Saignée chez les voyagistes

Les pertes s’empilent dans les états financiers des compagnies aériennes. Les voyagistes subissent également de plein fouet les restrictions aux voyages internationaux et les mesures de quarantaine imposées. Avec 2021 appelée à être une année de transition vers un retour à une certaine normalité, le plan de soutien à l’industrie promis par le gouvernement fédéral se fait toujours plus pressant.

Transat a sonné l’alarme vendredi. Au cours de l’exercice clos le 31 octobre, le voyagiste n’a généré que des revenus de 28,4 millions au quatrième trimestre, comparativement à 664,8 millions à la même période il y a un an, et de 1,3 milliard pour l’exercice actuel contre 2,9 milliards en 2019, un recul de 55 %. La perte nette attribuable aux actionnaires s’est établie à 496,5 millions, contre 32,3 millions un an plus tôt.

L’avertissement est venu. « Au 31 octobre 2020, il existe une incertitude significative susceptible de jeter un doute important sur la capacité de la Société à poursuivre son exploitation. Si la transaction avec Air Canada n’est pas conclue, la Société devra mettre en place un financement global totalisant environ 500 millions en 2021 afin d’assurer la poursuite de son exploitation. » Le tout étant sujet à l’enjeu du remboursement des crédits voyages.

Ramenée à sa plus simple expression, cette industrie repose sur sa capacité à dégager des fonds autogénérés. Dans le rapport annuel, on lit que rien ne garantit que la Société sera en mesure de générer des flux de trésorerie positifs de ses activités d’exploitation au cours des douze prochains mois.

Doutes sur la continuité des activités

Transat est contrainte au respect de certains ratios financiers. En outre, tout financement additionnel se heurte à une conjoncture imposant des taux de marché élevés. Les vérificateurs ont attiré l’attention sur la note 2 des états financiers, qui indique que le groupe a subi une perte nette de 496,5 millions au cours de l’exercice clos le 31 octobre 2020 et que, à cette date, les passifs courants de la Société excédaient de 163,2 millions le total de ses actifs courants. « Ces événements ou situations, conjugués aux autres questions exposées dans la note 2 indiquent l’existence d’une incertitude significative susceptible de jeter un doute important sur la capacité du groupe à poursuivre son exploitation. »

Pour couvrir ce manque, Transat dispose d’une facilité de crédit à court terme subordonnée de 250 millions, qui arrive à échéance à la première éventualité à survenir entre le 31 mars 2021 et la clôture de l’arrangement avec Air Canada.

Un arrangement soumis à des craintes réglementaires que vient compliquer la COVID-19. En mai, la Commission européenne se disait inquiète des effets de concentration que produira l’acquisition de Transat par Air Canada. Elle disait craindre que l’opération envisagée ne réduise de manière significative la concurrence sur 33 paires de villes d’origine et de destination entre l’espace économique européen et le Canada, dont 29 pour lesquelles les deux compagnies proposent des services directs et 4 pour lesquelles l’une d’elles propose des vols directs et l’autre des vols indirects.

Avant elle, le Bureau de la concurrence du Canada voyait dans cette transaction « un empêchement ou une diminution sensible de la concurrence sur un total de 83 lignes, comprenant une fusion des deux seuls transporteurs offrant des services sans escale sur 22 lignes, entre le Canada et l’Europe, le Mexique, l’Amérique centrale, les Caraïbes, la Floride et l’Amérique du Sud ».

Dans le camp d’Ottawa

Ailleurs, chez Groupe de voyage Sunwing, premier voyagiste intégré entre le Canada et les destinations Soleil, l’exercice 2020 clos le 30 septembre s’est terminé avec une perte de 258 millions au taux de change de 1,5 $CA pour 1 euro, contre un bénéfice de 20 millions un an plus tôt. Les revenus se sont repliés de 39 %, de 3,3 milliards à 2 milliards, lit-on dans le rapport annuel de TUI.

Pour TUI Group, premier voyagiste au monde et actionnaire de Sunwing à 49 %, la perte nette s’est chiffrée à 3,1 milliards d’euros, comparativement à un bénéfice de 416,4 millions un an plus tôt. Les revenus ont chuté de 58 %, à 7,9 milliards, sous le coup d’une baisse de 62 % du volume de clients.

Au début de décembre le numéro 1 mondial du tourisme a bénéficié d’un nouveau programme d’aide, de 1,8 milliard d’euros, pour affronter la pandémie. C’était la troisième fois en quelques mois que l’État volait à secours, la compagnie ayant déjà reçu 3 milliards d’euros en aides publiques. « TUI était avant la pandémie une entreprise saine. La demande est là. Mais nous ne pouvons faire aucun chiffre d’affaires depuis mars », a expliqué le président Fritz Joussen. Un propos qui illustre l’état des lieux chez les voyagistes.

La balle est désormais dans le camp d’Ottawa.