Pendant ce temps…

Les chiffres de ce qui ressemble à une épidémie sont alarmants. Dans l’ombre de la pandémie de COVID-19, un nombre grandissant de Canadiens frôlent la mort ou décèdent par surdose de drogues. Le Québec n’y échappe pas, selon les spécialistes et les organismes d’aide.

En marge de la publication d’une étude de l’École de travail social (ETS) de l’Université de Montréal dressant le portrait des personnes victimes de surdose, le directeur général de l’organisme Cactus, Jean-François Mary, déplorait le silence du ministre québécois de la Santé sur cette question. Bien que les chiffres officiels ne soient toujours pas disponibles, M. Mary parle maintenant de plusieurs morts par semaine.

À Vancouver, la gravité de la crise a poussé le maire, Kennedy Stewart, à envisager de demander au gouvernement fédéral de décriminaliser la possession simple de drogues illégales sur son territoire et d’en faire uniquement un enjeu sanitaire. Le conseil municipal devrait se prononcer jeudi sur une motion en ce sens.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, a plus d’une fois enjoint à Ottawa de décriminaliser la possession simple à l’échelle du pays. En juillet, c’étaient les chefs de police qui lui faisaient écho. Mardi, dans le Globe and Mail, Jane Philpott, ancienne ministre fédérale de la Santé devenue doyenne de la Faculté des sciences de la santé de l’Université Queen’s, appuyait avec une collègue les demandes du maire de Vancouver et de M. Horgan. Elles invoquaient la compassion, la justice sociale et la nécessaire reconnaissance de l’inefficacité de la criminalisation.

Inefficace parce qu’elle laisse entiers les problèmes de fond menant à la toxicomanie et ceux qui s’ensuivent. Le visage de la dépendance aux drogues est varié. Selon l’étude de l’ETS, dont nous faisions état dans nos pages mardi, les stéréotypes ne tiennent plus et la crise va au-delà des opioïdes. La chercheuse Andrée-Anne Parent a examiné 340 rapports de coroner de personnes décédées par surdose en 2017 au Québec. Âge moyen des victimes : 47 ans. Cause du décès dans les deux tiers des cas : polyintoxication aux méthamphétamines, aux amphétamines, à la cocaïne, à l’alcool, aux antipsychotiques… Plusieurs victimes souffraient de problèmes chroniques de santé, de douleurs persistantes, de troubles de santé mentale.

Problématique complexe, la toxicomanie exige une réponse politique nuancée, cohérente et complète. L’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a déclaré cet été que l’augmentation des cas de surdose exigeait qu’on examine toutes les options, y compris la décriminalisation de la possession simple.

Interpellée au sujet de la demande du maire Stewart, la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, a évité de s’engager dans un sens ou dans l’autre, mais elle cachait mal sa sympathie. Mais pourra-t-elle agir ? Le gouvernement Trudeau a plus d’une fois fermé la porte à des demandes semblables. La recrudescence des surdoses mortelles depuis le début de la pandémie de COVID-19 a toutefois ravivé les pressions.

La décriminalisation ne veut pas dire la légalisation, comme celle de la marijuana mise en œuvre par les libéraux. Le trafic de drogues demeurerait illégal, passible de sanctions pénales. Par contre, l’utilisateur souffrant de dépendance ne serait plus traité comme un criminel, mais comme une personne ayant besoin de soins, d’aide et de soutien. En levant la crainte de l’arrestation et de la détention, il serait plus facile d’encourager les toxicomanes à se tourner vers les services de santé et les organismes d’aide.

Dans certaines villes, dont Vancouver, on agit déjà comme si la possession simple n’était plus criminelle. À la mi-août, la directrice du Service des poursuites pénales du Canada, Kathleen Roussel, a à son tour donné instruction aux procureurs fédéraux de ne pas lancer de poursuites criminelles pour possession simple de stupéfiants.

Ces allègements ne sont pas une recette magique, pas plus que la décriminalisation, mais ils sont nécessaires pour réduire les méfaits sanitaires et sociaux de la toxicomanie. Cet enjeu, qui se retrouve déjà trop souvent dans l’angle mort des gestionnaires, l’est encore plus en ces temps de pandémie de COVID-19 et de système de santé à bout de souffle, et alors que des citoyens souffrant de multiples maladies tardent à obtenir les examens, traitements, opérations dont ils ont besoin.

Au Québec, on veut dans l’immédiat davantage de ressources pour prévenir les surdoses et assurer un approvisionnement plus sécuritaire. La solution urgente proposée par Vancouver est pour sa part inspirée par un contexte qui lui est particulier. S’il est possible d’y accéder, tant mieux, mais une vraie décriminalisation, assortie de ressources et de services appropriés, devra aider les toxicomanes de tout le Canada. Pour y arriver, il faudrait cependant que le gouvernement fédéral accepte d’en discuter avec la même ouverture qu’il a affichée envers les sites d’injection supervisée et l’autorisation de médicaments de substitution. Car sans décriminalisation, il y aura bien des utilisateurs qui hésiteront à faire appel à ces ressources précieuses.

mcornellier@ledevoir.com

1 commentaire
  • Sophie Fredette - Abonnée 25 novembre 2020 07 h 54

    services

    Je suis pas certaine qu'il existe beaucoup de services pour aider. Plusieurs toxicomanes ont aussi des problèmes de santé mentale et la liste d'attente est très longue en santé mental. Je travail dans le milieu et pour moi la meilleur ressource pour aider la dépendance demeure l'aide psychologique . Mais l'aide a partir de très tôt dans la vie, ont devient rarement toxico (et ça sonne péjoratif ce mot ) pour juste le fun mais plutôt pour étouffer une souffrance que l'ont porte consciente ou inconsciente depuis souvent assez longtemps... Donc l'aide à la famille et à l'école et à la garderie c'est je crois là que le problème commence. Mais c'est certain que la décriminalisation est un geste qui peut aider comme quand mes tomates sont tous pousséés et que j'installe des tuteurs à la fin .