaiter payer plus d’impôt. Voire à reprendre le mantra de Warren Buffet voulant que les riches Américains soient sous-taxés par rapport au reste de la population.

Ils sont maintenant environ 200 fortunés, membres du Patriotic Millionaires, à réclamer que l’on taxe les riches pour soutenir la relance. À dénoncer le fait que les milliardaires se sont enrichis de quelque 1000 milliards $US depuis mars alors qu’on débat encore au Congrès américain d’un nouveau plan d’aide, rapetissé autour de 900 milliards, pour venir à la rescousse financière de plus de 20 millions d’Américains directement touchés économiquement. À articuler leurs actions autour de trois grands principes : un système d’impôt profondément progressif, un salaire minimum viable et une représentation politique égale pour chaque citoyen.

Mais on parle ici de 200 membres sur 5,9 millions de millionnaires aux États-Unis, sur 52 millions de millionnaires dans le monde à la fin de 2019 selon le Global Wealth Report.

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