Les maîtres chanteurs

Ils auront donc la vie sauve. À voir gambader les sympathiques cervidés du parc Michel-Chartrand à Longueuil, spontanément, on ne peut que se réjouir de savoir qu’ils ont échappé aux balles des chasseurs et à la lame du boucher. Pourtant, en y regardant de plus près, ce choix est en réalité ce qu’il faut bien appeler une capitulation. La décision de déplacer cette quinzaine de chevreuils vers des contrées plus accueillantes a été prise non seulement contre l’avis de tous les experts, mais surtout après que des menaces de mort eurent été proférées contre la mairesse de Longueuil.

L’affaire serait anecdotique si derrière cette sensiblerie ne se cachait pas le triomphe des maîtres chanteurs. Elle serait sans intérêt si elle n’illustrait pas l’extrême faiblesse des États modernes qui se réclament de la démocratie. Des États qui paraissent trop souvent à la merci des lobbies.

N’est-ce pas cette faiblesse qui a été révélée par l’épidémie de COVID-19 ? Songeons que pendant plusieurs mois, des États qui envoient des sondes sur Mars et fabriquent des drones sophistiqués n’ont pas été capables de faire produire de simples masques en papier. Un peu comme si demain, on nous annonçait une pénurie de papier de toilette.


 

En France, le Parlement a récemment été saisi d’un projet de loi dit de « sécurité globale ». Étrange projet destiné à protéger non pas la population comme on aurait pu s’y attendre, mais les policiers eux-mêmes. Car, depuis plusieurs années, les exemples de harcèlement à leur égard se multiplient. Intimidation sur Internet où l’on diffuse leur identité et leur adresse. Provocations dans les banlieues où on les attire dans des traquenards afin de mieux les lapider.

Ce harcèlement a culminé en 2016 par l’assassinat, sous les yeux de leur fils de trois ans, d’un couple de policiers dans la paisible commune de Magnanville par un djihadiste qui s’était procuré leur adresse. On objectera avec raison que, la semaine dernière, quatre policiers ont été filmés en flagrant délit de tabasser le producteur de musique Michel Zecler. Rappelons que ces policiers ont aussitôt été interrogés et accusés. Deux d’entre eux sont d’ailleurs toujours sous les verrous.

Par contre, on n’a pas trace des dizaines de Black blocs qui ont caillassé les forces de l’ordre et tenté de lyncher un policier au sol samedi dernier devant les caméras de télévision. Résultat des manifestations : 98 policiers blessés !


 

On est loin ici du mythe de l’État policier. L’affaire est autrement plus complexe. L’exemple des nouvelles censures est instructif à cet égard. Traditionnellement, c’était l’État ou l’Église qui censuraient. Qu’on pense aux célèbres procès de Madame Bovary et des Fleurs du mal. Ou encore à l’interdiction du film La religieuse de Jacques Rivette, en 1966. Interdiction qui fut levée l’année suivante. En 1978, ce sont le Conseil des arts et l’archevêque de Montréal, Mgr Grégoire, qui réclamaient la censure des Fées ont soif, la pièce blasphématoire de Denise Boucher.

Quarante ans plus tard, c’est le monde à l’envers. On ne se souvient pas que Donald Trump eut censuré un livre, un film ou une émission de télévision. Mais, après l’élection, c’est lui qui l’a été sur les principaux réseaux américains.

Dans le monde d’hier, on aurait pu s’attendre à ce que l’Association des libraires du Québec censure un choix de livres scabreux, d’ouvrages révolutionnaires ou de romans anticléricaux. Pas le moins du monde ! Ce sont, au contraire, les choix plutôt consensuels (à l’exception d’un titre que ses détracteurs n’ont souvent pas lu), qui furent l’objet du courroux de certains.

Je le répète, c’est le monde à l’envers. Le pauvre Henri Tranquille doit se retourner dans sa tombe. Lui qui, en 1949, avait refusé d’obtempérer face à Mgr Valois qui lui intimait de retirer des tablettes de sa librairie, rue Sainte-Catherine, les œuvres d’Émile Zola, l’auteur de Nana. En guise de réponse, il les avait mises en vitrine ! L’Association des libraires du Québec n’a pas eu ce courage.

Nous sommes à une époque où n’importe quel film pornographique ou manifeste libertaire a moins de chances d’être censuré que le choix de livres d’un premier ministre. Pas que la censure ait disparu. Au contraire, elle est même en recrudescence en comparaison à l’âge d’or que nous avons connu et dont nous semblons bel et bien sortis. Mais, elle n’a pas la même origine.

Nous voilà en effet confrontés au chantage des tribus qui, par l’amplification médiatique dont elles jouissent, tétanisent des institutions démocratiques. Comme si celles-ci avaient oublié que leur mission première était de garder le fort des libertés. Il s’agit d’un renversement de l’autorité dont nous n’avons pas fini de mesurer les conséquences.

47 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 4 décembre 2020 00 h 42

    Le monde à l'envers.

    C'est le retour de l'inquisition du maccarthysme, la police de la pensée. Autresfois, c'était la droite qui censurait les idées progressistes.
    Aujourd'hui, c'est la gauche qui censure les idées controversées. Au lieu de débattre et de dialoguer on met à l'indexe toutes personnes qui ne pensent pas comme nous. On sème la haine au nom de la tolérance. Les prédictions de George Orwell se sont réalisées.

    • Françoise Labelle - Abonnée 4 décembre 2020 07 h 40

      Je crois pas que ce soit «la gauche», généralisation un peu abusive. Le détournement de la pensée est plus grave encore.
      «Orwell craignait que notre culture ne soit prisonnière, Huxley redoutait que notre culture ne devienne triviale, seulement préoccupée de fadaises. ... les défenseurs de la liberté et de la raison, qui sont toujours en alerte pour s'opposer à la tyrannie ne tiennent pas compte de cet insatiable appétit de l'homme pour les distractions» Chris Hedges, L'empire de l'illusion.
      C'est le Trump show ininterrompu qui masque les discussions sérieuses entraînant les misérables dans un monde magique.
      Ils meurent de la covid (presque 3,000 hier) en protestant que ça n'existe pas.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 décembre 2020 09 h 53

      Oui Mme Alexan. La gauche a mis au monde ce bâtard qui reprend le bâton du pèlerin censeur. Ce n’est plus l’extrême droite qui censure les discours, mais bien nos apôtres autoproclamés de la gauche qui se disent porteurs de la vertu, de la morale et de la Vérité. Oui, ils ont passé leur temps à censurer Donald Trump alors que lui ne l’a jamais fait à personne. Cette culture du bannissement a envahie les studios de télévision des médias traditionnels à la CNN pour faire de la propagande bien à eux. Mais les médias traditionnels tirent à leur fin de toute façon.

      C’est ce qui arrive lorsque les droits individuels outrepassent ceux de la collectivité. Nous vivons aujourd’hui dans une société d’hyper-individualistes qui n’ont aucune conscience collective. C’est pour cela que le Québec a un des pires bilans en ce qui concerne la pandémie. Ce n’est plus ce que je peux faire pour la société, mais bien ce que la société peut faire pour moi. Nous vivons dans une société d’experts consacrés qui ne peuvent sortir de leur socle particulier sans subir les foudres de la rectitude politique. C’est pour cela qu’on ne peut même pas fabriquer des masques N95 chez nous même si la pulpe de bois qui sert à fabriquer ces masques en Chine parvient de la Colombie-Britannique.

      Enfin, les apprentis censeurs sont les jeunes d’aujourd’hui qui sont des rebelles sans cause endoctrinés au cours d’éthique et culture religieuse (ECR) et qui cherchent un sens à leur vie. La censure a tout simplement changé de visage. Cette censure immonde nous parvient aujourd’hui de cette gauche plurielle aux accents moralisateurs et déconnectée de la réalité des gens. Mais le pire là-dedans, on ne fait pas que de brûler des livres virtuellement, on empêche les créateurs de créer de peur d’être mis à l’index et d'être calomniés sur la place publique par des médias qui sont subventionnés par les contribuables, Radio-Pravda oblige.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 décembre 2020 10 h 23

      Ça me semble plus une remise en question et une banalisation de la démocratie pratiquée en Occident avec, pour visée, une dévalorisation de l'État de droit créé pour contrer les dérives de toutes sortres, en particulier celles associées à des promoteurs du morcellement de l'État en faveur de puissances économiques multinationales nées du néo-libéralisme engendré par la fin de la Guerre froide avec la chute du mur de Berlin.

      Comme vous le soulignez, Mme Alexan, l'espace des débats et des dialogues s'est ratatiné à la faveur de charges dont la finalité était à la fois économique et un ordre mondial sous l'égide des multinationales. Cet ordre conduisit à la crise de l'envronnement, celle du capitalisme néo-libéral et à la Pandémie.

      Pour Klauss Schwab (https://time.com/collection/great-reset/5900748/klaus-schwab-capitalism/), il en découla des pressions multiples (Fridays for Future, #MeToo et Black Lives Matter), mais aussi des revendications identitaires communautaristes, qui ont conduit à des réflexions économiques dans divers forum dont le World Economic Forum qui généra une approche dénommée The Great Reset dont l'alignement est d'inventer une refonte du capitalisme, mais implicitement aussi des assises de l'ordre mondial.

      Or, ce dernier point nécessite aussi un approfondissement, car il concerne les pouvoirs politiques exercés par des États, en premier lieu les choix politiques émanant du peuple de ces États, ce qui concerne les règles qui encadrent les débats et les décisions collectives.

    • Nadia Alexan - Abonnée 4 décembre 2020 10 h 56

      À monsieur Cyril Dionne: Trump est une insulte à l'humanité et à la décence. La droite comme la gauche et toutes personnes raisonnables déteste ce voyou, sans conscience, qui sème la haine et la discorde et propage ses mensonges comme «des faits alternatifs». Trump incarne tout ce qui est déplorable chez l'être humain.

    • Nadia Alexan - Abonnée 4 décembre 2020 11 h 18

      À madame Françoise Labelle: C'est la gauche qui a concocté le terme «la laïcité ouverte» dont on tolère le retour de l'intégrisme religieux et du sectarisme dans nos écoles et sur la place publique.
      C'est la gauche qui encourage le communautarisme et le repli sur soi au nom de l'ouverture à l'autre.
      C'est la gauche qui censure la liberté d'expression d'intellectuels comme MBC en lui interdisant de prendre la parole aux seines de nos universités.
      C'est la gauche qui met les livres à l'index comme dans le temps de l'inquisition.
      C'est la gauche qui sème la division et la discorde en favorisant le tribalisme ethnique au lieu de l'universalisme.
      Ce sont les féministes de la gauche qui appuient le port du niqab et du voile, un symbole de la dégradation de la femme.
      Et c'est la gauche qui glorifie une course vers la victimisation.

    • Françoise Labelle - Abonnée 4 décembre 2020 12 h 52

      Mme Alexan,
      non madame, vous êtes manichéenne et mal informée. Vous confondez la gauche et la gauche communautariste.
      - «Le procés Charlie souligne la fracture de la gauche sur la laïcité et l'islam.» France Inter, 3 septembre 2020.
      - «Le grand schisme de la gauche sur la laïcité Les deux camps n’arrivent plus à se parler, comme l’a montré récemment le manifeste « contre le nouvel antisémitisme », censé rassembler largement à gauche. Nombreux sont ceux qui ne l’ont pas signé, faute d’avoir été contactés.» Le Monde, 28 avril 2019.
      - «Mais qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?» L'aut'journal, 24 novembre 2018.
      - «Depuis la Révolution française, la laïcité est identifiée à la gauche et a figuré en bonne place dans tous les programmes des partis socialistes et communistes.» Pierre Dubuc, L'autjournal.
      L'autjournal n'est pas un journal de droite!
      Je suis de gauche et pour la laïcité de l'état.

    • Françoise Labelle - Abonnée 4 décembre 2020 13 h 25

      M.Dionne,
      en ce qui concerne votre vision déformée de la gauche, voir ma réponse à Mme Alexan. Pour quelqu'un qui invoque la «science» à tout venant vous ne brillez pas par la précision.
      Censure: Trump a renvoyé le lieutenant Vindman, dont le général Kelly a loué le sens du devoir, qui a eu l'audace de signaler un possible conflit d'intérêt en Ukraine, comme il vient de renvoyer Chris Krebs qui a osé dire que l'élection était la plus sécuritaire de l'histoire des USA, il a renvoyé Tillerson qui avait avoué que T. était un moron. L'affaire Tiktok est un cas de censure évident, sous prétexte de «sécurité nationale». La branche armée de Tump a empêché la caravane Biden d'atteindre l'Arizona, le tout loué par l'obscène-en-chef. Le caviardage du rapport Mueller par Barr est un autre cas de censure, tout comme son obstruction à l'enquête Mueller. Etc.

      Trump ment sans arrêt. Quand il a déclaré sans preuve défendable devant les tribunaux que l'élection faisait l'objet de fraudes massives, les médias, incluant Fox, ont bien fait de réagir. L'appel à la sédition au Michigan lui aurait valu plus que la censure, en d'autres temps. Giuliani s'est encore ridiculisé au Michigan avec la performance hilarante de son témoin Melissa Carone.
      Les causes des décès de covid au Québec dans la première vague sont connus: le roulement du personnel et l'absence de confinement étanche dans les CHSLD. Quant au cours d'ECR, ça explique sûrement l'individualisme forcené des américains et leur nombre phénoménal de décès. Dieu les blesse!

    • Françoise Labelle - Abonnée 4 décembre 2020 14 h 10

      M.Dionne,
      l'entourage de Trump a tenté sans succès de bloquer à deux reprises le volume de Mary Trump; l'administration Trump a tenté sans succès de bloquer le volume de Bolton; Barr a tenté de bloquer «Melania and me» invoquant sans succès la violation d'un accord de non-divulgation.
      «Sans succès»: ne tient pas la route devant un tribunal.

    • Nadia Alexan - Abonnée 4 décembre 2020 14 h 19

      À madame Françoise Labelle: Moi, aussi, je fais partie de la gauche traditionnelle, mais pas la gauche poste-moderniste, intransigeante, absolutiste, communautariste «with a sense of self-righteousness».

    • François Beaulne - Abonné 4 décembre 2020 15 h 12

      L'intégrisme intellectuel de la gauche <woke> fait peur, quand on pense qu'elle s'abreuve de dictats émanents de groupuscules qui se prennent pour le nombril du monde et se nourrissent des largesses béates de l'État qui les subventionne.
      Ce sont ces intégrismes camouflés sous les apparences d'universitaires qui ont provoqué les pires génocides de l'histoire contemporaine, comme celui d'un quart de la population cambodgienne, massacrée de 1974 à 1979 par les disciples Khmer Rouge de Pol Pot, lui même étudiant à la Sorbonne pendant les révoltes étudiantes de 1968 à Paris.
      Qu'un professeur de l'Université Concordia ait comparé récemment le nouveau chef du Parti Québécois, Paul Saint-Pierre-Plamondon, à ce tortionnaire Pol Pot, en dit long sur les pires bassesses auxquelles est prête à se livrer cette gauche intellectuelle intransigeante pour atteindre ses fins.
      Pourtant, aucun désavoeu de la gauche <woke>, encore moins des autorités de cette université assimilatrice, financée grassement par nous, les dociles de la majorité francophone.
      Heureusement que Mathieu Bock-Côté veille au grain!

    • Pierre Bernier - Abonné 4 décembre 2020 17 h 02

      Bref, chaque génération a à régler les problèmes de son temps ?

    • Marc Therrien - Abonné 4 décembre 2020 17 h 31

      M. Dionne,

      J’ajoute un clou à ceux déjà plantés par madame Labelle. Vous écrivez : « Oui, ils ont passé leur temps à censurer Donald Trump alors que lui ne l’a jamais fait à personne. » Toujours, jamais, typique de la pensée dichotomique clivante. Vous ne vous rappelez pas de cette scène qui s’est déroulée dans la salle de presse de la Maison et dans laquelle Donald Trump s’en est violemment pris à un journaliste de CNN, Jim Acosta, qui insistait pour avoir des précisions sur la caravane des migrants, et lui a ensuite retiré son accréditation?

      Marc Therrien

    • Jérôme Guenette - Abonné 4 décembre 2020 20 h 17

      À M. Dionne
      Je ne suis pas certain de vous suivre.

      "La gauche a mis au monde ce bâtard qui reprend le bâton du pèlerin censeur. Ce n’est plus l’extrême droite qui censure les discours, mais bien nos apôtres autoproclamés de la gauche qui se disent porteurs de la vertu, de la morale et de la Vérité."
      Vous attribuez à la gauche ce que l'extrème droite s'attribue. Pourriez-vous préciser votre pensée? Et aussi, l'extrème droite a-t-elle arrêté de censurer depuis que la gauche le fait?

      "Oui, ils ont passé leur temps à censurer Donald Trump alors que lui ne l’a jamais fait à personne."
      Vraiment? En êtes-vous certain? Donald Trump ne met pas à la porte ceux qui ne s'alignent pas sur lui? Nier ce que la science (qui vous est chère) dit ne serait pas une forme de censure ou de désinformation? Ne serait-ce pas là une raison qui fait que les USA ont un bilan pire que celui du Québec pour la pandémie?

      "Cette culture du bannissement a envahie les studios de télévision des médias traditionnels à la CNN pour faire de la propagande bien à eux."
      Avez-vous entendu parler de Fox News?

      Je passe les nombreux amalgames du 2ième paragraphe de votre commentaire.

      "Enfin, les apprentis censeurs sont les jeunes d’aujourd’hui qui sont des rebelles sans cause endoctrinés au cours d’éthique et culture religieuse (ECR) et qui cherchent un sens à leur vie."
      Pourriez-vous vous expliquer, parce que j'ai l'impression que ces "censeurs" ont une cause, bonne ou mauvaise, et que c'est là le fondement de leurs actions. Je ne pense pas qu'il y ait d'âge pour être endoctriné, ni pour chercher un sens à sa vie. Je vous invite à regarder les fidèles de Trump dans "The Best Of Jordan Klepper at Trump Rallies". Demandez-vous si ces gens sont de libres penseurs, et s'ils ne seraient pas désespérés, perdus au point de croire n'importe qui prétendant leur dire LA vérité, que tout ira mieux, qu'"on" leur ment et qu'ILS ont raison et surtout, surtout, qu'ils sont le "Great" nécessaire dans "America".

  • Claude Bariteau - Abonné 4 décembre 2020 07 h 45

    M. Rioux, vous concluez votre texte sur les censures et les menaces qu'il «s’agit d’un renversement de l’autorité dont nous n’avons pas fini de mesurer les conséquences». Vous mettez le doigt sur ce qui mijote sans toutefois en faire la mise en contexte politique, car l’autorité est politiquement définie.

    Au Québec, on connaît les manifestations de l’autorité française, britannique et canadienne, chacune ayant façonnée les comportements et les prises de position. Depuis plus d’une trentaine d’années s’y affirme une lecture communautariste inspirée par la constitution de 1982 et des courants de pensée aux États-Unis et dans plusieurs pays reconnus sur la scène internationale.

    Ces courants nourrissent une lecture ciblant l’autorité des détenteurs du pouvoir. Dans les pays occidentaux, cette autorité est associée aux Blancs par des analystes qui appuient leurs lectures sur les inégalités visibles statistiquement des Autochtones et des personnes présentant des colorations autres ou promouvant des comportements les particularisent.

    En découlent des tensions et des positions politiques qui font la promotion d’un autre ordre politique que l’actuel dont l’assise n’est plus le recours à la démocratie, mais plutôt la construction des référents communautaristes et d’ayants droit associés à des communautés revendiquant une démocratie qui se construira dans le respect de ce qui les distinguent.

    Dit autrement, il s’agit d’une mise à l’écart d’un ordre politique considéré dépassé et irréformable selon les règles de la démocratie. Or, il s’avère que ce n’est pas le cas. L’élection du président Biden témoigne que le communautarisme ne sert de tremplin à un renversement de l’autorité parce que le pouvoir du peuple, qui s’appuie sur des fondements historiques, demeure un moteur de changement dans l’expression de l’autorité.

    • André Labelle - Abonné 4 décembre 2020 09 h 02

      Votre commentaire est certes intéressant mais votre référence à l'élection de Biden aux USA m'interpelle quelque peu. En effet je ne suis pas convaincu que la défaite de Trump soit d'abord le résultat d'une bataille d'idée. Je soumets humblement que la victoire de Biden est d'abord le résultat de la volonté d'une majorité d'Américains et d'Américaines de se débarrasser d'un grossier personnage, menteur et « ploutocrate » à la tête de leur pays. Cela dit, je ne me résous pas à comprendre comment près de la 1/2 des électeurs américains a continué d’appuyer ce voyou. Peut-être faudra-t-il admettre que Trump est à leur image … !

      «Quand vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, même improbable, doit être la vérité.» [sir Arthur Conan Doyle]

    • Claude Bariteau - Abonné 4 décembre 2020 10 h 31

      M. Labelle, nous nous rejoignons. Le peuple américain a chassé Trump en votant pour Biden.

    • Céline Delorme - Abonnée 4 décembre 2020 11 h 14

      Merci à M Bariteau pour votre commentaire toujours pertinent. Je soumets à votre appréciation la citation suivante:
      De Amin Malouf (Le naufrage des civilisations). "Le comportement de certaines forces de gauche est inquiétant,(...) plutôt que de lever l'étendard de l'humanisme et de l'universalisme, elles préfèrent aujourd'hui prôner des comportements à caractère identitaire, en porte-parole des diverses minorités ethniques, communautaires ou catégorielles: comme si, renonçant à bâtir un projet pour la société tout entière, elles espéraient redevenir majoritaires en coalisant les ressentiments. (..) Lorsqu'on fonde sa stratégie sur de tels clivages, on contribue inévitablement au morcellement et la désintégration (de la société) "

    • Françoise Labelle - Abonnée 4 décembre 2020 13 h 45

      En effet M.Labelle,
      quant à une partie de l'électorat trumpien, le petit bouquin de Chris Hedges «L'empire de l'illusion, la mort de la culture et le triomphe du spectacle» daté de 2009, est prémonitoire de l'ascension de Trump. En bref, la télé-réalité, les comédies de masse, la lutte professionnelle scénarisée et la consommation culturelle de masse donnent aux misérables (au sens de Victor Hugo) l'illusion d'une éventuelle vengeance et la promesse inaccessible d'échapper à l'insignifiance de l'anonymat dans une célébrité factice. Ils rêvent de vivre comme Trump, lui-même personnage qui s'est construit dans la télé-réalité, qui peut se permettre de mentir et tricher sans conséquences. Il est l'incarnation d'un archétype de la télé-réalité: sans pitié, sans empathie, prêt à trahir pour vaincre et pathologiquement narcissique. Il incarne leurs désirs.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 décembre 2020 13 h 59

      Mme Delorme, votre écho à M. Malouf est pertinent, notamment le projet d'une certaine gauche qui entend bâtir une société en coalisant sur les ressentiments de catégories d’ayants droits plutôt que de citoyens et de citoyennes

      Ce point, sous-évalué, est important pour comprendre ce qui a cours au Québec, qui est une entité provinciale au sein du Canada. Aucunement un pays avec des règles du vivre-ensemble.

      Lorsque des gens de l'immigration s'y implantent, ils le font dans une province du Canada qui a réalisé une révolution tranquille pour renforcer l'usage du français, élaguer des institutions publiques la présence de signes religieux et développer une économie activée par des PME et des institutions étatiques, notamment Hydro-Québec et la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec CDPQ de même que diverses réformes en santé, en éducation, dans les loisirs, et cetera.

      Cet univers référentiel est demeuré provincial et, depuis 1982, les élus de cette province doivent composer avec les règles canadiennes découlant du rapatriement et des modifications apportées à la constitution.

      À l’image de l’approche britannique des droits de la personne, elle valorise les droits individuels et minimise la portée d’un vivre-ensemble qui en limiterait leur expression y compris dans les institutions publiques.

      Les nouveaux arrivants le savent et divers organismes font valoir les droits reconnus par le Canada. Les exposés en cour supérieure pour rendre inopérante la loi 21 ont pour base la supériorité des droits individuels sur des lois provinciales du Québec.

      N’étant pas un pays, le Québec a du recourir à une dérogation dans la constitution de 1982 pour affirmer un temps les changements découlant de la révolution tranquille.

      Le Québec devenu pays en 1995 aurait construit autrement son vivre-ensemble. Ne l’étant pas, il est questionné dans ses choix provinciaux et le sera toujours s’il ne crée pas son État indépendant et sa citoyenneté.

  • François Poitras - Abonné 4 décembre 2020 07 h 59

    Une fausseté dans un bonne chronique

    « On ne se souvient pas que Donald Trump eut censuré un livre, un film ou une émission de télévision ». C'est faux, Trump a saisi le système judiciaire à plusieurs reprises pour empêcher la publications de bouquins. Sans succès.

    • Gilles Théberge - Abonné 4 décembre 2020 12 h 20

      Quel bouquins...?

    • Christian Roy - Abonné 4 décembre 2020 12 h 38

      En fait, Trumpy est beaucoup plus raisonnable (!) voulant tout bonnement censurer le résultat des élections présidentielles 2020. En donnant le moindre crédit à ce loufoque personnage, M. Rioux discrédite l'ensemble de sa chronique de ce matin. Dommage.

    • Marc Therrien - Abonné 4 décembre 2020 17 h 40

      Il y a le monde à l’envers dont on ne peut certainement pas se fier sur Donald Trump pour le remettre à l’endroit. Quand M. Rioux exprime sa crainte à l’effet qu’il s’agisse « d’un renversement de l’autorité dont nous n’avons pas fini de mesurer les conséquences » je n’ose croire qu’il fonde le moindre espoir dans le type trumpien d’autorité renversante.

      Marc Therrien

  • André Joyal - Inscrit 4 décembre 2020 08 h 01

    «...des menaces de mort eurent été proférées contre la mairesse de Longueuil.»

    Allons! Allons! Qui prend au sérieux de telles menaces? Un (e) type (typesse) serait-ille assez fou (folle) de risquer 25 ans de tôle pour sauver 15 chevreux alors que 45 552 viennent tout juste d'être abattus et se retrouveront à Noël en fondue bourguignonne ou autres ragouts?

    Ceci dit, mon père à qui, comme à d'autres, Duplessis a empêché de visionner «Les enfants du paradis», doit bien se retourner dans sa tombe en disant, tel Obélix : «Sont fous ces jeunes!». Fous? «Oui, p'pa! Et pas rienk'un peu, mets-en!»

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 4 décembre 2020 08 h 16

    Et vlan !

    Bravo.