De beaux italiens

Tout cela s'est bu au Bu (5245, boulevard Saint-Laurent, Montréal) cette semaine, dans une joie et un état de grâce si palpables que le mot même de transsubstantiation arrive sans peine à se prononcer, mais surtout à se vivre au-delà de la dixième bouteille dégustée. Pression atmosphérique? Alignement planétaire? Effets résiduels d'une démarche en biodynamie au vignoble en symbiose ce jour-là avec le cycle hormonal du dégustateur ou, plus prosaïquement, vins non bouchonnés? Tout cela évidemment, à quoi il faudrait ajouter la sélection pointue de l'agence promotionnelle Montalvin en matière de vins italiens. De beaux italiens sapés chez les meilleurs tailleurs qui vous refilent peut-être une partie de la facture, mais c'est pour que vous soyez bien habillé (de l'intérieur) à votre tour. Les voici.

- Casal di Serra 2002, Umani Ronchi (18,75 $): à moins de 20 $, un joli blanc sec des Marches italiennes à base de verdicchio, jouant avec brio les demi-teintes sur une bouche ronde, juteuse, expressive, aux nuances fruitées et riches flirtant avec la surmaturité. Préparez les antipasti, j'arrive. (1) Note: 3/5

- Rêve di Villa Angela 2001, Velonesi Ercole (28,90 $): 10 $ de plus que le précédent pour un chardonnay des Marches traité aux petits oignons, au vignoble comme au chai, avec un élevage sophistiqué en barrique neuve. Fruité et moelleux avec une texture serrée, fraîche et enrobée. Bonne longueur. Escalopes de veau à la crème? Si si si. (2) Note: 3/5

- Torcolato 2001, Maculan

(62 $, et 30,75 $ les 375 ml): rarement ce blanc doux à base de vespaiolo, de garganega et de tocai ayant subi un processus d'appassimento au chai n'aura été aussi percutant par sa brillance et sa sensualité aromatique comme gustative! Hautement stylisé par un Fausto Maculan en grande forme, la gourmandise en question fait mouche par son caractère épicé, presque muscaté, d'un équilibre parfait. Flans et tartes aux fruits seront ici ravis, surtout avalés au lit! (3) Note: 4/5 ou Note: 4,5/5

- Realda 2000, Anselmi (29 $): à ce prix, Bordeaux a raison de dormir d'un demi-sommeil car ce rouge à base de cabernet sauvignon le talonne au plus près. Par sa distinction naturelle, sa tenue, son boisé fin, son équilibre et l'excellente qualité de ses tanins fruités qui reflètent assurément le terroir, le vin est tout simplement impeccable. Et c'est signé Anselmi. Une côte de veau de lait grillée au romarin... (2) Note: 3,5/5

- Ornato 1999, Barolo, Pio Cesare (107 $, Signature): grand vin dans un grand millésime et un grand seigneur à rencontrer à tête reposée, sens et sensibilité intellectuelle au rendez-vous. Robe chaude, nez multidimensionnel, racé avec boisé magnifiquement intégré et bouche somptueuse, structurée mais aussi civilisée et longue. Un barolo très contemporain qui plaira au palais féminin. Côtes de boeuf aux porcinis. (3) Note: 4,5/5

- Brunello di Montalcino 1998, Tenuta Caparzo (63 $): goûté pour la troisième fois, c'est maintenant la bonne puisqu'il trouve aujourd'hui à s'épanouir pleinement. Au nez comme en bouche, avec cette pointe d'austérité typique des 98 qui place le registre sur des nuances tertiaires de zan, de cèdre, d'épices et de fruits secs. Excellente densité et allonge de première. Le grand gibier fera l'affaire ici. (2) Note: 4/5

- Ghiaie della Furba 2000, Capezzana, Contini Bonacossi (51 $, Signature): un classique de la maison qui révèle au mieux le terroir minéral de graves aux cabernet sauvignon, merlot et syrah qui s'y enracinent. Beaucoup de densité ici, en couleur comme en arômes et en saveurs, avec un fruité primeur et profond de cerise, de violette et de vanille sur une bouche étoffée, bien serrée, aux tanins gras et substantiels. Deux heures de carafe ou cinq autres années de cave. Perdrix farcie, sauté d'agneau aux olives... (3) Note: 4/5

- Cepparello 2000, Isole e Olena (72 $): vous vous souvenez du 88? Aujourd'hui encore, un méchant gaillard! Le sangiovese s'est depuis assagi entre les mains de Paolo de Marchi et trouve maintenant une grâce que je ne soupçonnais pas. Pourtours fruités parfaits, équilibre serein et architecture complexe mais harmonieuse et discrète. Un croisement entre une côte rôtie et un saint joseph. Bravo, monsieur de Marchi! (2) Note: 4/5

- Serpico dei Feudo di San Gregorio 2000 (89 $): vieilles vignes centenaires d'aglianico, cuvaisons longues, élevage soigné et approche moderne qui place cette maison au sommet de la hiérarchie vitivinicole italienne actuelle. Pour le moment, immense et tannique mais avec une incroyable complexité sous-jacente. Encore sous l'emprise de l'élevage, mais quel vin! À boire, à manger et... à méditer. (3) Note: 4/5

- Patrimo dei Feudi di San Gregorio 2001 (149 $, Signature): veut-on rivaliser ici avec le Masseto que je ne serais pas surpris! Un merlot 200 % de tout, d'une sève immense, à la fois grasse et solidement ancrée sur un socle minéral et tannique impressionnant, qui évite pourtant tous débordements disgracieux. Ce qui est déjà un exploit. Une autorité ferme mais juste. Grand vin? À vous de me le dire! (3) Note: 4,5/5

Info SAQ : (514) 873-2020,

1 (866) 873-2020 ou www.saq.com. Potentiel de vieillissement du vin, 1 : moins de cinq ans; 2 : de six à dix ans; 3 : dix ans ou plus.

jean-aubry@vintempo.com