La lecture en cadeau

Durant cette période de l’année, comme vous l’avez sans doute vu par le passé, notamment dans les salons du livre, la Fondation pour l’alphabétisation lance son précieux programme La lecture en cadeau. Il s’adresse aux jeunes de 0 à 12 ans de milieux défavorisés et ambitionne de prévenir les difficultés de lecture et d’écriture qui sont susceptibles de mener au décrochage scolaire, puis à l’analphabétisme. Ce programme m’est très cher. En cette année peu ordinaire, on peut y contribuer en offrant un livre jeunesse dans quelque 400 points de collecte.

Faire des enfants des lecteurs est une absolue priorité en éducation. Nous n’avons, hélas, pas toujours été à la hauteur de cette noble tâche.

Des obstacles

Il nous est par exemple arrivé de céder à des modes et de préconiser des pratiques pédagogiques non éprouvées, voire nuisibles — je pense notamment aux styles d’apprentissage,à la méthode globale et au fait qu’on ne prenne pas toujours assez au sérieux l’importance cruciale de transmettre de manière ordonnée un programme riche, sans lequel on ne comprend pas, ou pas bien, ce qu’on lit.

Cette immense et cruciale tâche exige pourtant de nous de tenir compte des meilleures données de recherche et de reconnaître avec humilité qu’on peut se tromper : et donc de tester ce que nous préconisons.

Elle demande aussi la collaboration de l’école et de la famille. Or les familles ne partent pas toutes du même point pour faire de leur enfant un lecteur.

Dans certaines familles, on utilise un vocabulaire riche et il y a des livres en abondance ; dans d’autres, le vocabulaire est pauvre et, pour rapporter une anecdote qu’on m’a récemment racontée, quand l’enseignante demande d’apporter en classe un livre de la maison, le petit arrive avec un dépliant publicitaire.

Ces différences devant l’école, ces différences qui existent avant d’arriver à l’école, doivent autant que possible être combattues et corrigées à l’école, par elle : d’où l’importance de bien choisir les méthodes qu’on emploiera, qui ne doivent surtout pas accroître les inégalités qu’on veut corriger. Les écrans sont une autre actuelle immense barrière et à celle-là aucune famille n’échappe en théorie.

Mais posons que la maternelle a fait son travail et préparé un enfant à apprendre à lire. Le voici arrivé au primaire, où il a, par de bonnes méthodes et un riche programme scolaire, commencé à apprendre à bien décoder ces petits signes noirs pour en faire des mots.

Comment la famille peut-elle contribuer au projet de faire de lui un lecteur ? Je vous suggère quelques idées, inspirées d’un bel ouvrage du psychologue spécialiste des sciences cognitives, Daniel T. Willingham.

Des idées

D’abord, lisez-lui, lisez avec lui des livres, des livres qu’il aime — il s’en fait de très bons chez nous. Faites-le dans une atmosphère chaleureuse, pourquoi pas selon un rituel. Mettez-y du vôtre : faites des voix, différentes pour les divers personnages, riez, devenez acteur.

Racontez-lui des histoires et demandez-lui de vous en raconter.

Donnez bien entendu l’exemple : lisez, vous aussi, et montrez que c’est important. Amenez l’enfant en librairie, en bibliothèque. Laissez des livres traîner un peu partout, même dans la voiture. Choisissez un bel endroit confortable qui sera dédié à la lecture.

Demandez-lui de vous faire la lecture, chaque jour, durant de courtes périodes (disons, de cinq à dix minutes), qui pourront s’allonger.

Gardez trace de ses progrès. Les années de primaire s’écoulant, votre enfant grandit, devient plus mature. Ses goûts changent. Variez vos lectures pour l’accompagner — ou laissez-le lire seul. Parlez-lui de ses lectures. Autant que faire se peut, lisez, vous aussi, ces livres qu’il affectionne. Faites-lui écrire son nom dans ses livres.

Laissez-lui des notes — dans sa boîte à lunch, par exemple. Multipliez les occasions de le faire écrire : un mot de remerciement à un parent, à un ami ; avec un code secret que vous aurez inventé ; les règles d’une chasse au trésor pour l’anniversaire d’un ami ou d’un parent, qui devra les lire et les suivre ; dans un beau journal que vous lui aurez offert ; sur ce bloc-notes du frigo où il ajoute un article à la liste d’épicerie ; sur cette liste de choses à faire ce jour, semblable à celle que vous faites pour vous, en même temps que lui. Willingham raconte qu’il avait pris l’habitude de donner à sa fille une note avec une instruction (« range tes jouets dans ta chambre ») : elle la lisait, accomplissait la tâche et revenait pour une autre note, jusqu’à ce que sa chambre soit rangée.

Tout cela, et toutes les autres activités que vous imaginerez, montre toujours combien lire et écrire sont des activités utiles et ludiques et qu’elles sont des valeurs importantes dans la famille.

Il y a aussi, dans ce livre, d’intéressantes remarques sur les écrans. Il est par exemple suggéré que leur danger vient de l’incapacité à endurer de nous ennuyer qu’il génère en nous incitant sans cesse à passer d’un objet à un autre.

Je suis parfaitement conscient que tous ces trucs et astuces sont infiniment plus faciles à mettre en œuvre dans des familles où on lit, où on trouve des livres et où est déjà présent tout ce que l’on veut transmettre à l’enfant — et qu’ils sont bien difficiles à déployer là où un livre est une circulaire de supermarché.

Pour résoudre ce tragique problème, nous devons nous en remettre en priorité à l’école, d’où la cruciale importance, pour elle, de procéder selon les méthodes les mieux éprouvées.

Une lecture

Daniel T. Willingham, Pourquoi les enfants n’aiment pas lire. Ce que révèlent les sciences cognitives, La Librairie des Écoles, Paris, 2018

10 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 novembre 2020 07 h 24

    « Contribuer à faire de tous les enfants de bons lecteurs.»( Normand Baillargeon)



    Contribuer à susciter chez l'enfant l'engouement de la lecture

  • Aimé Lagarde - Inscrit 28 novembre 2020 12 h 54

    Pourquoi les enfants «n'aiment pas» lire.

    Ce bon monsieur Willingham fait preuve d'une très grande naïveté: il ignore ou fait semblant d'ignorer que l'orthographe du français est un artifice qui, par son extrême complexité et son incommensurable manque de rigueur rend l'apprentissage de la lecture absolument pas naturelle. Il faut, sauf pour des enfants exceptionnellement doués, beaucoup de temps, d'efforts, de soutien attentionné, d'encouragements prodigué par des professionnels pour la maîtriser.

    Pour appuyer mon affirmation, je vous donne à examiner attentivement les différences qu'il y a entre notre orthographe «sophistiquée» et une possible simplification-régularisation que j'ai mise au point.
    Avec un bref extrait du livre pour enfants, UNE SOUPE AU CAILLOU, d'Anaïs Vaugelade.
    En orthographe de l'Académie française, ce texte contient 252 caractères, espaces compris. Il n'en contient plus que 227 en grafi çitoiyène. (!0 % d'économie, en plus de toutes les régularisations que je décris rapidement ci-après.)

    • Cyril Dionne - Abonné 29 novembre 2020 10 h 34

      Tout cela est de la paresse intellectuelle n'est-ce pas Mme Lagarde? Introduire l’orthographe élémentaire en écriture selon le plus commun dénominateur ne résoudra absolument rien. Écrire ou lire au son, pardieu, ils seront exclus de la vie professionnelle.

      L’élève est responsable de son apprentissage et c’est en consacrant le temps nécessaire à ses travaux scolaires et en s’efforçant d’apprendre qu’il se rendra compte de ses progrès et du développement de ses habiletés, ce qui l’incitera à poursuivre ses apprentissages. Les parents ont un rôle à jouer et c’est celui d’accompagner l'enfant dans son apprentissage et son épanouissement individuel. Pardieu, la qualité de la langue au niveau des connaissances, de la compréhension, des habiletés de la pensée, de la communication et de la mise en application est garante de ses apprentissages. Il doit acquérir un minimum de connaissances des conventions linguistiques pour le faire et réussir. Lire au son, eh bien, vous pouvez l’exclure de toutes formations techniques et scientifiques. En bref, du 21e siècle.

      Mais je suis d’accord avec vous qu’il faut revoir l'écriture du français dans ses principes, dans sa logique et dans l'économie de son code afin de simplifier les règles grammaticales, syntaxiques ou autres. Dans la langue de Shakespeare, la grammaire est simple et facile à apprendre. Ce n’est pas le cas pour la langue de Molière.

      Aujourd’hui, les enfants sont inondés de stimulation visuelle et nul besoin de savoir lire pour décoder des situations sommaires. Ceci est aussi vrai pour les adultes. Au lieu de lire le livre, on regarde le film. Les enfants d’aujourd’hui, tout comme pour la plupart des adultes, sont des utilisateurs de la technologie et non des créateurs. Alors, ne soyons pas surpris si les enfants ne font pas l’effort d’apprendre à lire à un niveau acceptable. C'est toujours difficile la dissonance cognitive.

      Mais comme disait l’autre, la lecture est à l'esprit ce que l'exercice est au corps.

  • Aimé Lagarde - Inscrit 28 novembre 2020 13 h 01

    Pourquoi les enfants «n'aiment pas» lire, suite.

    Pour appuyer ma précédente affirmation, je vous donne à examiner attentivement les différences qu'il y a entre notre orthographe «sophistiquée» et une possible simplification-régularisation que j'ai mise au point.
    Avec un bref extrait du livre pour enfants, UNE SOUPE AU CAILLOU, d'Anaïs Vaugelade.
    En orthographe de l'Académie française, ce texte contient 252 caractères, espaces compris. Il n'en contient plus que 227 en grafi çitoiyène. (!0 % d'économie, en plus de toutes les régularisations que je décris rapidement ci-après.)

    UNE SOUPE AU CAILLOU

    C'est la nuit, c'est l'hiver. Un vieux loup s'approche du village des animaux. La première maison est la maison de la poule. Le loup frappe à la porte, toc, toc, toc. «Qui est là?», demande la poule. Le loup répond: «C'est le loup».

    UNE SOUPE ÀÙ CAYOU

    Ç'ê la nùi, ç'ê l'ivèr. Un vyeû lou s'aproche du vilaje déz'animaûs. La premyère maizon ê la maizon de la poule. Le lou frape à la porte, toc, toc, toc. Ki ê là?», demande la poule. Le lou répon: «Ç'ê le lou».

    àû: article défini contracté (préposition «à» avec l'accent + «û» avec l'accent indiquant que «aû» est un «o» fermé)
    cayou: le «y» n'est jamais prononcé «i». Ce n'est pas une voyelle, c'est toujours une consonne prononcée «ye».
    ç'ê: le «ç» est toujours prononcé «s», alors que le «c» est toujours prononcé «ke». Le «ê» avec l'accent est la graphie du verbe être au présent, (2e et 3e personnes du singulier).
    nùi: le «ù» avec accent n'est pas la voyelle «u», c'est une consonne, (le «u rapide») toujours suivie d'une voyelle.
    ivèr: le «h» non prononcé, n'indiquant pas une absence de liaison, ne s'écrit pas.
    vyeû: le «y», comme dans «cayou». Le «û» avec l'accent indique que le «eû» est prononcé fermé.
    lou: sans «p», (finale de mot) qui n'est pas prononcé.
    aproche: sans «p» (redoublé) qui n'est pas prononcé.
    vilaje: sans «l» (redoublé) qui n'est pas prononcé. Ce qui élimine ausi l'ambiguité entre les prononciations «il» et «ye».
    déz'animaus: «dèz», article indéfini pluriel, le

  • Pierre Langlois - Abonné 28 novembre 2020 13 h 10

    Les boîtes à livres

    Depuis quelques années, à l'initiative de la MRC (je crois), plusieurs villages de notre région dévitalisée ont installé des boîtes à livre dans les espaces de loisirs (parcs et terrains de jeux). Celles-ci s'adressent autant aux enfants qu'aux parents. Elles permettent aux citoyens de se procurer divers ouvrages durant la période estivale en proposant des livres que d'autres y auront déposé. Une heureuse initiative qui s'inscrit dans le désir de promouvoir la lecture. De même, la Ressourcerie régionale propose depuis quelques temps déjà une librairie "seconde main" qui rend accessible beaucoup de livres usagés à des prix très accessibles. Cela s'ajoute aux efforts de la bibliothèque locale et évidemment à la mission de l'école de créer l'engouement pour la lecture. Nous devons avoir cette préoccupaton à l'esprit en tout temps. Merci Monsieur Baillargeon ne nous en rappeler l'importance.

  • Aimé Lagarde - Inscrit 28 novembre 2020 15 h 50

    Les enfants «n'aiment pas» lire. Fin.

    Les simplifications/régularisations du texte «soupe au caillou».
    - àû: article défini contracté (préposition «à» avec l'accent + «û» avec l'accent indiquant que «aû» est un «o» fermé)
    - cayou: le «y» n'est jamais prononcé «i». Ce n'est pas une voyelle, c'est toujours une consonne prononcée «ye».
    - ç'ê: le «ç» est toujours prononcé «s», alors que le «c» est toujours prononcé «ke». Le «ê» avec l'accent est la graphie du verbe être au présent, (2e et 3e personnes du singulier).
    - nùi: le «ù» avec accent n'est pas la voyelle «u», c'est une consonne, (le «u rapide») toujours suivie d'une voyelle.
    - ivèr: le «h» non prononcé, n'indiquant pas une absence de liaison, ne s'écrit pas. Le «è» doit porter l'accent pour le distinguer du «e».
    - vyeû: le «y», comme dans «cayou». Le «û» avec l'accent indique que le «eû» est prononcé fermé.
    - lou: sans «p», (finale de mot) qui n'est pas prononcé.
    - aproche: sans «p» (redoublé) qui n'est pas prononcé.
    - vilaje: sans «l» (redoublé) qui n'est pas prononcé. Ce qui élimine aussi l'ambigüité entre les prononciations «il» et «ye».
    - déz'animaus: «dèz», article indéfini pluriel, le «é» s'écrit «é»; la marque du pluriel en liaison n'est pas «s» mais «z»; le «s» final est la marque du pluriel (écrite mais non prononcée), de tous les mots variables en genre et en nombre.
    - maizon: le «z» transcrit toujours les sons «ze», alors que le «s» en orthographe peut noter aussi le son «se».
    - frape: comme «aproche».
    - ki: le «k» élimine toutes les graphies actuelles incluant la lettre «q».
    - répon: comme «lou».