Fixons la lune

L’avenir du français inquiète. Avant même l’affaire Lambropoulos, les révélations du Journal de Montréal (« Incapables d’être servi en français ») semaient l’émoi, ravivant la peur de l’anglicisation de la métropole. Derrière cette commotion s’en cache une autre, bien plus importante à mon avis, l’indifférence des jeunes. Selon un récent sondage, 61 à 74 % des 35 ans et plus se rongent les ongles à propos de l’avenir du français alors que 50 % des 18-34 ans se disent « pas du tout » ou « peu préoccupés ».

Sans parler des déclarations d’amour du français qui nous parviennent d’Ottawa, ces temps-ci, le désintérêt des jeunes signale un nouveau paradigme. La division ne s’articulant plus selon un axe strictement français/anglais — les Franco-Québécois s’inquiétant pour leur survie, les Anglo-Canadiens n’y voyant que du feu — la solution du galon à mesurer, en vigueur depuis l’adoption de la loi 101, n’est-elle pas elle aussi désuète ? En d’autres mots, on peut toujours rehausser la quantité de français sur la place publique, serrer la vis aux cégeps anglophones, mais sans nécessairement améliorer l’avenir du Québec pour autant.

Le problème aujourd’hui n’est pas tant qui parle quelle langue, mais plutôt qui pense quoi. C’est moins une question de langue que de culture. Joshua Pace, jeune traducteur de mère québécoise et de père d’origine italienne, l’explique comme nul autre dans un texte sur le site Ricochet. « Je suis le sujet même de la culture dominante. Comment expliquer alors que j’ai autant de mal à m’identifier à la culture québécoise ? » Réponse : l’inquiétude perpétuelle pour une « langue commune » laisse trop souvent en plan la préoccupation d’une culture commune.

« Comment pourrais-je me sentir proche d’une culture qui échoue à représenter la différence, et mes amis noirs, arabes, asiatiques, latinos ? N’est-il pas évident que, du même coup, cette culture-là, en faisant l’impasse sur le monde dans lequel j’ai grandi et dans lequel j’évolue au quotidien, et sur les gens que j’aime, échoue à me représenter aussi ? »

Le modèle de la survivance québécoise, même à son zénith, voguant sur les ailes de la Révolution tranquille et des vers de Gaston Miron, ouvert à l’amour et au vaste monde, a toujours passé par le tricoter serré. J’en sais quelque chose. La première grande décision de ma vie d’adulte a été celle de m’établir au Québec, non seulement pour pouvoir vivre en français mais, mieux, pour avoir accès à une culture française. Et pourtant, 45 ans plus tard, on me fait encore sentir que je ne suis pas une vraie Québécoise. J’ai l’air, le nom et les intonations d’une vraie Québécoise mais, malgré ça, j’échoue parfois à obtenir le pedigree. J’ai fini par comprendre que les années où « rien ne devait changer » au pays de Maria Chapdelaine, le siècle et demi de repli sur soi avait dû laisser des marques indélébiles sur l’inconscient collectif.

Le Québec est en même temps, comprenez-moi bien, un endroit exceptionnel, curieux, spontané, vrai et immensément créatif. Ce passé singulier qui nourrit une certaine méfiance de l’Autre nourrit également, je crois, une rage de vivre, un besoin de se mettre au monde. Les grands jours, le Québec est comme el pibe de oro, Diego Maradona, le p’tit gars parti de loin qui marque un but complètement fou (contre les Anglais, tiens), courant plus vite que la misère qui lui colle au cul. Le Québec est politiquement et surtout culturellement l’endroit le plus inspiré d’Amérique du Nord. Ça bout ici et c’est la raison pour laquelle on veut y vivre.

Seulement, cette tendance à tracer une ligne, parfois subtile, parfois pas subtile du tout entre la majorité et les minorités (la Charte des valeurs, la loi 21, le refus de reconnaître le racisme systémique…), ce qu’Adib Alkhalidey décrivait récemment comme l’invisibilité des personnes racisées au Québec, n’est pas seulement un problème pour l’intégration des gens venus d’ailleurs. C’est un problème pour la suite des choses au Québec.

Le Québec sera forcément multiculturel, diversifié, métissé, ou ne sera pas. L’immigration est essentielle pour maintenir ce (presque) pays en vie. Il faut cesser de voir ça comme une menace, arrêtez de passer à côté de tout ce « potentiel », pour citer Adib à nouveau.

L’anglicisation, oui, voyons-y, mais en ne perdant pas de vue que ce n’est pas ça l’essentiel. Nous fixons continuellement le doigt plutôt que la lune pointée par le doigt. Regardons plus loin. Si les jeunes francophones choisissent le collège Dawson ou l’Université McGill ce n’est pas par envie de s’angliciser mais bien de voyager, comme dit Joshua, de trouver « des voies de passage vers un autre monde ». Bref, de voir plus grand. Quoi de plus sain ?

Il faut arrêter de penser que l’avenir du Québec passe par vivre dans une seule dimension. Il faut permettre le voyage tout en s’assurant que la terre natale demeure un lieu foisonnant, ouvert, multidimensionnel, un lieu où on a envie de revenir parce qu’au fond, c’est ici qu’on est bien. Ici que la vie bat son plein.

103 commentaires
  • Emmanuel LYNG-SABATIER - Abonné 2 décembre 2020 00 h 47

    Déclin du français

    Le problème de la langue française est qu'elle est mal enseignée à l'école, il arrivera un jour où les grands mères et leurs petits enfants ne pourront plus se comprendre en français, le vocabulaire est pauvre et la langue écrite devient incompréhensible. Actuellement en dehors des enseignants, seuls les plus de 60 ans maîtrisent le français au Québec.Pour les autres à moins de faire comme la France et de réécrire tous les livres jeunesses, il faudrait aussi faire de même pour les livres adultes, le vocabulaire maitrisé continuera à diminuer, le seuil de 1000 mots étant considérés comme la limite inférieure pour le langage parlé.

    Pour ma part, le Québec va suivre la voie de Bruxelles, qui était flamande en 1830 et qui est désormais francophone, sauf qu'ici seul les plus vieux parleront français.

    Pour ceux qui ont des doutes, aller sur le site de statistique canada et regarder l'évolution de la maîtrise de la langue chez les premières nations. Les plus anciens sont unilingues en parlant leur langue, ceux du milieu sont bilingues, et les plus jeunes parlent uniquement l'anglais sans comprendre les plus vieux.

    • Pierre Rousseau - Abonné 2 décembre 2020 08 h 18

      Je ne sais pas à quelles statistiques vous vous référez mais du côté des Inuits, les plus jeunes, les enfants, sont souvent unilingues en inuktut car les trois premières années du primaire sont exclusivement dans leur langue maternelle. Ce n'est qu'à partir de la 4e année que la langue coloniale remplace la langue maternelle. Donc, statistiquement les enfants inuits ne parlent que leur langue maternelle. Les Inuits font au moins un effort pour protéger et promouvoir leur langue face à l'envahissement des langues coloniales.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 décembre 2020 08 h 37

      Non M. Lyng-Sabatier, le problème de la langue française n’est pas qu'elle est mal enseignée à l'école, c’est qu’elle est dévalorisée dans cet air d’un mondialisme abjecte dans un Canada multiculturaliste. Cet un pays néocolonialiste qui fait disparaître l’aménagement linguistique et culturel autochtone.

      Il y a tellement de contrevérités dans cette chronique que c’est impossible de commenter sur tous les points de vue émis par notre chère multiculturaliste qui aurait tant aimé vivre dans le ROC.

      C’est l’endoctrinement des jeunes qui fait qu’aujourd’hui, ils ne se préoccupent plus de leur langue et culture française. En bref, si vous ne savez pas d’où vous venez, qui vous êtes, comment allez-vous savoir où vous vous en allez?

      C’est l’éternel mondialisation qui revient en boucle et qui sert à justifier la fin de nombreuses cultures qui ont su créer des petits paradis sur terre. On nous parle de culture commune et de langue commune, mais enfin, on parle de l’anglais et de la culture des autres puisque dans les dogmes du multiculturalisme, toutes les ethnies sont égales, même celles qui sont majoritaires et qui ont créé le pays. Alors, pourquoi les nouveaux arrivants devraient-ils s’intégrer? Ils n’ont qu’à apporter une partie du pays qu’ils ont laissé pour l’imposer dans la maison de l’autre. Ce n’est plus ce que vous pouvez faire pour votre pays, mais ce que le pays peut faire pour vous. On veut se faire traiter comme les autres et mettre fin au soi-disant racisme mythique, mais on s’identifie selon la couleur de notre épiderme que personne n’a choisi.

      On utilise des stratagèmes comme la discrimination positive, l’appropriation culturelle et j’en passe pour culpabiliser les gens qui ont ouvert leurs portes à l’immigration qui est devenue au fil des ans, une invasion. Les pays qui sont les meilleures pour leurs citoyens sont toujours les plus petits. Le Québec n’a pas besoin de l’immigration pour s’émanciper. C’est tout le contraire.

    • Gilbert Turp - Abonné 2 décembre 2020 10 h 23

      L'expérience des Premières Nations nous apprend que couper quelqu'un de sa langue c'est aussi le séparer de sa culture.
      Oui, il y a un renouveau autochtone pour faire barrage contre les lanfgues menacées de disparition et un désir d'affimation des premières nations qui passe par l'apprentissage et l'usage renouvelé de la langue maternelle.
      Tant mieux. C'est fondamental. On voit quel désastre ce fut de couper les premières nations de leur langue.

      Ce qui vaut pour les langues autochtones vaut pour toutes les langues. Il m'apparaitrait tout aussi désastreux de couper Montréal du Français (car il s'agit surtout d'un certain Montréal dans la chronique de madame Pelletier). Sans le français, Montréal aurait l'air d'un petit Toronto.
      Évidemment, seuls ceux qui aiment une culture craignent sa perte. Ceux qui ne l'aiment pas ou ne la vivent pas s'en fichent car ils ne savent pas ce qu'ils manquent.

    • Jeannine I. Delorme - Abonnée 2 décembre 2020 16 h 41

      Vopus avez raison de dire que le français est mal nseigné à l'école. C'est notre problème depuis des décennies. Les méthodes ne sont plus bonnes. On a compliqué sans raisons le vocabulaire de la grammaire, rendant la compréhension de cette matière plus difficile que jamais. Les différents ministères de l'Éducation se sont succédés mais n'ont pas réussi à proposer un enseignement simple et convaincant. Les pauvres enfants sont tiraillés devant ces parcours difficiles à comprendre. Résultat, des générations ne connaissent pas leur langue, la parlent mal et se servent de plus en plus de mots et expressions anglaises qu'ils glanent sur le Web.Ils sont des fois difficiles à comprendre. Un vrai charabia. Quand va-t-on comprerndre que l'enseignement du Français passe avant le sport et d'autres matières superflues ?

  • Yves Corbeil - Inscrit 2 décembre 2020 00 h 58

    Ou nous ne serons pas

    « Et pourtant, 45 ans plus tard, on me fait encore sentir que je ne suis pas une vraie Québécoise »

    Est-il vraiment nécessaire de vous expliquez pourquoi. Vous êtes arc-bouter contre la majorité des québécois qui ne veulent rien savoir du multiculturalisme canadien qui place les gens dans des cases ethniques. Et après cela, vous allez nous dire le plus sérieusement du monde que le Québec sera multiculturel ou il ne sera pas dans la même phrase avec métissé et diversifié ce que nous sommes depuis toujours. Vous êtes canadienne assumer le comme moi qui sui québécois et ne serai jamais rien d'autre que québécois même si j'ai un passeport canadien en attendant d'en avoir un québécois.

    Pour tous les Joshua et Adib que vous pouvez me nommer, il y en a autant d'autres qui se plaisent au Québec et ils ne le changeraient pas pour rien au monde. Ces québécois comme plusieurs autres savent très bien que notre peuple est en évolution constante et que demain il sera mieux qu'hier et ainsi de suite à l'infini. Mais je suis sûr d'une chose, tous ces québécois là ne veulent pas que le Québec devienne une copie du voisin du sud, voisin auquel le reste du Canada anglo-saxon s'identifie parfaitement.

    La différence elle est là et le temps démontrera que le Québec sera quand ses citoyens choisiront qu'il l'est leur pays. En attendant vous pouvez toujours continuer à nous dénigré de différentes manières dans vos chroniques, on est capable d'en prendre et ça renforcît nos convictions et ça en convainc d'autres en chemin que le « temps des bouffons » ne disparaitra jamais tant qu'on ne sera pas chez nous.

    Bonne semaine Mme Franco Francine,

    • Monique Bisson - Abonné 2 décembre 2020 10 h 46

      Tout à fait d'accord avec vos propos M. Corbeil. De plus, j'invite Mme Pelletier à lire la chronique de Jean-François Lisée : https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/590163/cher-adib-je-vous-vois

      Ce n'est pas la première fois que Francine Pelletier m'irrite au plus haut point, non pas parce qu'elle est née en Ontario, car vivant aux côtés des frontières ontariennes cela ne m'impressionne guère, mais parce qu'elle véhicule des faussetés, entretient des mythes dont celui du « galon à mesurer » dans l'application de la Charte de la langue française, rien n'est plus faux et je la prie de me croire, je peux lui en faire la démonstration n'importe quand!

      Monique Bisson, Gatineau (secteur Hull)

    • Jean-Charles Morin - Abonné 2 décembre 2020 12 h 22

      "Et pourtant, 45 ans plus tard, on me fait encore sentir que je ne suis pas une vraie Québécoise." - Francine Pelletier

      Madame Pelletier déplore ne pas être considérée comme Québécoise malgré ses origines et son nom. Elle devrait regarder plus loin. Plus loin que la lune qu'elle s'obstine à fixer dans son ciel à elle.

      Si Madame Pelletier n'est pas vue comme Québécoise par beaucoup, c'est qu'elle s'entête à voir la réalité d'ici comme une Canadienne qu’un pur hasard a fait naître en milieu francophone.

      Tout comme ses compatriotes du Canada anglais, Madame Pelletier ne voit tout qu'à travers le prisme d'une diversité culturelle factice que la pensée dominante n'arrive à concevoir que comme un assemblage de communautés plus ou moins racisées et ghettoïsées du fait de la posture post-coloniale qu'elle se donne. Plus simplement, Madame Pelletier ne voit pas les choses comme le reste des Québécois parce que sa pensée n'a pas été formatée comme la leur.

      Un intervenant faisait remarquer que les Irlandais ont perdu leur langue mais pas leur culture. Pour sa part Madame Pelletier, de toute évidence, a perdu de vue sa culture tout en conservant sa langue. Cette étrange dichotomie explique pourquoi plusieurs, quarante-cinq ans plus tard, la voient toujours comme une étrangère malgré les apparences.

      Madame Pelletier devrait cesser de se plaindre d'être la victime d'une situation que, dans les faits, elle contribue à confirmer tous les jours où elle se risque à vouloir imposer une vision aliénante des choses qui va invariablement à contre-courant des réalités que les gens d’ici perçoivent.

    • Denis Forcier - Abonné 2 décembre 2020 14 h 29

      Vous êtes un peu sévère. Oui, madame Pelletier nous parle de multi-culturalisme . C'est une référence toxique au Québec. Elle ferait mieux de parler de ce concept que je lui propose en lieu et place à la fois du multiculturalisme et aussi de l'interculturalisme sa copie-soft. Ce concept c'est celui de pluri-uni-culturalisme c'est-à-dire que nous sommes comme québécois, pluriels de par nos origines diverses, uni par la langue française mais aussi unique par notre culture nécessairement inter-culturelle. Parce que nos ancêtres ont partagé leur culture avec les premières nations en particulier les Hurons ( nous avons même adopté leur mocassins, la pipe et bien d'autres choses ) puis en 1701 nous avons été signataire de la grande paix de Montréal nous réconciliant ainsi avec les Iroquois. Bref, ce que je veux dire c'est que nous devons refuser de nous définir maintenant comme société monoculturelle. C'est de nous enfermer sur nous-même et dégager pour ceux qui nous rejoignent une odeur justement de renfermé. C'est peu invitant et c'est surtout peu stimulant pour notre développement à venir.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 décembre 2020 14 h 59

      Contrairement à Mme Pelletier, je suis né et j'ai vécu en Ontario presque toute ma vie. J'habite seulement le Québec depuis 2 ans et je me suis toujours senti Québécois même lorsque j’étais en Ontario, Français d’Amérique oblige.

      J'ai compris il y a longtemps qu'il n'a pas de place pour les Franco-Ontariens dans le ROC. Non seulement on piétine sur votre langue et votre culture, mais vous ne pouvez pas vous épanouir en français nulle part à moins d'accepter de vivre dans des ghettos linguistiques où vos possibilités personnelles et professionnelles sont réduites à néant.

      J'ai compris il y a longtemps que seulement ceux qui sont assimilés complètement à la langue de Doug Ford sont les bienvenues au Canada anglais. Même là, il y a des restrictions qui s'appliquent puisque vous n'êtes pas orangiste et que vous ne faites pas parties d'un groupe ethnique « racisé », un mot qui n’existe même pas dans le dictionnaire.

      J'ai compris il y a longtemps que demeurer en terre d'orangistes vous conduit irrémédiablement à l'assimilation. Presque toute ma famille est assimilée et la plupart des enfants peinent à mettre deux mots de français ensemble s'ils en sont capables même après plus de 12 ans de scolarité dans les écoles soi-disant françaises.

      Alors, pour cette chère dame qui conjugue au multiculturalisme, au communautarisme et au mondialisme, pourquoi n'est-elle pas demeurée au sein de son Canada chéri qu'elle aime tant? Pourquoi profiter du combat des autres pour se tailler une place choyée en enseignement universitaire au Québec? C’est à n’y rien comprendre. Elle se bat contre ceux qui lui ont permis de s'émanciper comme femme, elle qui parle la langue de Gilles Vigneault non pas par cœur, mais pour le besoin de sa cause professionnelle.

      Oui, misère.

    • Christian Roy - Abonné 2 décembre 2020 16 h 52

      @ M. Fortier,

      J'adore votre idée "de pluri-uni-culturalisme c'est-à-dire que nous sommes comme québécois, pluriels de par nos origines diverses, uni par la langue française mais aussi unique par notre culture nécessairement inter-culturelle."

      Le socle me semble se trouver dans la langue française, d'où l'importance que les groupes d'origine diverses en soient séduits sinon conquis. Mais comme l'écrit Mme Pelletier: "Selon un récent sondage, 61 à 74 % des 35 ans et plus se rongent les ongles à propos de l’avenir du français alors que 50 % des 18-34 ans se disent « pas du tout » ou « peu préoccupés »."

      Comment renverser la tendance lourde portée par les générations montantes envers le français, la dénatalité francophone, l'impérative augmentation du nombre d'immignants pour soutenir le sacro-saint rythme économique...et l'attrait quasi-irrésistible envers une langue aussi internationale que l'anglais - celle du vestiaire des Canadiens de Montréal ?

      Est-ce par le repli sur soi et autres crispations mesquines, signes, me semble-t-il, d'un désespoir existentiel ? Je constate que nous (de souche), avons du mal à nous affirmer sans complexe au sujet de la langue française. Le problème est d'abord à cet endroit. Il s'agit de la dernière carte qui reste dans le jeu des souverainistes ou, à tout prendre celui des futurs Louisianais du nord. Le français, ce doigt (choisissez lequel) tendu envers l'Amérique et le reste du monde ! Le français, langue commune, point à la ligne.

      Mais juste l'idée d'imposer cette langue dans le vestiaire du Canadien de Montréal nous donne une idée de la difficulté qui nous attend si nous désirons la Coupe !

    • Francois Ricard - Inscrit 2 décembre 2020 18 h 54

      M. Forcier,
      L'interculturalisme est une idéologie n'offrant pas spontanément de valeur à chacune des cultures à l'intérieur d'une même société. L'objectif visé est plutôt le développement d'un ensemble commun de valeurs sociétales basé le plus souvent sur des modèles associés à la « civilisation occidentale », parmi lesquels les droits humains étendus.Cette homogénéisation des valeurs requiert des interactions accrues entre les membres d'une société et ne peut se produire que dans un contexte de démocratie et de respect des droits humains. Ce dernier prérequis n'est pas explicitement énoncé dans l'idéologie du multiculturalisme. Et c’est sur ce seul aspect, un contexte démocratique, que l’interculturalisme et le multiculturalisme sont différents.
      Charles Taylor l'a bien dit: "L'interculralisme, c'est le multiculturalisme sous un autre nom."

    • Cyril Dionne - Abonné 2 décembre 2020 19 h 45

      M. Forcier, l'interculturalisme c'est le communautarisme hypocrite des Anglo-Saxons. Vous n'avez qu'à faire flotter plusieurs drapeaux à l'Hôtel de ville et voilà, le tour est joué. Les deux termes sont interchangeables.

    • Robert Morin - Abonné 3 décembre 2020 11 h 32

      @Denis Forcier
      Contrairement à vous, je ne pense pas que la culture québécoise, de par son histoire métissée et sa situation fragilisée, risquerait de devenir «monoculturelle» comme vous le dites. Par contre, l'«empire invisible» (voir l'excellent ouvrage de Mathieu Belisle) des géants du numérique, les GAFAM, majoritairement étasuniens, constitue un fameux vecteur d'uniformisation et de monoculture, et cela menace vraiment toute la diversité culturelle sur l'ensemble de la planète. Et selon vous, d'où nous viennent ces nouvelles valeurs qui tentent de s'implanter ici, comme elles l'ont déjà si facilement fait dans le Rest of Canada? Vous savez ces cultures aux appellations si suaves, du genre «Woke» ou «Cancell»...

  • Bruno Bernard - Inscrit 2 décembre 2020 01 h 04

    Francine Pelletier

    Avec ELLE, le Devoir est vraiment à la dérive....

    • François Poitras - Abonné 2 décembre 2020 08 h 32

      Le pouvoir politique québécois est un tribalisme

      La notion de culture québécoise qui escamoterait la diversité est une sottise, mais surtout un prétexte, une justification de la détestation du pouvoir politique québécois. Francine Pelletier et ses amis idéologiques ont intégré le néocolonialisme trudeauiste.

      Trudeau, dans son livre intitulé Le fédéralisme et la société canadienne-française : « L’histoire de la civilisation, c’est l’histoire de la subordination du nationalisme tribal à des appartenances plus larges. »

    • Demia Abraz - Abonnée 2 décembre 2020 10 h 14

      N’importe quoi. Au contraire, c’est un texte très réfléchi,beau et émouvant. Mais, j’imagine que vous ne comprenez pas ce langage. Si vous ne vous reconnaissez pas dans les propos de Francine Pelletier et que vous êtes dépassez, lisez plutôt MBC, ce petit identitaire flirtant avec les idées de l’extrême droite française.

    • Denis Forcier - Abonné 2 décembre 2020 12 h 22

      Au contraire, heureusement que le Devoir la publie. Car, si le Devoir ne publiait que des textes qui conspuent les idées qu'elles défend, bien noblement, par ailleurs, le résultat serait de nous faire vivre dans une maison nationale qui sent le renfermé ou... et ça me rappelle que Gérard Pelletier, quand il était journaliste au Devoir dans les années 60 , écrivait, si mes souvenirs sont bons, qu'au Québec "il y a une odeur de dessous de soutane " qui commence à nous faire suffoquer. Il ne faudrait pas revenir à ce genre d'odeur mais peut-être cette fois laïque.

    • Gilles Théberge - Abonné 2 décembre 2020 13 h 51

      Pardon Demia Abraz, vous dites « ce petit identitaire flirtant avec les idées de l’extrême droite française.»... Ah oui, je suppose que vous l'avez lu MBC...? Vous semblez tellement le détester que je serais bien étonné que vous en ayez lu une seule ligne.

      Plutôt que d'écrire n'mporte quoi comme vous venez de le faire, allez donc chez votre libraire... Hein ?

      Non mais.... !

    • Christian Roy - Abonné 2 décembre 2020 17 h 00

      @ M. Théberge,

      Il serait probablement temps que MBC se lance en politique. Il est mûr pour aller jouer sur la glace plutôt que de "caller les shots" du haut de la passerelle. On verrait bien alors de quel bois (Charte des valeurs québécoises monoculturelles 2.0) il se chauffe. En fait, le temps presse, non ?

    • Nadia Alexan - Abonnée 2 décembre 2020 18 h 06

      À madame Demia Abraz: Je suis vraiment stupéfiée que vous accusez MBC d'être un identitaire de la droite. Comment qualifieriez-vous alors les intégristes religieux qui insistent à porter le voile qui fait partie de leur identité? Pensez-vous qu'elles n'appartiennent pas à la droite identitaire puis qu'elles crient haut et fort sur toutes les tribunes que le voile exprime leur identité ?

  • Luc Archambault - Abonné 2 décembre 2020 02 h 37

    La langue c'est... la culture

    Séparer la langue de la culture comme vous le faites est tout sauf fertile. La langue c'est la culture. Et vice-versa. L'une est inséparable de l'autre. L'une n'est pas le doigt qui montre l'autre, et qui serait la lune. La culture c'est la lune et la langue c'est aussi la lune. Le doigt qui montre la lune, c'est tantôt celui des défenseur de la diversité culturelle de l'Humanité, tantôt celui des victimes du syndrome de Stockholm anglo-mono-maniaque et de la dissociation cognitive multi-inter-culturaliste qui prend la partie pour le tout et qui applique aux parties singulières la qualité plurielle du tout culturel humain, ce qui ne peut que détruire la pluralité du tout puisque les parties ne sont plus singulière, mais toutes égalements plurielles.

    • Claude Bernard - Abonné 2 décembre 2020 10 h 31

      M Archambault
      Difficile de vous contredire, je crois.
      Néanmoins, le cas de l'Irlande est assez frappant; ce pays a perdu sa langue mais conservé sa culture, non?
      D'autres cas existent de par le vaste monde.
      La Bretagne lutte pour retrouver sa langue, la Corse aussi, la Sicile est en voie de perdre la sienne, la Crète est passée au grec etc...

    • René Pigeon - Abonné 2 décembre 2020 11 h 49

      Questions à MM Bernard et Archambault :

      Est-ce que l’Irlande et l’Écosse ont conservé leurs cultures ou est-ce que les cultures irlandaise et écossaise sont des variantes régionales de la culture britannique qui comprend des variantes régionales aussi distinctes les unes des autres que de la culture dominante à Londres ? Est-ce qu’un Irlandais ou un Écossais se sent britannique lorsqu’il voyage outremer mais se sent Irlandais ou Écossais lorsqu’il côtoie les autres Britanniques dans les iles britanniques.

      De même, n’a-t-on pas démontré que les États-Unis sont composés de Régions culturellement différentes dont les Régions du nord sont plus semblables à celles du Canada anglais que celles des Régions américaines éloignées du Canada ?

    • Claude Bernard - Abonné 3 décembre 2020 15 h 14

      M Pigeon
      La culture, anthropologiquement parlant, demande plusieurs années d'observations objectives «in situ».
      À ma connaissance, aucune étude récente, disons dans les derniers 10 ans, de cette nature, existe sur le Québec.
      Son basculement vers le cosmopolitisme, du moins chez les jeunes, requiererait une telle monographie presqu'impossible à réaliser tant les choses évoluent rapidement.
      Quant à la situation en Irlande ou ailleurs, je n'en sais pas grand chose.
      Que conclure, sinon que la langue n'est pas la seule composante ni même la plus importante pour un ethnologue.
      Les rêves, les mythes, l'architecture, les priorités, les actions, la hiérarchie, l'évolution créatrice et artistique, les achats, les possessions, les rythmes de passage, les activités en groupe, les sports, les vêtements etc... sont plus valables pour en étudier la nature.

    • René Pigeon - Abonné 3 décembre 2020 16 h 15

      Merci M. Bernard,
      Fernand Dumont a déclaré devant la commission parlementaire sur Meech que « [La langue française] est l’assurance que nous pouvons encore exprimer l’originalité et le vouloir d’une société distincte. J’insiste : je ne veux pas dire que la langue a cette importance partout à travers le monde. Chaque société se distingue selon sa référence propre. Pour nous, là est le critère le plus net. Et j’enregistre une évidence : une fois reconnu ce critère, la société distincte correspondante doit disposer d’institutions de support, dans l’éducation, dans la législation, dans les instances politiques, dans les milieux de travail, dans les relations internationales ». Source : Meech, une histoire de trahisons. Marco Bélair-Cirino, 4 juillet 2020, Le Devoir.

      La langue anglaise est possiblement un critère aussi net pour le Canada anglais pour se distinguer des autres sociétés que le français l’est pour la société québécoise. C’est ce que l’expérience de l’immigration des Écossais et des Irlandais au Canada démontre, je crois. Les populations écossaise et irlandaise subirent massacres et famines et les immigrants de ces peuples qui parlaient une langue propre ont été abusés. Néanmoins, une fois qu’ils eurent abandonné, contre leur volonté, leur langue maternelle et adopté la langue du conquérant, ces immigrants s’assimilèrent, progressivement, à la société distincte anglo-canadienne en construction : l’usure du temps. Au terme du processus d’assimilation, ces immigrants surmontèrent leur haine du conquérant anglais et en vinrent même à prendre le parti de la société distincte anglophone dans sa volonté d’assimiler la société canadienne française et de bloquer l’épanouissement de cette dernière, notamment dans les provinces hors du Québec. Au même moment où ces immigrants apprirent à tolérer les Canadiens anglais, ils apprirent à mépriser les Canadiens français.

      "Les rêves (...)" : À ce sujet, je consulterais les livres et articles d’Emmanuel Todd.

    • Luc Archambault - Abonné 3 décembre 2020 17 h 17

      @Claude Bernard,

      Les Irlandais,es, les membres de nombreuses Premières nations, les États-unien,nes d'ascendance neufrancienne (Nouvelle-France), les néo-Québécois,es de toutes origines, etc., ont perdu leur langue et donc perdu l'essentiel de leur culture, mais pas TOUTE leur culture. La langue est LA culture, la culture EST la langue, mais pas QUE la langue. Ce que l'une n'est pas face à l'autre, c'est le doigt qui les montre.

      En Alsace, dans les années soixante, les gens de 50 ans et plus parlaient l'alsacien, un mélange de français et d'allemand... depuis, l'alsacien a quasiment disparu. Reste que, l'Alsace a sa culture propre. Comme le Sud de la France a la sienne. Puisque les régions de France ne parlent français que depuis la fin des guerres napoléoniennes et encore... il a fallu les 2 dernières guerres mondiales pour achever le travail.

      Ce que les guerres ont fait en France pour franciser la culture, les moyens de communications et de culture de masse associés aux flux migratoires massifs sont en train de créer une culture commune qui détruit les cultures et les langues minoritaires si rien n'est fait pour les protéger. Ne resteront aux mieux qu'une dizaine de langues, voire une petite centaine. C'est la destruction assurée de la diversité culturelle et raciale de l'Humanité qui a mis des milliers d'années à se construire selon l'implantation sous telle ou telle latitude et géographie, côtière ou continentale, plane ou alpine, désertique ou fertile, nordique ou équatoriale, chacune créant les conditions territoriales uniques de chaque culture qui s'y est développée, sédentaire ou nomade, l'isolement des groupes humains faisant le reste, jusqu'à modifier de manière génétiquement transmissible les cellules de la peau, du visage et des poils, de manière à créer des races adaptées à ensoleillement de chaque latitude et géographie, pour que puisse être synthétisée par la lumière du soleil la vitamine D essentielle à la vie sapienne.

    • Raymond Labelle - Abonné 3 décembre 2020 18 h 55

      Un test plus immédiat possible- les Canadiens-français assimilés. Reste-t-il quelque chose de la culture même quand la langue est perdue? Ou pas? Peut-être dans certaines poches à concentration bien sûr. Différent si individus isolés et après quelques générations en milieu anglo-anglophone.

    • Luc Archambault - Abonné 3 décembre 2020 19 h 35

      @ Raymond Labelle,

      ± 15M de personnes vivant en Amérique du Nord sont d'ascendance neufrancienne (Nouvelle-France), mais parfaitement anglicisées, dont,
      Norval Morrisseau, Madona, Justin Bieber, Angelina Jolie, Beyoncé, Lady Gaga et... une certaine... Hillary Clinton... qu'ont-il,elles gardé de la culture neufrancienne et québécoise ? Bien peu de choses... L'assimilation a fait son oeuvre. En commençant par la langue.

      @ Claude Bernard

      « Les rêves, les mythes, l'architecture, les priorités, les actions, la hiérarchie, l'évolution créatrice et artistique, les achats, les possessions, les rythmes ( et rites ) de passage, les activités en groupe, les sports, les vêtements etc... » tout ça se communique et transmets par le biais de la langue. Il n'y a de récits de rêves que par la langue, ni mot sur les rêves sans la langue. La langue structure les rêves, les mythes. Certes la langue n'est pas toute la culture, mais elle en structure, exprime, l'essentiel, la substance. Ce pourquoi les Premières nations sont tellement attachés à préserver leur pratique de leurs langues.

      La langue n'est pas distincte de l'astre culture, la lune...

    • Raymond Labelle - Abonné 3 décembre 2020 20 h 39

      @M. Archambault. Je pensais à certaines poches à concentration de population, peut-être en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan, par exemple, des villages ou petites villes où la population est dans une grande proportion d'ascendance canadienne-française mais où le français se perd. Les exemples (Madonna, etc.) que vous donnez sont ceux d'individus qui n'ont pas vécu dans des collectivités parlant anciennement français, qui ont peut-être une ascencdance canadienne-française, mais qui comme individus sont nés et ont grandi dans le melting pot étasunien.

  • Roger Gobeil - Inscrit 2 décembre 2020 03 h 02

    Une seule dimension ?

    Qui pense que l'avenir du Québec passe par vivre dans une seule dimension? Pour votre information, la Loi 21 ne trace pas de ligne entre la majorité et les minorités. Relisez-la, elle ne parle pas du tout de ça. Comme l'avenir du français ne vous inquiète pas, vous pouvez continuer votre lutte "essentielle" pour le systémisme. Si Legault finit par se mettre à genoux, sur quoi d'autre vous acharnerez-vous? Have a nice day!