Femmes administratrices

Le bilan de l’accès des femmes à des postes d’administrateur ou de haute direction s’améliore. L’on observe toutefois que les portes des conseils d’administration s’ouvrent plus facilement que celles des bureaux de direction. Les changements apportés à la Loi canadienne sur les sociétés par actions donnent des résultats probants.

Ainsi, 96 % des 100 plus importantes entreprises inscrites en Bourse soumises à cette loi comptaient au moins une femme à leur conseil d’administration au 31 mai dernier, contre 67 % au 31 mai 2014. Inversement, 4 % de ces sociétés avaient un conseil d’administration composé uniquement d’hommes et 24 % avaient une équipe de direction entièrement masculine. Ces pourcentages s’établissaient respectivement à 33 % et à 29 % au 31 mai 2014, peut-on lire dans le rapport de novembre du cabinet KMPG.

Il y a amélioration depuis l’entrée en vigueur, au 31 décembre 2014, de la réglementation sur l’Information concernant la représentation des femmes au sein des conseils d’administration et des instances décisionnelles des émetteurs assujettis. Au Canada, les autorités de réglementation retenaient alors l’approche de la divulgation selon la formule « se conformer ou s’expliquer ». Les entreprises se retrouvent ainsi devant un engagement moral, mais non contraignant auprès des actionnaires et des investisseurs, avec une obligation de transparence s’étendant à la haute direction.

S’Il y a amélioration, il y a toutefois distorsion ou disparité entre les postes de conseil d’administration et ceux de la haute direction. KPMG a dénombré que 173 femmes ont accédé à 187 postes d’administratrices et 108 à des postes de haute direction au sein de cette centaine de grandes entreprises entre les 31 mai 2014 et 2020. Dans l’intervalle, 332 hommes ont pu occuper 348 postes d’administrateurs, et 339 des postes de haute direction. On parle d’un rapport d’environ 2 pour 1 dans le cas des conseils d’administration, de 3 pour 1 dans celui des hautes fonctions dirigeantes.

À l’évidence, il reste encore beaucoup à faire. Dans une étude mondiale publiée cette fois par le cabinet Deloitte datée du 30 octobre 2019, l’on retient que globalement les femmes occupent 16,9 % des sièges aux conseils d’administration, soit une maigre hausse de 1,9 point de pourcentage par rapport à l’édition 2017 de l’étude. À ce rythme, il faudra plus de 30 ans pour atteindre la parité, disait Deloitte.

Et là encore, l’atteinte de cette cible ne serait l’affaire que d’une poignée de pays ayant abordé de front le sujet de la diversité de la haute direction. En fait, six pays ont une représentativité féminine de 30 % et plus au sein des C.A. de leurs grandes entreprises. C’est le cas pour la Norvège, la France, la Suède, la Finlande, la Belgique et la Nouvelle-Zélande. Trois d’entre eux ont adopté le modèle de quotas, les autres s’en remettant comme au Canada à une démarche volontaire empruntant à l’autoréglementation ou à des codes de gouvernance.

Au Canada, le taux de représentativité se chiffrait à 21,4 %, en hausse de 3,7 points de pourcentage par rapport à 2017. Il atteignait 17,6 % aux États-Unis.

Mais toujours cette distorsion par rapport aux fonctions de haute direction. Globalement, les femmes ne retiennent que 4,4 % des postes de chef de direction, que 12,7 % des fonctions de chef de direction financière, nous dit Deloitte.

Entre 40 et 60 %

Une autre étude, qui remonte à février 2018, mais qui demeure une référence, a mesuré que dans les entreprises, les meilleures performances viennent d’une zone de parité hommes-femmes au sein de l’équipe de gestion se situant entre 40 et 60 %. L’étude internationale réalisée par la firme-conseils Sodexo a été menée auprès de 50 000 personnes dans une soixantaine de pays. Elle indique que « cette zone optimale d’équilibre entre les hommes et les femmes entraîne des gains de performance à tous les niveaux de la gestion ».

Sous les 40 %, les équipes sont sous-performantes et à plus de 60 % elles atteignent un plateau. Cinq indicateurs de performance ont été retenus, à savoir l’engagement des collaborateurs et leur rétention, le taux de rétention de la clientèle, la sécurité sur le site et, sous l’angle financier, la marge opérationnelle.

Avec cinq années de données, une constance demeure : les groupes ayant moins de 40 % ou plus de 60 % dans l’un ou l’autre sexe ont toujours été surpassés. Et l’observation vaut pour l’ensemble des pays composant l’étude, sauf au Moyen-Orient, a souligné Sodexo.

Ce qui mérite un petit clin d’œil à la gouvernance. Dans un sondage Ipsos réalisé auprès de 1000 investisseurs individuels au Canada, commandité par Placements AGF et le Mouvement Desjardins publié à la mi-octobre, 73 % des répondants disent souhaiter qu’une partie de leur portefeuille soit investie dans des organisations offrant des possibilités pour l’avancement des femmes et des groupes diversifiés, et 72 % souhaitent que leur gestionnaire de fonds s’engage auprès des entreprises pour les inciter à une plus grande diversité dans la direction.