L’autre crise

L’arbre cache-t-il la forêt ? ll est on ne peut plus légitime que toute l’attention soit focalisée sur la crise sanitaire. Mais une vision plus élargie nous fait voir Arthur, Laura, Eta, Theta, Iota… Des noms qui nous ramèneraient à l’autre crise. 2020 est une année de records de tempêtes tropicales nommées. Une trentaine dans l’Atlantique avec Iota, dont 13 sont devenues des ouragans.

La marque précédente, de 28, a été établie en 2005, nous rappelle le Centre national des ouragans (NHC). Avec le réchauffement de la surface des océans et La Niña, qui, cette année, vient renforcer l’impact des changements climatiques, 2020 passera donc à l’histoire pour sa succession de tempêtes, confirmant aussi l’augmentation de la proportion d’ouragans de catégorie 4 ou 5. De plus, avec Iota, de catégorie 5, une telle puissance n’a jamais été observée aussi tard dans la saison, soulignent les météorologues.

La Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) déposait le 23 novembre son rapport 2020 sur les catastrophes naturelles. Plus d’une centaine ont été dénombrées entre mars (mois de proclamation officielle de la pandémie) et septembre (qui coïncide avec l’arrêt de la version définitive du rapport), touchant plus de 50 millions de personnes.

L’organisation basée à Genève avait recensé 308 catastrophes déclenchées par des aléas naturels en 2019 dans le monde, ayant touché 97,6 millions de personnes et en ayant tué 24 396. 77 % d’entre elles étaient des catastrophes climatiques ou météorologiques. Avec le climat jouant le rôle de multiplicateur des risques, la Croix-Rouge souligne qu’au cours des dix dernières années, 83 % des catastrophes déclenchées par des aléas naturels ont été provoquées par des phénomènes climatiques et météorologiques extrêmes, contre 76 % dans la décennie 2000. Elles ont touché 1,7 milliard de personnes dans le monde et fait plus de 410 000 morts.

La FICR évoque davantage de tempêtes de catégorie 4 et 5, de vagues de chaleur battant des records de température et de fortes pluies. « Le nombre de catastrophes climatiques et météorologiques a augmenté de près de 35 % depuis les années 1990 », résume-t-elle. Mais, préoccupée par les efforts nécessaires à l’adaptation, la Croix-Rouge s’étonne, dans un texte de l’Agence France-Presse, que la pandémie soit venue occulter l’impact des changements climatiques sur les catastrophes naturelles.

Seconde importance

Si l’on prend le monde de l’assurance à témoin, on peut comprendre que cette importance à accorder aux changements climatiques demeure toute relative. Sur le plan matériel, les estimations de Swiss Re et de l’ONG britannique Christian Aid évaluent à 140 milliards $US le coût des catastrophes naturelles en 2019, à 176 milliards en 2018. Les pertes assurées s’établissaient à 56 milliards et à 93 milliards respectivement, comparativement à une moyenne des dix dernières années de 75 milliards. Plus de 50 % de ce coût serait lié à des phénomènes qualifiés de « seconde importance » dérivés des changements climatiques.

Encore l’an dernier, le réchauffement climatique recevait le qualificatif de risque « émergent » dans l’univers des assureurs. On pouvait le voir inscrit au cinquième rang dans une liste des risques systémiques les plus élevés, devancé par la cybercriminalité, les tensions sociales, une crise du système financier et des préoccupations de nature… comptable.

Sur l’horizon 2000-2019, le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes a déjà chiffré à 2245 milliards $US le cumul des pertes économiques liées aux changements climatiques, en hausse de 150 % sur la période de 20 ans précédente.

En comparaison, en riposte aux répercussions économiques de la pandémie, les gouvernements avaient pris des mesures budgétaires de 11 700 milliards $US (soit 12 % du PIB mondial) au 11 septembre dernier. Ces mesures consistaient pour moitié en surcroît de dépenses ou en pertes de revenus, l’autre moitié prenant la forme de soutien à la liquidité, a indiqué le Fonds monétaire international. L’organisation a aussi évalué à 12 000 milliards la perte cumulée pour l’économie mondiale en 2020 et en 2021.

La multiplication des épidémies

Mais au-delà de cette opposition de chiffres que retient la Croix-Rouge et de l’évocation de deux crises, sanitaire et climatique, la Revue médicale suisse est venue nous rappeler la démonstration faite que les changements climatiques sont aussi l’un des facteurs à l’origine de la multiplication des épidémies ainsi que de leur expansion géographique.

Et de l’aggravation de leur impact directement ou à travers d’autres facteurs déjà à l’origine de l’amplification des maladies. « Cela s’explique par un environnement rendu plus propice pour les pathogènes et leur prolifération ainsi que pour les vecteurs de maladies infectieuses. À ce contexte s’ajoutent la globalisation et l’intensification des voyages », a-t-elle résumé.

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