La liste de lecture d’Odile Tremblay

La liste de lecture du premier ministre François Legault a fait couler beaucoup d’encre — et de mots ! — dans les derniers jours… À nouveau, deux de nos chroniqueurs, d’horizons politiques différents, ont accepté de se prêter au jeu. Envie de confronter vos idées à leurs sources de réflexion ?

1. À la recherche du temps perdu

Marcel Proust, Gallimard, coll. « Quarto », Paris, 1999, 2400 pages

L’œuvre cathédrale de Marcel Proust est à mes yeux le plus grand roman du monde. Écrit entre 1908 et 1922, cet ouvrage de style, d’introspection, d’humour et d’observation humaine explore la mémoire avec une profondeur qui éblouit.

2. Voyage au bout de la nuit

Louis-Ferdinand Céline, Gallimard, coll. « Folio », Paris, 1972, 512 pages

Classique du XXe siècle, le chef-d’œuvre célinien nous plonge avec son héros à travers les continents, les guerres et la folie du monde dans un périple inoubliable, en renouvelant le langage littéraire (truffé d’argot) en prime.

3. Le livre de l’intranquillité

Fernando Pessoa, Christian Bourgeois, Paris, 2011, 575 pages

Cet ouvrage inachevé du grand écrivain portugais, publié de façon posthume en 1982, est une chronique du quotidien sur le vide et le plein de la pensée humaine avec des trouvailles de réflexions méditatives qui bouleversent.

4. Fictions

Jorge Luis Borges, Gallimard, coll. « Folio », Paris, 2018, 208 pages

Avec ce recueil de nouvelles paru en 1944, le maître argentin de la fiction métaphysique joue brillamment avec les dimensions. Sa poésie surréaliste et mythologique bifurque sur des sentiers d’énigmes qui rendent sa lecture jubilatoire.

5. La détresse et l’enchantement

Gabrielle Roy, Boréal, Montréal, 1984, 568 pages

Ce chef-d’œuvre autobiographique relate la naissance d’une écrivaine. Entre l’enfance manitobaine et l’exploration du monde, la beauté et la maîtrise de sa plume comme la sensibilité de Gabrielle Roy rendent cette traversée inoubliable.

6. La grosse femme d’à côté est enceinte

Michel Tremblay, Leméac, Montréal, 1978, 330 pages

Premier tome des Chroniques du Plateau-Mont-Royal, ce roman est aussi le plus magique. Dans sa langue puissamment populaire, ce microcosme familial de la rue Fabre prend une dimension mythique et fantastique à la portée universelle.

7. L’usage du monde

Nicolas Bouvier, Payot, Paris, 2006, 415 pages

Un des meilleurs récits de voyage a été écrit par ce Suisse de 25 ans qui se trimballe au milieu des années 50 avec son ami peintre au Moyen-Orient. L’érudition, la curiosité enthousiaste, le style de cet écrivain-né procurent une joie de chaque instant.

8. Le deuxième sexe

Simone de Beauvoir, Gallimard, Paris, 1949, 978 pages (deux volumes)

Cet essai phare sur le féminisme, sans complaisance ni apitoiement, demeure d’une troublante réalité, percevant avant bien d’autres que l’émancipation des femmes se ferait avec les hommes dans une tentative de réconciliation, idéaliste, mais indispensable.

9. Le lambeau

Philippe Lançon, Gallimard, Paris, 2018, 512 pages

Cette chronique de la reconstruction d’un survivant du massacre au journal Charlie Hebdo est une œuvre de lumière d’une grande valeur littéraire. Son regard de sagesse posé sur les tourments de l’époque est un cadeau aux lecteurs.

10. Les mémoires d’Hadrien

Marguerite Yourcenar, Gallimard, coll. « Folio », Paris, 2019, 384 pages

Ce grand roman historique médite avec Hadrien, l’empereur romain vieillissant. Et les réminiscences de sa gloire, sa lucidité quant à ses errances, ses amours évanouies, son approche de la mort sont traduits avec une finesse infinie.

7 commentaires
  • Gilbert Turp - Abonné 11 décembre 2020 08 h 39

    IDEM

    Votre liste est la sœur jumelle de la mienne - et j'ajouterais : enfin, quelqu'un qui aimne la fiction et en comprend les ressorts profonds, si riches pour quiconque veut mieux saisir les réalités invisibles de l'histoire humaine.

  • Bernard Terreault - Abonné 11 décembre 2020 08 h 48

    Elle y va avec les grands classiques

    C'est OK. Pour ma part, rien ne m'a plus ébloui, ne m'a fait plus brillament découvrir la littérature dans ma vingtaine, que le classique de Proust et 'The Alexandria Quartett' de Durell. Peut-être qu'en vieillissant on perd sa faculté d'émerveillement, on remarque les procédés éculés, les côtés qui nous irritent.

  • Claude Désy - Inscrit 11 décembre 2020 08 h 51

    Marguerite Yourcenar

    Oui, mais « L’oeuvre au noir»..., quelle jouissance à lire et relire.

    À toutes les trois pages, je prenais une pause pour en savourer les mots.

    Merci pour vos suggestions !

  • Pierre Rousseau - Abonné 11 décembre 2020 09 h 04

    Betty

    Vous aimeriez probablement Betty, de Tiffany McDaniel (traduit de l'Américain). C'est un roman puissant sur une jeune fille autochtone, fille d'un père Cherokee et une mère allochtone, dans l'état d'Ohio. On peut sentir l'impact du colonialisme dans la vie de tous les jours et le racisme (pas seulement systémique) latent dans la société nord-américaine.

  • Jean-Charles Morin - Inscrit 11 décembre 2020 13 h 21

    Enfin des classiques!!!

    Ainsi donc, Madame Tremblay, vous dites qu'il y a des gens qui faisaient métier d'écrivain avant le début du XXIe siècle? Plusieurs vont tomber en bas de leur chaise en apprenant que ce qui constitue pour eux la période du précambrien, celle de la Grande Noirceur, possédait aussi une culture.

    Heureux de voir qu'il y a au moins un chroniqueur qui ne se confine pas à l'horizon délimité par le présent immédiat ou récent.