Mes voeux culturels pour 2021

Sortir de cette pandémie au plus vite. Avant que la vaccination ne se soit généralisée pour assurer une bouffée d’air, plusieurs mois de flottement sont prévus ici comme ailleurs. Lorsque la machine se remettra à rouler cahin-caha en 2021 (fol espoir !), les grosses productions de tous les secteurs artistiques, tassées du décor l’année précédente, ne seront pas les plus menacées. Leurs diffuseurs trouveront le moyen de les recaser vite fait. Salles et écrans, après de lourdes pertes financières, chercheront àmiser sur les valeurs sûres afin de se renflouer. Auteurs confirmés et vedettes sont attendus. Mes vœux vont aux artistes moins bien en selle, à la relève, à ceux qui lancent de premières œuvres proposant des visions nouvelles. Souhaitons-leur de garder le cap et aux institutions de laisser une place aux lumières du jour qui aident à voir au loin. Vivement le sang neuf !

Mener le combat. Combattre pour la survie de la culture, c’est guerroyer aussi pour la qualité de la langue française et pour les œuvres nourricières. De grandes valeurs à préserver dans un après-COVID qui aura tendance à tout laminer. Ainsi, des manifestations monstres embrasent la France, en amorce de déconfinement, parce que les lieux culturels y demeurent fermés. La mère patrie a d’admirables traditions de ralliements et sa défense de la culture possède des racines profondes. Mais quand les menaces sanitaires seront moins fortes, il n’en tiendra qu’aux Québécois de protester en chœur pour la réouverture prochaine des temples artistiques. Si tant de voix (à pleins médias aussi) donnent sans cesse priorité au sport, il n’est pas étonnant que la culture — aux locaux respectant pourtant les consignes de la santé publique — ne soit pas considérée comme une nécessité vitale. Levons-nous pour elle.

Remiser nos peurs et nos habitudes. Ces mois passés sous la menace du virus engendrent du stress et des crispations. Je souhaite à tous, après la tempête, de combattre la crainte de frôler d’autres humains dans un espace clos. Retourner voir des films, des spectacles, des expositions permettra la survie de la culture, tout en offrant un baume au public mal en point. Il est évident que les offres des plateformes numériques ont aidé plusieurs à tenir le coup. Mais les habitudes de consommation maison ancrées risquent d’abîmer en profondeur le lien social, en plus de nourrir l’empire des GAFAM bien engraissé sous la pandémie. Je fais le vœu collectif de secouer bientôt les puces du repli, pour renouer des liens avec les arts de communion. Surtout leurs œuvres indépendantes. Elles sont moins formatées que les mégaproductions selon les codes américains, étouffant plus que jamais les voix nationales.

Aimer la culture. L’État ne peut seul protéger la culture, d’ailleurs ses carences sont profondes dans le domaine. Quant à l’école, elle peine à susciter l’amour des arts et des lettres, comme on l’aura compris. Les apprentissages en la matière couvrent en fait toute une vie et procèdent autant d’une volonté collective qu’individuelle. Découvrir son histoire, sa littérature et l’éventail des arts nationaux et étrangers est un choix que je souhaite à tous. L’inculture demeure un fléau qui empêche bien des Québécois de penser par eux-mêmes, surtout sous le flot des médias sociaux aux voix si polarisées. Je fais le vœu de l’éveil pour chacun, encore plus capital dans un monde en mutation profonde. Bien des esprits voient leur jugement s’égarer, faute de références fécondes et inspirantes pour leur servir de guides. L’amour de la culture est un phare dans la nuit. On lui souhaite de briller haut et fort… enfin.

S’ouvrir à l’art des autres. Les mouvements sociaux en faveur des minorités et des femmes ont secoué l’Occident. Belle occasion de découvrir des œuvres issues de plusieurs cultures afin d’élargir son champ de conscience. L’art autochtone en particulier a pris de la vogue, au cinéma comme en littérature, au théâtre comme en musique. Cette plongée dans une mythologie et un rapport au monde aussi différents des siens est une formidable source d’inspiration donnant à voir la réalité de nos mosaïques à travers le regard de l’autre. Quant aux œuvres des femmes, dans la foulée des mobilisations #MoiAussi, elles gagnent à se voir fréquentées par tous. Histoire d’aplanir les fossés entre les sexes creusés au long des millénaires et pour paver un avenir commun plus rose que rouge. Déployer ses antennes ne coupe personne de ses racines et de sa réalité propre, mais aide à se situer dans le vaste monde en émergeant de ses ornières. Espérons que 2021 ouvrira sur des champs de connaissance plus vastes après les épreuves traversées. Sortir de là moins bêtes est le meilleur vœu à s’offrir pour l’année qui vient.

Congé de chronique pour une semaine. Joyeuses fêtes à vous !

2 commentaires
  • Jacques Auger - Abonné 19 décembre 2020 07 h 34

    Joyeuses fêtes à vous aussi. Toujours bien agréable de vous lire.

  • Ginette Cartier - Abonnée 19 décembre 2020 10 h 29

    Quelle belle plume! Qui donne des ailes!