Peinture par numéros

Si Paul Martin veut isoler au maximum son gouvernement minoritaire de l'enquête publique sur l'affaire des commandites, Denis Coderre pourrait être le grand absent québécois du cabinet remanié de la semaine prochaine.

Si la situation minoritaire du gouvernement simplifie plusieurs des choix du premier ministre, elle rend également plus épineuses certaines de ses décisions. Le débat quant à l'avenir ministériel de M. Coderre est de celles-là. Déjà, lors de la composition du premier cabinet Martin, il n'avait eu droit qu'à un strapontin. Depuis, Denis Coderre — à cause de ses liens personnels avec certains des protagonistes de l'affaire des commandites et de son rôle actif dans l'organisation du parti au Québec — a été identifié par l'opposition comme le maillon le plus faible de la chaîne ministérielle québécoise de Paul Martin. À défaut de pouvoir sérieusement espérer trouver les empreintes du premier ministre actuel sur ce dossier, l'opposition se contentera de celles de n'importe lequel de ses ministres, et le nom de M. Coderre figure en haut de la liste de ceux qui sont sous sa loupe.

Si le gouvernement avait quatre années devant lui pour faire oublier les commandites avant de renvoyer le Canada aux urnes, la question se poserait avec moins d'acuité. Bête politique hors pair, Denis Coderre ne fait pas partie des députés qu'un chef fragilisé a forcément intérêt à indisposer. Cela dit, il caresse des ambitions de leadership qui pourraient à terme être mieux servies par un exil momentané du cabinet que par 18 mois passés dans la mire de l'opposition. Quant à Paul Martin, il a déjà sous-estimé une fois l'incidence de l'affaire des commandites sur son parti. La composition de son cabinet, la semaine prochaine, en dira long sur le sérieux qu'il accorde au message que lui ont livré les électeurs à ce sujet, le 28 juin.

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En Jean Lapierre, la presse anglophone a déniché son meilleur souffre-douleur depuis Lucien Bouchard. À la différence que M. Lapierre est loin de faire l'unanimité au Québec, ce qui rend sa position encore plus précaire. Au cours des derniers jours, plusieurs éditorialistes de l'extérieur du Québec ont pris la plume pour implorer M. Martin de «tasser» son lieutenant québécois, un sentiment qui a des échos importants au sein de l'influent caucus ontarien du gouvernement.

Jusqu'à présent, Paul Martin a résisté à ces appels. Il a maintenu Jean Lapierre dans son poste de lieutenant. Il est également acquis qu'il sera du cabinet. Mais à quel titre? S'il se retrouve dans un rôle ministériel de second plan, ce sera le premier signal que le premier ministre, malgré toutes ses protestations publiques, prend ses distances par rapport à sa principale recrue québécoise. Gouvernement minoritaire oblige, les jours du ministre néophyte Jacques Saada comme leader parlementaire tirent presque certainement à leur fin. Dans un Parlement normal, il ne s'agit pas d'un poste de première ligne.

C'est tout le contraire dans le contexte actuel. Tellement que Paul Martin voudrait que son ami et homme de confiance, Ralph Goodale, renonce aux Finances pour piloter le gouvernement au quotidien en Chambre. C'est d'autant moins un caprice que le leader parlementaire du gouvernement aura comme vis-à-vis un trio composé de Michel Gauthier, John Reynolds et possiblement Bill Blaikie, du NPD, c'est-à-dire les étoiles parlementaires de l'opposition.

Lors de la composition du premier cabinet Martin, Pierre Pettigrew et Liza Frulla avaient dû se contenter de prix de consolation. Nommé à la Santé, M. Pettigrew convoitait plutôt les Affaires étrangères. Dans le jeu de chaises musicales que pourrait déclencher le départ de Ralph Goodale aux Finances, il pourrait peut-être arriver à ses fins. Ce qui est certain, c'est que Paul Martin devra attribuer un des rôles principaux de son cabinet à un Québécois et qu'il pourra difficilement se permettre d'installer un ministre unilingue aux Affaires étrangères. S'il veut assurer une plus grande visibilité à son gouvernement au Québec, le premier ministre pourrait également reconsidérer sa décision initiale de confier les Finances à un ministre qui ne parle pas le français.

Quant à Mme Frulla, la défaite de sa collègue Hélène Scherrer lui permet d'espérer atterrir au Patrimoine. Sauf que le caucus de Toronto revendique ce ministère pour un des siens, en argumentant que c'est un poste névralgique pour neutraliser le NPD. On saura la semaine prochaine de quel côté penche le coeur de M. Martin.

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Finalement, tout indique que Stéphane Dion redeviendra ministre. Paul Martin a moins que jamais le luxe de se priver de compétences à la table du cabinet. M. Dion ne retournera pas pour autant à ses anciennes amours des Affaires intergouvernementales. Mais si on l'imagine mal dans un portefeuille à vocation économique, il ne manque certainement pas d'endroits où il pourrait se rendre utile.

L'arrivée simultanée des Dion et Lapierre au cabinet suscite déjà une certaine polémique. On les imagine se déchirant sur la question du Québec. C'est un faux débat. D'abord, parce que les différences entre les deux hommes sont beaucoup moins fondamentales qu'il n'y paraît. Surtout, parce que, s'il y a une grande rivalité en puissance au sein du gouvernement, elle opposera le caucus du Québec à celui de l'Ontario. Ce dernier n'est pas près de laisser Paul Martin oublier que c'est à l'Ontario qu'il doit sa seconde vie comme premier ministre, tandis que le caucus québécois ne manquera pas une occasion de lui rappeler que l'obtention d'une majorité libérale la prochaine fois passe par une meilleure performance au Québec.
4 commentaires
  • Marc Gendron - Abonné 15 juillet 2004 07 h 36

    Des liaisons dangereuses

    L'opposition ne peut pas manquer le "talon d'Achille" de M. Coderre, qu'il soit ministre ou non dans le futur cabinet Martin.

    Sa conception de l'amitié est équivalente à du suicide assisté.

    Si M. Coderre avait été v-p de Lavallin, de Jean-Coutu, de Canam Manac (ou de Groupe Action...) personne n'aurait à se scandaliser des générosités, des avantages matériels, des privilèges, des invitations VIP de ses amis du Jet Set.

    Sauf que M. Coderre était et continue sans doute d'espérer rester ministre de la Couronne. Ça fait suffisamment d'eau dans le gaz pour noyer une fois de plus, dans l'oeuf (.), les visions grandioses du premier.

    Marc Gendron
    Québec

  • Bruno - Inscrit 15 juillet 2004 08 h 51

    Stéphane Dion ne doit pas faire partie du gouvernement Martin

    Madame Hébert, dans sa chronique d'aujourd'hui (15 juillet), écrit que Stéphane Dion est un « incontournable » dans la liste des personnes qui formeront le prochain conseil des ministres du gouvernement Martin 2. Je suis tout à fait en désaccord.

    Monsieur Dion est l'exemple parfait de l'arrogance qui caractésirait la façon de gouverner de Jean Chrétien. Monsieur Dion n'a jamais manqué une occasion pour déverser son fiel sur tous les Québécois souverainistes et, de façon plus générale, sur tous ceux qui ne partagent pas ses idées.

    Depuis la dernière élection, il est appararu à quelques reprises à la télévision. Pour dire quoi ? Que la moitié des Québécois étaient des imbéciles puisqu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient en votant pour le Bloc, en d'autres mots qu'ils se laissaient berner par le Bloc.

    Si Monsieur Martin veut regagner le Québec et montrer qu'il veut instaurer une nouvelle façon de gouverner, il doit écarter du cabinet celui qui est l'incarnation même de l'arrogance, voire du mépris à l'endroit des Québécois.

  • Claudette Montpetit - Inscrit 15 juillet 2004 15 h 19

    Publicité gratuite pour le Bloc : Stéphane Dion

    Comme souverainiste je souhaite que Paul Martin donne un minitère à Stéphane Dion parce d'après lui tous les ges qui ne pensent pas comme lui sont à maudire, qu'il faut leurs faire mal comme il l'a déclaré lors d'un discours au RoC, Dion fait parti de ces personnes qui croient détenir la vérité ex.: Bush, ces êtres sont dangereux car ils ne mettent jamais en doutes leurs convictions; et il est tellement arrogant que même des libéraux ont le goût de lui en donner une bonne sur la gueule, donc, il ne faut pas que nous les souverainiste perdions notre meilleure commandite en la personne du charmant Stéphane,et cela... en toute honnêteté
    Claudette Montpetit

  • Claude L'Heureux - Abonné 15 juillet 2004 20 h 46

    Stéphane Dion ne représente pas le Québec

    Monsieur Dion a été élu dans un bastion libéral, c'est-à-dire dans un comté où une forte majorité de la population se considère canadien et pas du tout québécois. C'était le choix de monsieur Dion, de ne pas se présenter dans un comté à majorité francophone, donc nationaliste et monsieur Martin serait mal avisé de le nommer ministre sous prétexte de représenter le Québec dans son cabinet. Monsieur Dion ne représente pas le Québec mais son contraire le nation building canadian. J'ose espérer que monsieur Martin a d'autres ministrables aussi compétant que cet épouvantail... à moins que monsieur Martin tienne à se défaire du Québec: comme performance au Québec ça augurerait bien mal, madame Hébert !